‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 152 sur 457 · OL. cxv, 4J révolution en ÉPiRE · texte numérisé non relu

OL. cxv, 4J révolution en ÉPiRE

Macédoine par les défilés de Perrhébie * et s'était dirigé sur Pydna à marches forcées. Il cerna rapidement la ville, et Tentoura d'une ligne d'ouvrages et de fossés allant de la mer à a mer; il fit dire aux États qui seraient dispos^»s à lui prêter leur concours* d'envoyer des vaisseaux, des projectiles et des machines de guerre de toute sorte, pour assiéger en même temps la ville du côté de la mer. A la nouvelle qu'^Eacide allait quitter TÉpire avec une forte armée pour délivrer la reine, il envoya Atarrias^ avec une partie de ses troupes contre lui, et celui-ci fit une telle diligence que les défilés de l'Épire étaient occupés avant l'arrivée des Épirotes. Si ceux-ci s'étaient déjà rendus de mauvaise grâce à l'appel de leur prince, ils murmuraient bien plus fort maintenant qu'il fallait attaquer l'ennemi en possession des défilés; bientôt ils se mirent en révolte ouverte. iEacide licencia ceux qui ne voulaient pas aller plus loin, pour atteindre d'autant plus sûrement Pydna avec les gens décidés ; mais le nombre de ceux qui lui restèrent fidèles était trop petit pour qu'à leur tète il pût forcer le passage. Ceux qui étaient rentrés sans lui au pays provoquèrent un soulèvement général en Épire. Pour la première fois, depuis des siècles que les descendants d'Achille régnaient sur les Molosses, le roi, d'un accord unanime, fut déclaré déchu. Beaucoup de ses amis furent tués, d'autres échappèrent par la fuite. Quelques fidèles emportèrent le fils unique du roi, Pyrrhos, alors âgé de deux ans, au milieu des plus grands dangers, et le menèrent dans le pays du prince des Taulantins, Glaucias*. Les Épirotes firent alliance avec Cassandre, et celui-ci leur envoya

*) Diodore (XIX, 36) dit : ta xaxà tt,v IIep^ai6tav <rceva, c'est-à-dire probablement le défilé de Voloustana (décrit avec précision par H. Barth), qui .conduit par Phylacœ (Seldvisdje) au milieu du bassin de THaliacmon, tandis que Polysperchon, pour couvrir les deux défilés qui se trouvent plus haut, a dû reculer plus loin du côté de l'ouest, vers Tricca, par exemple, ou avoir été refoulé par Calas.

*) icapà Tfi)v au(i|&axetv pou>o|&lvoi>v (DiODOR., XTX, 36).

•) Est-ce toujours le vieil Atharrias qui figure dans Thistoire d'Alexandre, tradition de Clitarque (Curt., V, 2, 5. Cf. Hist, d'Alex, p. 215, 1. 641, 2), c'est ce qu*on ne saurait dire.

*) Plut., Pyrrh. 2. On dit bien qu'il n'y a jamais eu d'autre révolte contre les princes épirotes, mais Wbsselinq émet là-dessus des doutes qu'il justifie en renvoyant à Diodore (XV, 13).

228 PIVOGKÈS DK CASSANDUE [11, 1

Lyciscos comme gouveineur cl stratège*. Avec la tournure qu'avaient prise les événements, non seulement la reine perdait son principal allié, mais beaucoup de Macédoniens qui avaient hésité jusque-là a prendre parti, regai'dant la cause d'Olympias comme perdue, passèrent dès lors du côté de Cassandre. Aristonous avait, il est vrai, réuni quelques milliers de soldats ; mais il était trop faible pour pouvoir débloquer Pydna. L'unique espoir de la reine, c'était donc Polysperchon ; mais Calas, lieutenant de Cassandre, qui campait en face de lui, trouva moyen de distribuer aux soldats de son adversaire de riches présents : ils désertèrent en foule et passèrent dans son camp. Le gouverneur général n'en conserva qu'un petit nombre; lui non plus ne pouvait rien faire pour délivrer la

reine*.

