‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 192 sur 457 · OL. CXVI, 1] ANTIGONE A SUSE · texte numérisé non relu

OL. CXVI, 1] ANTIGONE A SUSE

toujours à part lui qu'on ne lui refusât les trésors de Suse. Puis il entra dans Suse, et dans la forteresse de Suse. Les trésors lui furent remis; il y avait encore là d'abord 15,000 talents d'argent, puis des vases, des couronnes et autres objets précieux d'une valeur de 3,000 talents. Antigone prit tout, et, outre cela, il apportait de Médie pour S,000 talents de couronnes d'or, de présents honorifiques et de butin. Il se trouva disposer ainsi d'une somme de 23,000 talents*. Il nomma à Suse un nouveau satrape, Aspisasde Susiane; c'était déjà le second fonctionnaire non Macédonien qu'il appelait à un poste de cette importance.

Avec son armée et l'immense convoi d'argent qui fut transporté partie sur des chars, partie à dos de chameau, Antigone gagna en vingt-deux jours Babylone, pour se rendre de là à la mer. Séleucos, il est vrai, aurait eu des motifs de s'irriter contre le stratège, qui avait adjugé sans plus de façon à un autre la Susiane à lui promise. Mais il n'osa pas faire voir son mécontentement à son tout-puissant ami. Sans doute il espérait que le séjour d' Antigone dans ces pays ne serait que de courte durée, et que, lorsque le stratège serait bien loin en Occident, il trouverait bien, lui, le temps et l'occasion d'agir dans son propre intérêt. Antigone le prévoyait bien : il connaissait l'esprit souple et actif du satrape de Babylone; il savait combien ses sujets lui étaient dévoués. U ne pouvait abandonner l'Orient à lui-même tant qu'il s'y trouvait encore au pouvoir des hommes de cette importance, en droit de prétendre à tout et en état de soutenir leurs prétentions. Il s'agissait de rendre celui-ci inoffcnsif. Séleucos alla au-devant du stratège pour le saluer sur la frontière de sa satrapie : il lui apportait une foule de présents dignes d'un roi et ses félicita* lions pour les succès qu'il avait obtenus en si peu de temps; il offrît à l'armée du stratège des banquets et des fêtes; il se montra de toutes façons si prévenant, si complaisant envers son ami et allié, qu'il semblait accepter tout ce qui s'était fait

«) DioDOR., XIX, 48, Si Ton compte cette somme (147,350,000 fr.) en argent, on voit que sa marche a dû être ralentie par un poids d'environ 6,550 quintaux métriques, pour le transport desquels il fallut ajouter à la colonne les bêles de somme nécessaires.

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même contre lui. Mais il arriva que Séleucos fit une observation blessante à un des généraux pour un motif quelconque, sans soumettre Taffaire au stratège. Celui-ci ne cacha pas son élonnement de voir qu'on ne s'adressât pas à lui, en sa qualité de supérieur, pour attendre sa décision. Séleucos, de son côté, contesta absolument qu'il fût, d'une façon quelconque, son subordonné. Cette querelle, insignifiante en elle-même, s'aigrit de plus en plus : des deux côtés on y apportait la vivacité de la méfiance et du parti pris. Enfin, Antigone demanda qu'on lui soumit les comptes des revenus et dépenses de la satrapie. Séleucos repoussa cette exigence, disant qu'il ne reconnaissait point de contrôle de cette espèce : les Macédoniens l'avaient chargé de la satrapie en raison des nombreux sei^ices qu'il avait rendus à l'empire, et il ne savait pas de quel droit et à quel titre le stratège se mêlait de l'administration de la satrapie. On ne s'entendait plus. Séleucos avait sous les yeux l'exemple de Pithon; il craignit qu' Antigone ne voulût s'emparer de sa personne, pour se débarrasser de lui comme il avait fait de l'autre, en le faisant condamner à mort par une décision de son conseil, un jugement de cabinet en bonne et due forme. Il se sauva donc en toute hâte et s'échappa de Babylone avec cinquante cavaliers, pour chercher un asile en Egypte auprès de Ptolémée *.

Pour Antigone, cette issue de la querelle était ce qu'il pouvait souhaiter de mieux; car enfin, il semblait que le satrape n'avait pas été chassé par lui, mais qu'il avouait en fuyant sa culpabilité. Sans avoir fait le moindre tort à son ancien ami, il était maître de sa satrapie et débarrassé d'un compétiteur dangereux. Antigone avait raison de vanter sa bonne étoile, qui lui aplanissait ainsi les voies. C'est alors, dit-on, qu'arrivèrent chez lui les prêtres chaldéens, pour lui déclarer qu'il était écrit dans les étoiles que, s'il laissait Séleucos échapper de ses mains, celui-ci deviendrait le maître de toute l'Asie.

*) DiODOB., XIX, 55, 3. D'après ce passage, il est clair que Séleucos resta encore quelque temps avec Antigone avant de s'enfuir. Suivant ce qui a été dit plus haut (p. 288), Antigone n'a guère pu arriver à Babylone avant le mois de juin : c'est par conséquent vers le mois de juillet que Séleucos a pris la fuite.

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