OL. cxv, 4] jugement d'olympus
fut de s'assurer la possession de sa conquête, sur laquelle il fondait des espérances plus hardies encore. Il craignait les vaincus, cet Aristonous qui, jadis avantagé par Alexandre et tenu en haute estime par les Macédoniens, dévoué complètement à la cause de la royauté, pouvait entraver ses projets, et qui était certainement disposé à recommencer : il craignait cette vieille reine Olympias pour qui, dans quelque exil qu'elle vécût humiliée et impuissante, le nom de son fils Alexandre le Grand était une source intarissable de puissance ; il craignait ce petit Alexandre, héritier légitime de Tempire, autour duquel les mécontents pouvaient se rallier à la première occasion, cet enfant dont les droits pouvaient devenir un levier puissant aux mains des autres potentats et les autoriser, sous prétexte de défendre la djniaslie, à intervenir sans ménagement ni scrupule. Cassandre n*osait agir ouvertement ; il tâcha d'arriver à son but par des détours. A quelque temps de là, on* apprit que des parents de Crateuas avaient assassiné le garde du corps Aristonous. Une assemblée générale des Macédoniens fut convoquée. Cassandre leur demanda ce qu'ils voulaient qu'on fit d'Olympias : les proches parents de ces cent nobles que la reine avait fait exécuter l'année précédente se présentèrent en habits de deuil, se lamentant sur la perle des leurs, et demandèrent sa mort. La sentence fut prononcée, sans qu'elle fût présente pour se défendre ou que personne parlât en sa faveur. Cassandre envoya prévenir la reine en toute hâte, disant qu'elle avait encore le temps de fuir, et il lui fit offrir un vaisseau qui la transporterait à Athènes en toute sécurité. Il voulait non pas la sauver, mais la voir reconnaître et confirmer le jugement en prenant la fuite ; si l'on se débarrassait d'elle en route, elle aurait l'air d'avoir bien mérité son sort. Olympias répondit qu'elle n'avait pas l'intention de sauver sa vie par la fuite, et qu'elle était prête à défendre sa cause devant les Macédoniens. Mais Cassandre n'osa pas s'exposer à ce danger ; il craignait sa hardiesse, l'impression que produirait cet orgueil indompté, la mémoire de Philippe et d'Alexandre qu'elle ne manquerait pas d'invoquer, enfin, l'esprit changeant des Macédoniens et un mouvement subit en faveur de la reine. Elle devait mourir. Deux cents hommes furent en-
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voyés pour oxccuter le jugement, avec ordre de la liier sans autre forme de procès. Ils entrèrent au chAleau où se trouvait Olympias. Couverte de poui*pre, ornée du diadème, appuyée sur deux femmes de sa suite, elle s'avança à leur rencontre. Ils reculèrent; ils n'osaient porter la main sur la mère d'Alexandre. Alors Cassandre chargea de celte corvée sanglante les parents des Macédoniens qui avaient été exécutés. Accablée de pierres auxquelles elle offrait sa poitrine, le regard assuré, sans plaintes et sUns larmes, préoccupée encore en mourant d'arranger ses cheveux gris et d'envelopper dans les plis de sa robe son corps qui s'affaissait, Olympias rendit l'âme*.
C'est un spectacle émouvant que de voir la grandeur aux prises avec la grandeur et succomber ; mais, quand les derniers géants d'une grande époque, emportés de faute en faute par la folie des passions déchaînées, se trouvent enlacés et renver- • ses par une astuce patiente qui les guette, afin qu'une race plus petite, accomplissant Tarrêt divin, se partage leurs dépouilles et se pavane sous leur parure, alors on dirait que la destinée se joue de la grandeur et de sa chute.
La mort d'Olympias délivrait Cassandre de sa plus grave préoccupation. Il aurait bien voulu aussi se débarrasser de Roxane et de son fils, pour ceindre son propre front du diadème de l'enfant. Mais, pour le moment, on parlait trop de la mort d'Olympias pour qu'il put risquer immédiatement le dernier pas et arriver à son but. Il ne savait pas non plus quelle tournure prendrait la grande lutte en Orient. H se contenta donc de tenir prisonniers l'enfant et sa mère à Amphipolis, sous la surveillance de Glaucias. Il ordonna d'éloigner les enfants qui étaient élevés avec le jeune roi, et d'écarter d'eux toute espèce de cour : les prisonniers devaient être confinés et tenus à part, pour qu'ils apprissent à oublier que le diadème du monde leur appartenait. Par ses soins, Cynane, Philippe Arrhidée et Eurydice furent ensevelis à iEgae dans le tombeau des rois, avec les plus grands honneurs, et de superbes jeux funèbres furent célébrés à celte occasion^ Lui-même épousa Thessalonice, fille
') Justin., XIV, 6, 6. Diodor., XTX, 51. Paisan., IX, 7. -) D'après Diyllos, au XI® livre de son Histoire (ap. Athen., IV, p. 155 a), ceci arriva après la campagne de On^ce qui sera relatée plus loin.