Cependant Cassandre tenaitPydnaétroitement assiégée; si lu rigueur de la saison l'empêchait de donner l'assaut aux solides fortifications de la ville, en revanche, celle-ci était d'autant plus soigneusement cernée par terre et par mer. Bientôt on y manqua du nécessaire : déjà les soldats ne recevaient plus que cinq chéuices de faiûne pour un mois, juste autant qu*un esclave en recevait autrefois pour une ration de cinq jours. Pour nourrir les éléphants, on fit broyer des poutres qu'on leur servait en guise de nourriture, et l'on abattit les chevaux pour manger leur chair. Olympias espérait toujours voir arriver une armée de secours et ne voulait pas erttendre parler de reddition. Les éléphants, mourant de faim avec cette misérable nourriture, tombaient l'un après l'autre. Les cavaliers

•) ejti{ji.eXiQTYiv «{la xai (TcpaT/jybv (DiODOK., XIX, 36). Plutarque (Pyrrh. 2) dit au contraire que les Molosses avaient chassé iEacide et Tavaient remplacé sur le trône par les « enfants de Néoptolémos ». En fait de fils de Néoptolémos (mort vers 360), nous n*en connaissons pas d*autres qu'Alexandre le Molosse, qui avait péri en Italie en 330, et il ne peut être question de ses deux filles, Olympias et Troas, la'teère d'vEacide. La nomination d'un intendant et stratège paraît indiquer que TÉpire tomba sous la dépendance de la Macédoine. Néoptolémos, le fils d'Alexandre le Molosse, avait alors entre 17 et 20 ans, et, si les Épirotes l'avaient pris pour roi, il aurait pu gouverner sans tuteur : par conséquent, l'Épire était officiellement sous le protectorat de la Macédoine. Cependant, Diodore se contente de dire :

irapaXag^vTo; tyiv "llitetpov t^ (rj|j.|j.a^ta. *) DiODOR., XIX, 36.

317/6: OL. cxv, 4] siège de pydxa 229

qui ne faisaient pas partie de la levée régulière * furent privés de leurs rations; la plupart moururent de faim, ainsi que beaucoup de soldats macédoniens. Quelques Barbares se nourrissaient des cadavres des morts. Les chefs des troupes de la maison royale faisaient enlonvr les morts ou ordonnaient de les jeter par-dessus les murs, mais le nombre en était trop considérable. Bientôt la ville fut remplie de cadavres en décomposition et d^émanations fétides, de telle sorte que]non seulement les princesses, mais les vieux soldats eux-mêmes ne pouvaient plus supporter cette puanteur, ce spectacle épouvantable^ cette affreuse misère. Seule, la vieille reine restait inébranlable. La saison s avançait; les rayons plus chauds du soleil exaltèrent encore Todeur de la putréfaction. Impossible de trouver de la nourriture pour les soldats; à peine pouvait-on subvenir aux besoins de la reine et de son entourage immédiat. Les troupes demandaient ou la reddition de la ville ou leur congé. Elles furent licenciées. Cassandre leur fit bon accueil et les répartit dans les différentes villes du pays. En donnant cette preuve de mansuétude, et en propageant la nouvelle qu'Olympias était dans une situation désespérée, il comptait arrêter les soulèvements qui commençaient en maint endroit en faveur do la reine. En effet, les provinces éloignées étaient encore aux mains des stratèges Aristonous et Monimos, et la fermeté orgueilleuse avec laquelle la reine résistait, le triste sort de la maison royale, devaient provoquerdes sympathies qu'il suffirait d'exploiter pour amener la délivrance. Mais les récits des soldats licenciés montrèrent que lacause d'Olympias était perdue. Aussi les provinces du nord elles-mêmes se déclarèrent-elles en faveur de Cassandre. Aristonous et Monimos* n'étaient plus en état de tenir en rase campagne; ils se retirèrent, l'un sur Amphipolis, l'autre sur Pella, abandonnant la partie.

