‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 207 sur 457 · OL. cxvi, 2] décret contre cassandre · texte numérisé non relu

OL. cxvi, 2] décret contre cassandre

cela, Aniigone revint à la Vieille-Tyr, pour diriger les opérations ultérieures du siège.

Vers ce temps, Alexandre, le fils de Polysperchon, venant du Péloponnèse, arriva au camp: c'était en vertu de l'invitation qu'Aristodémos lui avait transmise, à lui et à son père. Il rapporta qu' Aristodémos avait abordé en Laconie , qu'il avait obtenu des Spartiates l'autorisation de recruter des troupes, et qu'il avait déjà réuni 8,000 hommes. Alexandre avait pleins pouvoirs de son père pour arrêter avec le stratège toutes les conventions nécessaires. On convoqua une assemblée générale* : Antigone y parut comme accusateur contre Cassandre. « Cassandre, ditil, le fils d'Antipater, a assassiné la reine Olympias ; il s'est conduit de la manière la plus indigne à l'égard du jeune roi Alexandre et de sa mère Roxane, qu'il retient prisonniers; il a forcé la princesse Thessalonice à l'épouser; il est évident qu'il caresse le rêve criminel d'arracher l'empire à la maison de Philippe et d'Alexandre et de mettre la couronne sur sa propre tête; en outre, il a établi les Olynthiens, les plus cruels ennemis de là Macédoine, dans une ville nouvelle, à laquelle il a donné son nom; il a rétabli Thèbes, détruite par les Macédoniens, comme s'il voulait faire oublier et anéantir tout ce qu'ont fait Philippe et Alexandre*». Cette accusation reçut de l'assemblée l'accueil qu' Antigone avait attendu : elle souleva de violentes et bruyantes protestations. Antigone proposa alors de considérer Cassandre comme ennemi de l'empire, s'il ne donnait pas la liberté au jeune roi Alexandre ainsi qu'à la veuve du roi, Roxane, et ne les rendait pas aux Macédoniens; s'il n'obéissait pas en tout, comme c'était son devoir, au stratège légitime Antigone, qui avait pris l'administration de l'empire, et ne détruisait pas les deux villes restaurées'. Les villes grecques devaient, du reste, être libres, indépendantes,

«) L*expression de Diodore (XIX, 61,1) : tôv xt. (rrpaTiwTôv %o^ xôv îcotpewtdTîiiouvTtùv semble désigner les fonctionnaires présents au camp et les personnages considérables de Tempire, Macédoniens, Grecs, peut-être aussi Asiatiques. C'est par conséquent une sorte de réunion des grands duroyaume.

*) Il n'est nullement question dans ce réquisitoire (Diodor., XIX, 65) de ses relations avec Polysperchon ; le fait est étonnant, à moins qu'il ne soit dû à une simple omission dans l'abrégé de Diodore. 3) ïypOL^z ^v-OLy xotO' h Tov KdaaavSpov 6'J;tiçî<raT0 icoXé(i(ov eTvai, làv jiyi tôt; Te

316 LE DÉCRET CONTRE CJkSSANDRE [III,

sans garnison. L'assemblée adopta ce décret, qui fut aussitôt expédié par des messagers dans toutes les directions.

On devine aisément quelles étaient les combinaisons politiques que renferme ce décret. Il était évident que Cassandre ne se soumettrait pas : Antigone pouvait être assuré qu'en proclamant la liberté en Grèce, il provoquerait une agitation très vive, et que, par l'autonomie et par l'expulsion des garnisons, tout le système oligarchique qui liait THellade à Cassandre s'écroulerait. En se proclamant l'administrateur de l'empire, le représentant de la maison royale et de l'héritier d'Alexandre, il donnait à sa cause un caractère de légitimité qui lui gagnait les Macédoniens : la guerre de ses adversaires contre lui, contre lui qui venait de reconquérir la Haute-Asie pour le jeune roi et qui n'entreprenait la lutte nouvelle que pour le délivrer des mains sanglantes de Cassandre, paraîtrait dès lors une trahison contre le roi et l'empire. Antigone était en droit d'espérer que les satrapes de l'Orient, voyant qu'il n'aspirait pas lui-même à la royauté, mais qu'il la conservait à l'héritier légitime, ne lui en seraient que plus dévoués*.

