‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 193 sur 457 · OL. CXVI, IJ ANTIGONE A BABYLONE · texte numérisé non relu

OL. CXVI, IJ ANTIGONE A BABYLONE

Antigone aurait regretté alors de ne pas s'être assuré de la personne du satrape. Il fit poursuivre le fugitif, avec ordre de le rejoindre et le ramener, si faire se pouvait : il était trop tard. On ajoute expressément qu'à l'ordinaire Antigone traitait légèrement les prédictions de cette sorte, mais que, cette fois-ci, il fut profondément impressionné* d'abord par la grande autorité dont jouissaient ces prêtres, et surtout en se rappelant que ces mêmes hommes avaient fait au roi Alexandre des prédictions qui s'étaient accomplies de point en point. Si les renseignements sont véridiques (et ils viennent do la meilleure source), c'est un trait remarquable à ajouter au caractère d'Antigone. Lui, si raisonnable d'ordinaire, si éclairé, on dirait presque si prosaïque, il se laissait aller maintenant, alors que la fortune elle-même lui aplanissait le chemin, à prêter l'oreille aux prédictions des astrologues qui, avec la certitude mathématique de leurs calculs établis sur des milliers d'années, étaient complètement sûrs de s'imposer à la superstition de cette époque rationaliste.

La situation générale ne permettait pas à Antigone de rester plus longtemps à Babylone. Il voyait imminente la lutte décisive avec les potentats de l'Occident, lutte dont l'arrivée de Séleucos allait très vraisemblablement provoquer l'explosion. Antigone devait se hâter de gagner ces contrées, dont la possession lui assurait Toffensive pour la guerre continentale, et où il pouvait concentrer de nouvelles forces navales qui lui étaient surtout nécessaires, car celles qu'il avait eues jusqu'à Tan 318 étaient dispersées ou appartenaient à ceux qui allaient être ses premiers adversaires. Il nomma satrape de Babylone Pithon fils d'Agénor, jadis satrape de l'Inde, se fit livrer comme otages les enfants des principaux habitants et plusieurs amis des réfugiés, et les confia au nouveau satrape pour les garder en lieu sûr dans le château-fort; puis, peu de temps après la fuite de Séleucos*, il quitta Babj'lone vers la fin de Tété pour se rendre en Mésopotamie. Il destitua le satrape Blitor, qui avait aidé la fuite de Séleucos, gagna rapidement

*) ov pLCTpéwç èxivr,6ri TÔTC (DiODOR., XIX, 55).

«) zMç (?) £7» TTî çyy^ (Appiau., Syr,, 53).

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la Cilicie et arriva à Mallos vers la mi-novembre : là il établit ses troupes dans leurs quartiers d'hiver *.

Avoir atteint sans peine et sans lutte ce territoire, chaînon intermédiaire entre TOrient et l'Occident, c*étaii avoir fait la moitié du chemin qui menait au but. Il se trouvait au milieu de ceux qui pouvaient se lever contre lui, plus puissant que chacun d'eux pris isolément, aussi résolu que préparé à faire valoir sa supériorité. Sa fortune si constante s'était de nouveau affirmée. Elle lui était fidèle, parce qu'en toute circonstance il agissait d'après sa propre volonté et se réservait la direction suprême. Ainsi, ne s'en rapportant qu'à lui-même, il était toujours sûr de son secret, et il arrachait la victoire aux ennemis, qui étaient le plus souvent des coalisés, même quand ils étaient victorieux. Son fils Démétrios fut le seul qu'il commença, depuis lors, à mettre dans sa confidence et à associer à son pouvoir. Il gagnait par là une force nouvelle, car aucun de ses adversaires ne pouvait montrer un allié aussi fidèle et aussi dévoué. Jamais la bonne intelligence entre le père et le fils ne fut troublée, et, à l'apogée de sa splendeur. Antigène mettait son orgueil à vivre avec son fils sur un pied d'intimité familière, on dirait presque bourgeoise. Quand son fils revenait de la chasse, il courait encore couvert de poussière chez son père, l'embrassait et s'asseyait à ses côtés, et le stratège disait aux ambassadeurs qu'ils pouvaient rapporter à leurs maîtres de quelle façon il vivait avec son fils*. Rien ne caractérise mieux Antigone que l'ordre et la prudence qu'il montrait même dans les plus petites choses. Il tenait un journal exact de toutes les négociations, et souvent les ambassadeurs

*) oie(j.£pias ttjv 8uva|iiv ei; 7C0(paxei(xa(Ttav {uxk Ôuatv 'Ûptcovo; (DiODOR., XIX, 56, 5). Naturellement, il s'agit ici de la remarque populaire : sasviis ubi Onon hibemis conditur undis (mi-novembre), et non pas, comme l'a pensé VsoEH{PhUologus, XXXIV, 1, p. 53) du coucher tardif d'Orion, vers le 24 avril. Xénophon évalue la distance entre Pyramos (Mallos) et Pylae à 265 parasanges en 43 étapes, à raison de 4 railles 1/2 par jour, naturellement avec des jours de repos dans l'intervalle : pour aller jusqu'à Babylone, il y a bien encore 15 parasanges en sus. Si bons marcheurs qu'aient été ses soldats, Antigone a dû mettre certainement quelque chose comme 60 jours, et davantage encore, s'il a pris le chemin le plus long, par Mossoul. Il est parti de Babylone vers la fin d'août, quelque temps après la fuite de Séleucos.

*) Fut., Démet,, 3.

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