‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 181 sur 457 · OL. cxv, 4] complot contre eumène · texte numérisé non relu

OL. cxv, 4] complot contre eumène

gèrent qu'il exerçât seul le commandement et que tous les autres chefs se soumissent à ses ordres. Eumène ne s'y refusa pas ; il fit fortifier le camp avec le plus grand soin, et Tentoura d'un- mur d'enceinte et d'un fossé ; il y accumula des vivres et prit toutes ses dispositions pour la lutte suprême, qui ne semblait pas éloignée. Les troupes attendaient la rencontre avec une entière assurance; mais les autres commandants sentaient d*autant plus amèrement à quel point ils se trouvaient relégués à Tarrièrc-plan, subordonnés au commandement du Gardien et déçus dans leurs superbes prétentions. Les deux chefs des argyraspides surtout, Antigène et Teutamas, étaient pleins de dépit et de ressentiment. Ils se communiquèrent leurs idées, se concertèrent pour se débarrasser de cet homme détesté, et attirèrent les aulres chefs et satrapes dans leur complot. Tous étaient d'accord sur ce point, qu'il fallait se défaire d'Eumène. Quand et comment, c'est ce qu'ils se demandaient, ils décidèrent qu'il fallait encore lui laisser gagner la bataille sur Antigone, après quoi on se débarrasserait de lui. Au nombre des conjurés se trouvaient Eudémos de l'Inde et Phaedimos; ces deux personnages avaient confié précédemment au stratège des sommes considérables, et ils craignaient de perdre leur argent si le plan des conjurés s'exécutait. Us lui dénoncèrent le complot, et Eumène les remercia avec effusion de leur fidélité.

Jamais nouvelle ne l'avait frappé aussi douloureusement. Le danger était aussi grave que pressant. Il se retira dans sa tente et communiqua les révélations à ses amis : « Je vis ici, dit-il, au milieu de bêtes féroces ». Il écrivit son testament, déchira et anéantit ses papiers et ses lettres, pour qu'en cas de malheur elles ne fussent pas la cause de préjudices et de calomnies pour ses amis. Puis il délibéra avec eux sur ce qu'il avait à faire. Devait-il, fort de la faveur dont il jouissait actuellement auprès des troupes, sévir ouvertement contre les conjurés? Il n'était pas sûr de son armée, et quant aux traîtres, il était à prévoir qu'ils se jetteraient dans les bras d'Antigone. Devait-il négocier lui-même en secret avec Antigone et lui laisser gagner la partie? Mais alors il trahissait la cause pour laquelle il avait combattu jusque-là; il se livrait lui-même

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comme traître avéré à son ennemi mortel, et, dans Thypothèse la plus favorable, il ne sauvait qu'une vie vouée à Topprobre. Devait-il s'enfuir, courir à travers la Médie et l'Arménie jusqu'en Cappadoce, y réunir autour de lui ses vieux amis et exposer xme seconde fois sa fortune à l'épreuve qu'elle avait déjà subie une fois? En ce cas, la cause de la royauté était perdue en Asie comme elle Tétait déjà en Europe; il n'y avait plus d'autçrité à laquelle il pût se rallier, et, en admettant que tout lui réussît, il ne lui restait d'autre perspective qu'une nouvelle lutte, plus courte cette fois et plus malheureuse, ou le sortie plus misérable qui pût lui échoir, l'inaction et l'isolement. Eumëne ne prit aucune résolution en présence de ses amis : il restait hésitant. Pour la première fois de sa vie peutêtre, il ne savait quel parti prendre, à quoi se résoudre. Les conjurés lui laissaient encore le temps de gagner la bataille : peut-être la victoire lui apporterait-elle une nouvelle force; peut-être ces traîtres respecteraient-ils une tête couronnée par la victoire; peut-être le succès d'une seule journée, un hasard, changeraient-ils tout.

Cependant l'ennemi s'était avancé à un mille de distance. Une rencontre était inévitable. Antigone l'offrait ; Ëumène l'accepta : tous deux rangèrent leurs troupes en bataillé. Antigone avait environ 22,000 hommes d'infanterie, 9,000 cavaliers, y compris ceux qu'il avait rassemblés tout récemment en Médie, et 63 éléphants. Il plaça de nouveau son infanterie au centre et sa cavalerie aux ailes. Il confia le commandement de Taile gauche à Pithon, celui de l'aile droite à son jeune fils Démétrios, qui s'était glorieusement conduit dans la récente rencontre en Paraetacène. Lui-même resta à cette aile, qui devait faire l'attaque principale. En avant de toute la ligne, il plaça les éléphants, soutenus par des troupes légères. L'armée d'Eumène se composait de 36,700 hommes d'infanterie, 6,030 cavaliers et 114 éléphants. L'ennemi avait une cavalerie supérieure en nombre et en qualité : l'infanterie d'Eumène, au contraire, avait une supériorité marquée, qu'elle devait non seulement au nombre, mais au corps des vétérans argyraspides. Pour soutenir le choc de l'aile droite ennemie avec des forces suffisantes, il mit en ligne sur son aile gauche la plupart des

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