OL. cxv, 4] aniigone part de gadamarta
Mais il imporlail avant tout de tenir cette entreprise absolument secrète. Les troupes reçurent Tordre de se tenir prêtes à partir, de se munir de provisions pour dix jours et du fourrage nécessaire pour les chevaux. Pour les besoins de Tarmée, on fabriqua dix mille outres, qui furent rempliesd'eau potable. On disait partout dans le camp qu'on partait pour T Arménie. L'armée se mit en marche à la fin de décembre 317, à Tépoque du solstice d'hiver*, non pas pour l'Arménie, mais droit à travers la lande salée. On marchait avec beaucoup de circonspection ; il était interdit d'allumer des feux même pendant les nuits froides, pour que les habitants des montagnes ne découvrissent pas la marche de l'armée et n'allassent pas en informer l'ennemi. C'est ainsi qu'on marchait déjà depuis cinq jours, au milieu des plus grandes difficultés; lemauvais temps se mit alors de la partie; il y eut de violentes tempêtes, et le froid devint rigoureux. Les soldats ne purent y tenir ; il fallut leur promettre de recourir au seul moyen de salut, c'est-àdire, d'allumer des feux. Des montagnes qui bornent la steppe les indigènes voyaient les feux pendant la nuit et pendant le jour les colonnes de fumée, le tout en grande quantité, de sorte qu'ils jugèrent la chose assez importante pour en rapporter la nouvelle au camp du satrape Peucestas. Les messagers se dirigèrent en toute hâte sur des dromadaires vers la Gabiène, disant que l'armée d'Antigone s'avançait, qu'on Tavait vue à mi-chemin de la Gabiène.
Aussitôt un conseil de guerre fut convoqué ; on délibéra sur les mesures à prendre. L'ennemi pouvait atteindre le camp en quatre jours; il n'était pas possible en si peu de temps de concentrer les troupes, éloignées les unes des autres de six journées de marche. Toutes sortes de plans furent proposés; on ne savait que faire. Peucestas proposa de réunir en toute hâte les troupes les plus à proximité, et de se retirer avec celles-ci, pour éviter la rencontre de l'ennemi jusqu'à ce qu'on eût fait venir les troupes les plus éloignées. Eumènc prit alors la parole pour démontrer le vice des mesures proposées : il
*) MPIitjat ôià xr,; spr,itou, Tîjç wpa; ovîayj; ii6p\ -/tijAspivà; xpoica; (DlODOH. , XIX, 37).
270 STRATAGÈME d'eUMÈNE [II, 2
insista sur ce point, que ce péril était une conséquence de la répartition défectueuse des quartiers d'hiver, du système déconseillé par lui dès le début. On n'avait pas voulu alors Técouter : heureusement il était encore en état de remédier au péril, si toutefois on voulait s'engager à se soumettre à ses ordres et les exécuter avec la promptitude nécessaire. Il s'agissait de rallier toutes les troupes avant Tarrivée de l'ennemi. Or, ceci pouvait se faire en six jours. L'ennemi avait encore quatre journées de marche avant d'arriver au camp, et lui se chargeait de le retarder de trois ou <]uatre autres jours encore. Il les pria donc de dépêcher chacun au quartier d'hiver de leurs troupes respectives, et de les faire venir le plus tôt possible. L'ennemi, épuisé par la marche et les privations, non seulement attaquerait alors sans succès, mais tomberait pour ainsi dire à coup sûr entre leurs mains. C'est avec étonnement qu'ils écoutèrent tous les propositions du stratège : ils s'engagèrent à lui obéir de tout point, et lui demandèrent comment il pensait tenir ses promesses. Quand on eut dépêché différents courriers, Eumène ordonna à tous les chefs présents de le suivre avec les troupes qu'ils avaient sous la main. Us gagnèrent à cheval la lisière du désert, jusqu'à une large pente qui descendait vers la steppe et qui devait se voir de loin. Là il (it tracer un camp de près de deux milles de circonférence, et ficher en terre de distance en distance des pieux garnis d'un fanion; puis il distribua les intervalles entre ses compagnons, avec ordre d'allumer des feux à une distance de vingt coudées l'un de l'autre. Pour que l'ennemi s'imaginât avoir devant les yeux un camp véritable, il ordonna d'entretenir vigoureusement les feux pendant la première veille, comme si tout était encore en l'air dans le camp et les hommes assis autour des feux ou en train de prendre le repas du soir, puis de diminuer ces feux à chaque veille consécutive et de les laisser éteindre complètement sur la fin de la nuit. La même opération devait être répétée la nuit suivante. Tout cela fut exécuté ponctuellement.
On dit que des indigènes qui gardaient leurs troupeaux sur les montagnes voisines, et qui étaient dévoués au satrape Pithon, furent les premiers à informer Ântigone et Pîthon