‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 2 sur 457 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Morl d'Alexandre. — Organisation du gouvernement par les généraux.

— Arrhidée proclamé roi par Tinfanterie. — Conflit entre la cavalerie et rinfanterie. — Transaction entre les deux partis. — Les lustrations.

— Mort de Méléagre. — Partage des satrapies.

Alexandre est le premier auquel Thistoire ait donné le nom de Grand. Quelle que soit Torigine de ce surnom, sa persistance peut être regardée comme une preuve de l'impression qu'ont produite sur ses contemporains et sur la postérité la personne du conquérant et ses hauts faits.

On peut se demander ce qu'il faut plus admirer, ou Taudace de ces plans qu'il exécute avec un bonheur toujours constant, ou les mesures par lesquelles il pensait assurer la durée de son œuvre, ou leurs effets, qui ont survécu pendant des siècles à Tœuvre elle-même.

Dix ans lui ont suffi pour détruire l'empire des Perses, pour soumettre FAsie jusqu'aux déserts de la Scylhie, jusqu'au cœur de l'Inde, pour métamorphoser ces vastes régions où il commença à répandre la civilisation hellénique et pour ouvrir la mer du Sud. Ses expéditions, conquêtes et découvertes tout à la fois, réunissent la partie jusque-là connue et la partic inconnue de l'Orient en un seul empire.

Au retour de llnde, après une année non de repos, mais d*activité prodigieuse consacrée à organiser ses vastes conquêtes, il semble vouloir entreprendre une œuvre plus audacieuse encore. On ne pouvait guère expliquer autrement ses formidables préparatifs, en pleine voie d'exécution au printemps de Tannée 323, lorsqu'il se rendit d'Ecbatane à Babylone.

De toutes les parties du vaste empire arrivaient des troupes

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de toute arme et de toute sorte : l'Asie fournît des cavaliers, la Grèce des mercenaires, les satrapies des bataillons exercés à la macédonienne ; des constructeurs et des capitaines de vaisseaux, des marins des côtes de la Méditerranée se rassemblaient à Babylone. On savait qu'au commencement de Tété on allait se mettre en marche vers l'Occident; que Néarque, avec la flotte de TEuphrate, contournerait l'Arabie : il était question d'immenses armements qui se faisaient en même temps dans les ports de la Méditerranée ; on croyait savoir qu'après la circumnavigation de l'Arabie, une expédition serait tentée contre Carthago ou l'Italie, ou bien encore qu'après avoir doublé les côtes encore inconnues de l'Afrique du Sud, ou devait s'emparer, en passant par l'Océan occidental et les colonnes d'Héraclès, du bassin ouest de la Méditerranée, occupé par les Carthaginois, et des régions qu'il baigne; qu'une fois maître de la Méditerranée, après avoir répandu la civilisation grecque sur ses côtes jusqu'à Tartessos et Lixos, on allait achever et asseoir sur une base à jamais inébranlable l'édifice hardi d'un empire universel.

Le roi avait donné l'ordre de commencer les mouvements. Après les funérailles d'Héphestion, l'armée de terre devait se mettre en marche le 22 du mois Dassios, et la flotte partir le 23.

Cinq jours avant, Alexandre tomba malade : la fièvre augmentait de jour en jour. Il fallut retarder le départ jusqu'à nouvel ordre. Déjà la santé d'Alexandre excitait les plus vives inquiétudes. Les stratèges et les hipparques restaientà demeure dans les antichambres delà salle où le roi était couché: les capitaines et les chefs de bataillons se tenaient nuit et jour dans la cour du château ; les vétérans macédoniens, se pressant aux portes du palais, demandaient avoir leur roi une dernière fois. On les fit défiler devant son lit : déjà il ne pouvait plus parler. Ses forces déclinaient rapidement : le 28 Daesios, il expira.

D'abord, nous dit un de nos auteurs, les vastes espaces du château retentirent de lamentations et de gémissements : puis le silence se rétablit peu à peu. Après la première explosion de douleur, on se demandait anxieusement ce qu'on allait devenir.

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