‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 177 sur 457 · OL. cxv, 4] issue de la bataille · texte numérisé non relu

OL. cxv, 4] issue de la bataille

quoiqu'il ail éprouvé les plus grandes pertes, semble être le vainqueur de la journée; sa retraite ne paraît plus une fuite: encouragées par cette heureuse solution, ses troupes se mettent en marche à la tombée de la nuit suivante. Il se dirige en plusieurs étapes, sans trêve ni repos, vers la contrée de Gadamarta en Médie, pays qui, épargné jusque-là par la guerre, offre des provisions en abondance, de bons quartiers d'hiver, et lui fournit le moyen de recruter de nouvelles troupes*.

Eumène apprit par ses espions le départ de son adversaire ; mais, à cause de la fatigue de ses troupes et pour ne pas s'exposer à les trouver de nouveau récalcitrantes, il renonça à troubler la retraite de l'ennemi. Il fît enterrer les morts avec tous les honneurs militaires, puis il conduisit l'armée hors du pays de Paraetacène, pour allerplus loin prendre ses quartiers d'hiver.

Voilà quelle fut cette bataille, une des plus remarquables du temps des Diadoques. Pour la première fois depuis longtemps, l'infanterie montre tout ce qu'elle vaut. Le mouvement que fit Eumène, au moment où son aile droite prenant l'offensive avait forcé à la retraite l'aile gauche de l'ennemi, en poussant ses phalanges, en lançant les terribles argyraspides sur l'infanterie de l'ennemi plus forte d'un tiers et l'écrasant sur place, devait décider de la journée, pour peu qu'Eudémos, à l'aile gauche, restant tranquillement sur la défensive, fît tant soit peu son devoir. Même à l'heure où Eumène fit sonner la retraite, pour sauver le reste de ces escadrons en déroule, il était encore maître du champ de bataille; mais l'infanterie refusa de faire un dernier effort pour se maintenir sur le terrain. Ce n'est pas une défaite militaire, mais un insuccès

') Le nom de celte province est modifié de bien des façons : Garaarga, Gadamala ou Gadarla, Gadamarta, sont les appellations diverses qu*on rencontre dans Diodore et dans Polyœnos. Quelle est la véritable? on ne saurait le dire. Il est également impossible de déterminer plus exactement la situation de cette contrée. On serait presque tenté de chercher quelque chose de moins vague dans ce qui va être dit relativement à la distance comptée de là à ht Gabiène. D*après la description de la route, d*après la possibilité d*obliquer du côté de TArménie, enfin, d'après la direction dans laquelle Ântigone s'est retiré après ia dite bataille, on pourrait supposer que Gadamarta devait se trouver dans les environs de Koum et de Sa va.

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moral d'autant plus grand, que le général de génie a essuyé ce jour-là.

A peine les troupes eurent-elles quelque repos du côté de Tennemi, que de nouveau elles se laissèrent entraîner à la rébellion ; elles se montrèrent insolentes et récalcitrantes vis-àvis des chefs, et s'abandonnèrent à la licence la plus effrénée. Les chefs aussi et les satrapes oublièrent bientôt toute prévoyance, sans plus faire attention à Eumène et à ses sages conseils. Ils éparpillèrent leurs quartiers d'hiver sur tout le pays de la Gabiène, de telle sorte que les différents corps étaient isolés les uns les autres et séparés souvent par une distance de 25 milles. Eumène avait moins d'autorité que jamais. La nouvelle de la>âctoire du parti de la royauté en Macédoine, du passage de l'armée impériale en Asie^ cette nouvelle qui avait rétabli quelque mois auparavant son autorité sur l'armée, ne s'était pas confirmée. Au contraire, on apprit que Cassandre était parti pour la Macédoine avec des troupes fraîches et que le parti de la royauté courait le plus grand danger. La position d'Eumène devenait de jour en jour plus difficile.

Ces nouvelles de l'Occident devaient sans doute encourager aussi Antigone à de nouvelles entreprises. La situation fausse de ses adversaires n'était pas un secret pour lui. S'il n'espérait pas pouvoir leur tenir tête dans une lutte ouverte, il croyait être assuré d'un triomphe en les surprenant à l'improviste. Par la route ordinaire, il y avait de Gadamarta jusqu'aux quartiers d'hiver de l'ennemi vingt-cinq journées de marche environ. Cotte route longeait le flanc de la montagne. Une autre plus courte, tracée en ligne droite à travers la plaine qui s'étend devant cette chaîne, n'avait que huit journées de marche : maiscette plaine n'avait pas un arbre, pas do fourrage, pas un brin d'herbe ; on ne trouvait d'eau nulle part; aucune trace d'habitations : c'était une véritable steppe salée*. C'est par cette voie qu'Antigone résolut de passer. On pouvait atteindre l'ennemi en neuf jours, et le vaincre avant qu'il n'eût le temps de se concentrer.

*) ^v Sa T)iièv ààoç icapot xkç Oiccopc^ac* xh àk xorw mÔ^ov â|iaXbvi owSpov, àoéxiQTOVy ou PoTCKWjv ïx^'^t ou SévSpov, où fUTov, avfotXx&Scc xa\ 9cXt)6ov &X|&um^c (PoLYiBN., IV, 6, 11). Cf. DiODOR., XIX, 37. Plut., Eumen., <5. Corn. Nep., Eumen.y 8.

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