ANTIGONE ET SON FILS [II
d'autant plus d'obligation. Il aimait la réalité et non pas l'éclat du pouvoir; on le vit en toute occasion éviter plutôt que rechercher l'extraordinaire. Un jour que quelqu'un l'appelait dans un poème « Fils du Soleil », il dit que le valet qui lui présentait son vase de nuit ne s'en doutait pas * ; plus tard, alors qu'il était devenu roi, comme on vantait son bonheur et sa puissance : « Si tu savais, dit-il, combien cette guenille (il montrait le diadème) est remplie de maux, tu ne la ramasserais pas sur un tas de fumier* ». Un autre, pour se rendre agréable à ses yeux, lui disait « que tout ce que le roi faisait était juste et bon ». « Peut-être chez les Barbares, réponditil : mais chez nous le juste seul est juste et le bien seul est bien » . On ne saurait imaginer un contraste plus grand en toutes choses qu'entre son fils Démétrios et lui. Autant celuici était prodigue, passionné et enthousiaste, autant le père était sobre, prudent et réfléchie Du reste, ces traits de caractère devenaient d'autant plus saillants avec l'âge : c'était maintenant un septuagénaire. Sa dernière guerre prouve combien il était encore vigoureux ; il payait toujours de sa personne au combat et ne semblait jamais de meilleure humeur que quand il fallait marcher contre l'ennemi. Généralement alors les troupes avaient à se raconter une nouvelle saillie de leur vieux chef, ou bien il passait sur leur front et faisait des plaisanteries surTenncmiS Dans le camp aussi, il aimait à voir ses gens pleins d'entrain, tout en tenant plus que n'importe quel général à la discipline sévère et à la subordination. Il savait manier les soldats : un jour — c'était en saison d'hiver — qu'il était obligé de camper dans un pays complètement désert, et qu'il entendait en traversant le camp des soldats déblatérer dans leur tente sur l'abominable façon dont ils
') Plut., Apophth. Antig.y 7,
») Stob., Florileg.y 49, n*» 20.
3) Quand Hérodien (I, 2) raconte qu'Antigone imitait en tout Dionysos, qu'il se couronnait la tête de lierre au lieu de l'orner de la causia et du diadème et qu'il portait un thyrse en guise de sceptre, je croirais volontiers qu? rhistorien confond le père avec le fils egregiam artem quassandantm urhium professa (Senec., De const. sap,, 5), et que de plus 71 a puisé à une source entachée d'exagération.
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