La situation des deux partis en lutte était redevenue à peu près la même qu'au temps de la première et de la deuxième guerre. Il y avait pourtant une différence notable. Dans la première, malgré ses desseins égoïstes, Perdiccas s'était appliqué à faire triompher l'autorité et l'unité de l'empire encore puissant contre les révoltes des satrapes : dans la seconde, Eumène travaillait k défendre contre les chefs la maison royale menacée et à maintenir ses droits; tandis qu'Antigone, avec une puissance qu'il avait conquise en combattant la maison

ic6Xeiç xaOlXTi xat xbv potaiXloi xai tt,v (iTjTépa xtiv 'PwÇavtjv irpott^aycov ex ttjc çy- XaxT|; àico^fatTotc MaxeS6<Ti, xa\ tô avvoXov, eàv jiyi icei6apx^ "^4* x«Oe<rca|iiv« orpa- TtîYM xa\ TTjc potaiXE^aç itapeiXrjçÔTt tyiv cm(iiXeio(v *AvTiy6va>* eîvai Bï xa\ tovç "EXXYjvac iitotvTotç èXeuOépouç, àçpoupi^TOu;, aÙTOv6(Jiouç (DiODOR., XIX, 61). Le icape(XY)96Ti amène à cette conclusion, que Polysperchon, légalement revêtu de la dignité d*jict|uXT)TTic avioxpàttop, la conféra par traité à Antigone, comme Antipater la lui avait conférée à lui-môme. Comme le décret est dirigé contre Cassandre, les villes grecques dont il parle doivent être uniquement celles en dedans des Thermopyles, et non pas les villes helléniques siluées n'importe où.

M L'expression est assez singulière; mais elle est en toutes lettres dans Diodore (XîX, 61).

3i5: OL. cxvi, 2] la guerre en asie-mineure 317

royale, employait contre ceux qui l'avaient aidé à la conquérir le nom de l'enfant royal comme un drapeau. Il savait bien pourtant combien le jeune prince était peu en sûreté entre les mains d*un homme qui le détestait à la fois comme le fils d'Alexandre, par antipathie pour le père, et comme le seul obstacle qui l'empêchât de s'emparer lui-même de la couronné de Macédoine.

Les premiers vaisseaux de Rhodes et des autres chantiers étaient arrivés : on commença le blocus en forme de la ville de Tyr, qui, bravant toute attaque par la force extraordinaire de ses défenses, obligeait Antigone à la prendre par la famine. Il resta donc devant Tyr, tandis que son neveu Ptoléméc, nommé stratège dos pays de l'Hellespont, marchait avec une armée considérable sur l'Asie-Mineure et y combattait avec succès, n avait pris d'abord la direction de la Cappadoce, où Asclépiodore, général d'Aî>andros, assiégeait Amisos sur le Pont : il courut au secours de la ville, for^a Asclépiodore à une capitulation qui lui accordait la libre sortie, et prit possession de la satrapie au nom d'Antigone. Il contracta avec Denys d'Héraclée l'alliance désirée par Antigone : cette alliance fut durable et féconde pour leurs intérêts réciproques*. Il se tourna ensuite vers l'ouest, pour empêcher toute opération venant de l'Europe et, en s'assurant des villes grecques de la côte, fermer ces rivages aux forces navales qui faisaient la supériorité de ses adversaires. Dans sa marche à travers la Bithynie, il trouva le prince bithynien Zipœtès en lutte avec Astacos et Chalcédoine et assiégeant les deux villes : il le força à lever le siège; il conclut une alliance avec les villes, qui

*) C'est sans doute à cette époque qu'eut lieu le mariage de Ptolémée avec une fille que Denys avait eue d'un premier lit (Sitoxe 'Avxîyovo; xr.v Kuzpov eTcoXtopxet, [à corriger en ttjv Tupov.] Memnon ap. Phot., p. 224 c. 4. 7). Denys avait hérité de son père Cléarchos l'importante principauté d'Héraclée; lorsque les exilés héracléotes supplièrent le roi Alexandre de restaurer la démocratie, il sut se maintenir par l'intercession de Cléopâtre, qui plus tard résida à Sardes. Les exilés renouvelèrent les mêmes Instances auprès de Perdiccas; alors Denys se joignit aux ennemis de Perdiccas, et, comme il était veuf, Cratère lui donna en mariage sa première femme Amastris. Le tyran fit là une excellente affaire, qui lui valut notamment beaucoup d'argent, si bien qu'il put acheter tout l'appareil princier de Denys de Syracuse (?).

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