Alors, perdant tout espoir d'être secourue, Olympias résolut de s'enfuir. Une pentère fut mise à la mer pour la recevoir, elle et les siens. Quand elle arriva sur la plage, le vaisseau

f) T&v Sa licicicdv oX (jiàv ïlta xélttùç ^vtc; (Diodor., XIX, 49).

«) Ce Monimos est sans aucun dpute celui que Plutarque {fr. 18, ap. Athbn., XIII, p. 609) appelle fils de Pythion : il n'y aucune raison de corriger en Python.

230 SOUMISSION d'olympias [II, i

n'y était plus : Cassandre l'avait capturé. Un déserteur lui avait appris le projet de la reine. Elle comprît qu'il ne lui restait plus d'espoir*. Elle envoya donc des ambassadeurs à Cassandre pour négocier un traité. Il demanda la reddition à merci; c'est à peine si elle obtint la vie sauve, et elle n'obtint de garantie que pour sa propre personne. C'est ainsi que Pydna fut prise au printemps de 316 : la famille royale était entre les mains de Cassandre ^

Il envoya des troupes devant Pella et Amphipolis, pour demander la reddition de ces places. Monimos se rendit sans faire de résistance. En revanche, Aristonous avait, quelques jours auparavant, défait Crateuas, stratège de Cassandre, passé au fil de l'épée la plus grande partie de son corps d'armée, et il tenait le reste, environ 2,000 hommes, assiégé dans une ville de la Bisaltie où Crateuas s'était jeté ; celui-ci fut obligé de capituler. Aristonous espérait maintenant pouvoir tenir à Amphipolis jusqu'à ce que Polysperchon et son fils amenassent des renforts ; il comptait aussi qu'Eumène enverrait des secours d'Asie. Aussi refusa-t-il de se rendre, disant qu'il voulait défendre la cause du roi et de la reine, et qu'il mourrait plutôt que de violer son serment de fidélité. Mais quand il eut reçu des lettres de la reine qui lui prescrivaient Ide rendre la ville et le déliaient de ses engagements, il ouvrit les portes. II obtint sécurité complète pour sa personne.

Cassandre était maître do la Macédoine; son premier soin

^) 7f£VTr,pT) vaOv xataffitàv eire-/ei'pr,(ie (DiODOR., XIX, 50). Par conséquent, il y en avait là sur la plage, probablement dans les vewffoixoi; de Pydna. D'après le récit de Polyœnos (IV, 11, 3), Polysperchon envoie un messager avec une itsvTexovT^ptï à Pydna : le messager est arrêté, puis envoyé avec la lettre du gouverneur général à la reine, qui, trompée de cette façon, essaie de fuir et se voit ou se croit trahie même par ses derniers fidèles. Nous ne chercherons point si ce détail est emprunté à Douris, car Justin (XIV, 6, 5), dans un extrait, il est vrai, très sommaire, se contente de dire: longœ obsidionis taedio pacta sainte victori se tradidit»

*) Diodore (XIX, 50, 1) commence par toO îfapo; àp^ofAEvoi»... le dernier acte du siège : il le met sous Tarchontat de Démoclide (01. CXVI, 1), c'està-dire, d'après sa manière de compter, en 316, et non pas en 315, comme le croit C. MùLLER (Pragm. Hist. Grœc, III, p. 694). Les chronographes (Euseb., I, p. 231 éd. Schœne) adjugent à Philippe Arrhidée les sept années juliennes qu'ils comptent de 01. CXIV, 2 à 01. CXV, 4, c'esU-dire de 323 à 317, el ils font entrer une année d'Olympias dans les 19 années de Cassandre.

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