‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 154 sur 457 · OL. cxv, 4] cassandre seul maître · texte numérisé non relu

OL. cxv, 4] cassandre seul maître

da roi Philippe* : elle devait lui apporter des droits sur la royauté, dont il évitait seulement encore de prendre le non). Pour tout le reste, il agissait comme s'il était le roi du pays. Il fonda même une ville à laquelle il donna son nom, Cassan* dria, sur la presqu'île de Pallène, et il y appela le reste des populations de Potidée, d*01ynthe et de quelques autres villes chalcidiennes détruites par Philippe*. La ville fut dotée on ne peut plus largement de terres propres à la culture et de droits de toute sorte'. Personne ne pouvait plus douter des intentions de Cassandre. Comme la suite du récit le montrera, la seule chose qui l'arrêtait encore, c'était la peur de froisser les potentats qui, en Asie, poursuivaient le même but; du côté de l'armée et du peuple, point d'obstacles, à vrai dire, sur sa route. Ceci prouve que tout le monde regardait la maison royale d'un œil indifférent, ou bien encore, que la crainte du sanguinaire vainqueur était plus forte que l'attachement à la malheu-

*) D'après le grammairien Lucillus ou Lucius de Tarrha, dans son Histoire de la ville de Thessaloniquf (Steph. Byz., s. v.), sa [mère Nicésipolis aurait été une nièce de Jason de Phères. La tradition première (Satyrus ap. Athkn. Xni, p. 557. Strab., VII, p. 330, fr, 24) ne parle pas de cette parenté avec le célèbre potentat thessalien, et Ton est tenté de croire que ce pourrait bien être une invention du patriotisme local. Diodore (XÏX, 52, 1) dit du mariage de Cassandre : (mevèoiv otxelov ot^ttov àicodetloti tt)c pa<nX(x7iç <n>TnrEveiaç, et dIus loin (XIX, 61, 2) : ©ercaXovCxYjv pcotvàiicvoc ïy'îF^»

«) DioDOR., XIX, 51. Strab., VII, p. 231. Liv., XLIV, 10, 11. Sgylax, V. 628.

') Une entreprise non moins heureuse fut la fondation de Thessalonique, que Von doit attribuer, avec la majorité des auteurs anciens, à Cassandre : d*autres disent, il est vrai, qu'elle fut fondée par Philippe à la suite d'une victoire sur les Thessaliens , ou parce qu*il avait vu là et épousé une jolie fille (ceci se rapporterait plutôt à Cassandre). Voy. Etym. Maon. Steph. By2. s. v. Constant. Porphyroo., II, cap. Be Therm, Julian. Imp., Oral. III, p. 107. Je mentionnerai encore la fondation d'Ouranopolis, au sommet du mont Atho8(m cacumine, Plin., Hist. Nat. IV, 10, §37), sur remplacement, ou, comme le veut Leake, dans le voisinage d'Acrolhoi (*Axpà6a>oc ap. Strab., VII, p. 331. exe. § 33. Acrothon ap. Pompon. Mel., II, 2). Là dite ville fut fondée, au rapport de Strabon (VII, p. 331. exe, § 35) par le frère de Cassandre, Alexarchos (et non pas Alexandros), un « savant » étonnant, en effet, comme le prouve la charmante anecdote racontée par Athénée (III, p. 98) et par Clément d'Alexandrie {Protrept, ch. 4, p. 10, éd. Sylburg). Son existence est confirmée par une monnaie qui porte la légende OVPA- NIA2 nOAEÛS (EcKHEL , Doctr. Numm. V, p. 69) ainsi que par le tétradrachme récemment acquis par le cabinet de Berlin (dont le poids, il est vrai, n'excède pas 13 gr. 3) et portant la légende OrPANIAÛN.

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reuse famille du grand roi . Peut-être aussi Cassandre s'imaginait-ii justifier, par son mariage avec la fille de Philippe, sa conduite avec la mère d'Alexandre et ce qu'il comptait faire de sa veuve et de son fils.

Parmi les Diadoques et les Épigones, il n'en est peut-être aucun dont le caractère ait été plus diversement jugé que celui de Cassandre. On fait ressortir que c'était un esprit d'une haute culture, et qu'il aimait démesurément Homère*; qu'il avait entretenu des relations avec des hommes d'une très grande valeur scientifique. On peut bien dire aussi que sa position était plus difficile et ses actions plus sujettes à être mal interprétées que celles des autres grands ; que sa situation le mit constamment en conflit avec les Grecs et la maison royale, adversaires envers lesquels on n'est que trop disposé à la partialité; qu'il fautlouer sous plus d'un rapport sa perspicacité, le choix intelligent des voies et moyens, sa fermeté et sa persévérance dans l'exécution de ce qu'il jugeait nécessaire. Il faut avouer aussi que jamais, comme, par exemple, Polysperchon, il n'a compromis ses chances de succès par des demi-mesures et des scrupules qui peuvent être la marque d'un bon cœur, mais non pas une preuve d'intelligence. En réalité, c*est un caractère; il a l'énergie de poursuivre d'un pas sûr le but qu'il s'est fixé et de l'atteindre à tout prix. Mais on ne trouve pas chez lui un seul trait qui puisse vous réconcilier avec la dureté et la froideur de son tempérament, encore que les circonstances puissent y être pour quelque chose. Pendant que les hommes de son âge (il a dû naître vers 354 ) traversaient l'Asie en combattant avec le grand roi, il avait vécu dans ses foyers, auprès de son père. Le premier fait que la tradition nous rapporte sur son compte, c'est qu'il fut envoyé à Babylone pour présenter la justification de son père, qu'Alexandre voulait mander auprès de lui, et qu'i' offensa son maître et la majesté royale en souriant ironiquement de choses que comportait l'étiquette de la cour. Le temps et le but élevé qu'il voyait devant lui ont pu lui apprendre à contenir les éclats de son caractère brutal et violent; mais sa

•) Athen., XIV, p. 620.

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