ISSUE DE LA BATAILLE [II
Déjà la pleine lune éclaire la campagne; les deux armées ne sont qu'à 200 pas l'une de Fautre ; on distingue parfaitement d'un camp à l'autre le hennissement des chevaux, le cliquetis des armes, presque le bruit des conversations. Aucune attaque n'a lieu. Les deux armées se retirent lentement du champ de bataille où gisent les morts et les blessés. A minuit, elle sont à une distance de trois lieues, et, épuisées par la marche, par la lutte de toute la journée et la faim, elles font halte. C'est là qu'Eumène veut établir son camp ; de là, il se propose de revenir le lendemain matin pour enterrer les morts, se montrer ainsi maître du champ de bataille et s'attribuer l'honneur de la journée. Mais ses Macédoniens, inquiets pour les bagages laissés en arrière en présence d'un ennemi qui a une si forte cavalerie, exigent qu'on rétrograde jusque-là. Ëumène n'oso les contraindre et accède à leur désir : il est forcé de se contenter d'envoyer des hérauts à Antigone au sujet des devoirs à rendre aux morts.
C'est celui-ci qui a subi les pertes les plus fortes; 3,700 fantassins et 54 cavaliers ont succombé de son côté; l'ennemi n'a perdu que S40 fantassins et quelques cavaliers. Eumène compte plus de 900 blessés, mais Antigone en a près de 4,000 : puis, ses troupes sont découragées, et la sévère discipline à laquelle elles sont habituées empêche seule de plus graves événements. Antigone ne se croit pas assez fort pour rester dans le voisinage de son audacieux ennemi ; il a résolu de s'éloigner aussi loin que possible et de prendre ses quartiers d'hiver. Pour faciliter la marche de Tarmée, il fit prendre les devants aux blessés et à la plus grande partie des bagages. Lui-même voulut rester encore le lendemain aux environs du champ de bataille, pour enterrer ses morts, s'il en était encore temps. Alors arriva le héraut des ennemis pour traiter de l'enterrement des morts. Antigone le retint chez lui : le lendemain matin, il fit sortir ses troupes pour préparer les bûchers de ses morts; ensuite il laissa partir le héraut en lui disant que, le lendemain, l'ennemi pourrait se rendre lui aussi sur le champ de bataille pour enterrer les morts*. De cette façon, Antigone,
») DioDOh., XIX, 34. PoLY^N., IV, 6, 10.