‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 3 sur 457 · OL. cxiv, 1] perplexité de l'armée · texte numérisé non relu

OL. cxiv, 1] perplexité de l'armée

Des pages partaient du châleau et parcouraient les rues, en répandant la triste nouvelle. La foule s'amassait devant les portes : Macédoniens et Barbares, soldats et bourgeois, tous se pressaient dans la cour. Les Asiatiques, gémissant sur la mort du roi, l'appelaient le plus juste et le plus doux des maîtres; les Macédoniens et les Grecs, le prince toujours victorieux, le plus vaillant, le plus illustre de tous ; ils ne se lassaient pas de le louer, de parler de sa maladie insidieuse et do sa fin, de songer à leur propre avenir, qui n'était que trop sombre. Ainsi grandissait dans les cœurs douloureusement serrés l'incertitude et la perplexité : la tension des esprits devenait inquiétante. Qui serait l'héritier d'Alexandre? On sentait bien qu'on n'était pas sûr du lendemain, que l'armée restait sans guide et l'empire sans chef. Chaque instant pouvait amener de l'imprévu, une révolte, de sanglants conflits. On commençait à se laisser aller aux prévisions les plus désolantes. Depuis longtemps déjà la nuit était tombée : çà et là des troupes s'étaient mises sous les armes ; les habitants de la ville dans leurs maisons attendaient les événements, se gar-dant bien de faire voir de la lumière ; de temps à autre un appel isolé, un tumulte soudain, retentissaient dans le grand silence de- la nuit*.

Cette description est peut-être plus pittoresque qu'exacte : mais il suffit de réfléchir à la situation pour comprendre combien le moment était terrible.

Le roi étant mort sans laissef aucune instruction relativement à ce qu'il fallait faire après lui, Tarmée, l'empire, le sort de la moitié d*un monde^ se trouvaient comme en face d'un abime ; d'un moment à l'autre tout pouvait s'efi'ondrer, n'être plus qu'un immense chaos.

Le plus pressé était d'établir un semblant d'ordre et de direction, un état de choses provisoire, quel qu'il fût.

') CuRT., X, 5: probablement d'après CliLarque. Trogue-Pompée (Justin., Xin, 1), suivant, â ce qu'il semble, la narration de Douris, comprend tout autrement la situation. Une troisième manière de voir, que Ton retrouve dans les extraits d'Arrien (xà jutà *AXéÇav-$pov), dans Diodore (XVIII, à partir du ch. 2) et dans Plutarque (Eumen, à partir du ch. 3) remonte à Hiéronvme de Cardia.

6 CONVOCATION DU CONSEIL [I, i

Cette tâche s'imposait naturellement à ceux qui avaient approché Alexandre de plus près, qui avaient été les confidents de ses projets, les organes de sa volonté, aux sept gardes du corps*. On dit que, lorsqu'il avait vu son mal s'aggraver, il avait remis à Yun d'eux, Perdiccas, peut-être le premier en grade par l'ancienneté', Tanneauavec lequel il fallait sceller, pour en attester la provenance, les ordres à donner^ même pour les jours suivants. Si le fait est exact, Perdiccas avait jusqu'à un certain point le droit de prendre l'initiative. Les six autres étaient sans doute d'accord avec lui pour convoquer, comme d'ailleurs Alexandre l'avait fait lui-même dans des moments décisifs, les 'principaux des hétseres et les commandants en chef de l'armée', afin de discuter et de décider ce qu'il y avait à faire. Que Perdiccas ait ou non, pour éviter toute apparence de prétention ou de privilège, déposé l'anneau qui lui avait été confié sur le trône, à côté des autres insignes royaux, et qu'il s'en soit remis aux officiers assemblés du soin d'arrêter les mesures à prendre, il fallait cependant quelqu'un pour présider à la délibération.

*) Arrien {De reb, suce, I, §2) nomme comme présents Perdiccas, Léonnatos, Ptolémée, Lysimaque, Pithon, Aristonous. H laisse de côlé Peucestas, qui, d'après les Êphémérides, se trouvait à ce moment à. Babylone ; et il a raison, car Peucestas, en acceptant la satrapie de Perse, cessait d'être somaJtaphy laque, comme Balacros quand il était devenu en 333 satrape de Cilicie, et Menés quand il avtfit été nommé en 331 hyparque du littoral syrien (Arrian., II, 12, 2; III, 16, 9). Peut-être, comme on le verra tout à Theure, Arrhidœos (Arrhabœos) avait-il été ou allait-il être nommé garde du corps à la place de Peucestas.

*) Peut-être aussi Alexandre lui avait-il, après la mort d'Hépheslion, confié le commandement de la cavalerie. Si Héphestion devait continuer à être appelé chef de ce corps, il fallait cependant bien que les fonctions de chiliarque fussent gérées par quelqu'un, et elles revenaient au plus haut dignitaire de Tannée et de la cour.

') Principes amicorum ducesque copiarum (Curt., X,6, 1). — ol ôè jjLéyi<TTot

if*/ovTeç à^îb>(ia xûv çiXtov xat ab)(taTOçuXâx(i>v (DlODOR., XVIII, 2). — [duces]

armaii in regiam coeunt ad formandum rerum prœsentem statum (Justin., XIII, 2). On fit comme avant la bataille de Gaugamèle, quand le roi convoqua tov; Te ixoLipovi xac ffTparr.yoù; xat IXàp^Q^C x^'i '^<*>v a\)pi|i^x^^ ^^^ fiio6oç6p(dv Çévwv toù; Y)ye|i6va<: (Arrian., III, 16, 4). Il est possible cependant que cette fois, à la mort du roi, on n'ait convoqué que les hétœres, stratèges, hipparques, autrement dit, rien que des Macédoniens : les auteurs ne disent rien là-dessus.

Page 1