OL. cxvi, i] ultimatum des coalisés
A la fin de Thiver, il quitta ses quartiers d'hiver et conduisit ses troupes vers la Haute-Syrie*, afin, dans le cas où les négociations se rompraient, de se jeter sur Ptolémée, qu'il regardait avec raison comme le plus dangereux de ses adversaires, de s'emparer de la Syrie, notamment des côtes et des ports, et d'enlever à Tadversaire, avant que ses alliés ne pussent accourir à son secours, tous les territoires dont l'annexion à rÉgypte avait étendu la puissance du Lagide bien au delà des bornes que lui traçaient les conventions de 321. Ântigone pouvait-il s'attaquer à lui en vertu de ses droits de stratège ? il les avait reçus pour combattre les partisans de Perdiccas, et, après la défaite d'Eumène, sa mission n'avait plus d'objet : son titre légitime, c'était justement la puissance qu'il avait conquise par cette victoire et ses conséquences, et elle était assez grande pour obtenir par la force la reconnaissance de ses prérogatives. Peut-être le prudent Lagide appréhendait-il de tenter la fortune des armes contre celui devant lequel Eumène avait succombé.
C'est à ce moment que les ambassadeurs de Ptolémée et de ses alliés arrivèrent au quartier général du stratège. Conduits dans le Synédrion, ils déclarèrent que leurs maîtres désiraient beaucoup garder de bons rapports avec Antigone ; ils avaient fait avec lui la guerre contre Polysperchon et Eumène, il était donc juste qu'ils eussent part aux fruits de la victoire : ils demandaient que les trésors qui avaient été pris dans la Haute- Asie fussent partagés avec eux; que toute la Syrie, y compris la Phénicie, fût annexée à TÉgypte; que la Phrygie sur THellespont fût remise à Lysimaque ; que la Lycie et la Cappadoce fussent réunies avec la Carie sous J'autorité d' Asandros ; que la Babylonie fût rendue à Séleucos ; que (^assandre fût reconnu légitime possesseur de ses pays européens et confirmé dans la situation qu'avait eue Polysperchon*; eux, de leur côté,
«) Diodore (XIX, 57) dit : npoiyoyfxoç txç tt.v «vw Supiav. Cela ne veut pas dire qu'il fût déjà entré dans la Haute-Syrie lorsque les ambassadeurs le rejoignirent, car c'eût été ouvrir déjà les hostilités contre Ptolémée, qui occupait la Syrie. Appien de même {Syr,, 53) ne parle de l'expulsion des garnisons égyptiennes en Syrie qu'après l'échec des négociations.
«) Diodore (XIX, 57, 1) assure que l'on demanda pour Cassandre la Lycie
310 RUPTURE DES POURPARLERS [El, 1
reconnaîtraient Antigone comme stratège des satrapies supérieures, seraient prêts à lui rendre service et prêter assistance en toute occasion légitime * : si Antigone refusait d'accepter ces conditions, les alliés, en unissant leurs forces, sauraient faire triompher leurs justes prétentions. Antigone répondit à ces propositions, avec une dureté qu'il ne chercha pas à déguiser, que tout était prêt pourla lutte contre Ptolémée. Les ambassadeurs quittèrent le camp, et bientôt après fut conclue Talliance armée entre les généraux que nous avons nommés*. Antigone, en face de la coalition, avait l'avantage sur plus d'un point. Il avait ses forces réunies ; tandis que les alliés étaient obligés d'agir sur la périphérie, il avait en Cilicie une position centrale, et par là l'avantage d'opérations concentriques, pour la direction desquelles il fît établir plusieurs lignes de fanaux et de postes à travers toute l'Asie qui lui appartenait ; en sa qualité de stratège, possédant dans son armée toutes ses ressources, ou du moins les plus essentielles, il n'était pas gêné comme ses adversaires par les ménagements de toute sorte qu'il leur fallait avoir pour les pays soumis à leur autorité : il faut ajouter à tout cela qu'il avait à sa disposition une grande armée, parfaitement équipée, et d'immenses ressources pécuniaires. Pourtant la puissance des adversaires était loin d'être à mépriser ; Ptolémée surtout, le plus voisin et le plus important de ses ennemis, qui était le noyau de la coalition et
et la Cappadoce, el Dindorf néglige de corriger ici comme plus loin (XIX, 57, 4 et 60, 2) en 'Aadtvôpou, ainsi qu'il le faut absolument, puisqu'oa ne pouvait pas demander ces provinces pour Cassandre. Quant à Cassandre, Diodore le laisse tout à fait de côté en cette occasion : il est permis de supposer, d'après ce qui se passa plus tard, que Ton réclama pour lui le poste de stratège en Europe. Quelle étendue de TAsie-Mineure voulait-on assigner à Asandros ? c'est ce qui n'apparaît pas clairement. Il eut en tout cas la Lycie ; y joignit-on la Phrygie, où se trouvait l'épouse d'Antigone? je l'ignore. Pour la Pisidie aussi, la question reste indécise ; mais il est à remarquer qu'Antigone ne peut pas plus tirer de vaisseaux de Pisidie (Pamphylie) que de Lycie.
*) Ceci n'est pas dit non plus par Diodore, mais se comprend pour ainsi dire de soi-même. Appien (Syr,, 53) dit qu'on exigea le partage des pays et trésors conquis entre les alliés et les autres Macédoniens qui avaient été dépouillés de leurs satrapies : peut-être, outre Séleucos, ceci s'applique-t-il aussi à Peucestas.
2) DioDOR , XIX, 57. Appian., St/r., 53. Justin., XV, 1.