OL. cxvi, 4] retraite de démétrios
Babylone de sa souveraineté; pour lui, en faisant la guerre, il n'avait pas eu d'autre but que d'appuyer par la force des armes toutes ces justes exigences, dont Antigone n'avait pas daigné tenir compte ; il félicitait du reste le jeune général de la bravoure avec laquelle il s'était battu, et il éprouvait une satisfaction particulière de ce que l'issue de la journée l'avait mis en état de donner à son adversaire une preuve de son estime, en lui renvoyant ce qui lui appartenait et ceux qu'il aimait le plus pai*mi les prisonniers. Démétrios accueillit ce message, qui était tout à fait conforme à la courtoisie militaire de l'époque, en répondant dans le même sens : qu il espérait ne pas rester longtemps le débiteur du noble Lagide et priait les dieux de lui donner bientôt une occasion de lui rendre la pareille ' .
Dès qu'il eut enseveli ses morts, Démétrios se hâta do quitter les régions méridionales de la Syrie, dans lesquelles il ne lui était pas possible de se maintenir avec ce qui lui restait de soldats en état de combattre ; il envoya des courriers à son père pour lui annoncer la défaite de Gaza et lui demander de nouvelles troupes. Il se retira lui-même le long de la côte phénicienne, envoya l'Olynthien Andronicos à Tyr, avec ordre de tenir la ville à tout prix ; puis il courut lui-même à Tripolis, y fit venir des places fortes de Ciliwe et de la Syrie supérieure toutes les troupes qui n'y étaient pas indispensable^, enrôla le plus grand nombre possible de mercenaires, se procura des armes et des provisions et exerça les nouvelles troupes avec le plus grand soin. Sa première défaite ne l'avait rien moins que découragé ; il semblait qu'elle n'eût été pour lui qu'une leçon, et qu'elle l'eût fait passer subitement de la folle témérité de la jeunesse à la sage réflexion et à l'en ergie de la virilité.
Ptolémée, de son côté, après la bataille de Gaza, avait envoyé les prisonniers de guerre en Egypte, avec ordre de les répartir dans les nomarchies du pays*. La Syrie lui était ou-
') DiODOR., XIX, 86. Plut., Demetr, 4. Justin (XV, 1) appelle le lieu du combat (xamala ; bien qu'il y ait en Palestine des localités portant ce nom, il y a évidemment une faute à cet endroit.
*) Le texte de Diodore (XIX, 85, 4) : éit\ xàç vauapyiaç, a été eorrijré
348 PTOLÉ^rÉE MAÎTRE DE SIDON ET DK TYR [III, 1
verte ; la retraite de Tadversaire lui livrait la Palestine et la plus grande partie de la Phénicie. Il avança sans retard avec son armée victorieuse : la plupart des villes lui ouvrirent volontairement leurs portes; il en força d'autres à capituler. Sidon se rendit aussi ; seule la forte ville insulaire de Tyr était encore aux mains de Tennemi. Ptolémée établit son camp en face de la ville ; il fit sommer de se rendre le commandant, Andronicos d'Olynthe, en lui promettant une riche récompense et les plus grands honneurs s'il entrait à son service. Andronicos répondit qu'à aucun prix il ne trahirait la cause d'Antigone et de Démétrios; c'était un procédé indigne, disaitil, que de lui faire cette proposition; il n'y avait qu'un homme comme Ptolémée, un homme ayant lui-même honteusement manqué à la bonne foi, qui pût attendre des autres une conduite semblable. Mais la nouvelle de la défaite de Gaza, de la complète dissolution de l'armée et des progi'ès de Ptolémée en Syrie et en Phénicie, avait découragé la garnison de Tyr : lorsque le bruit se répandit que la ville ne serait rendue en aucun cas, il éclata une émeute formelle ; c'est à grand'peine qu' Andronicos put échapper et gagner le rivage, oh les avantpostes égyptiens s'emparèrent de lui et le conduisirent devant Ptolémée. Le prisonnier s'attendait, après avoir refusé la reddition en termes si offensants, à être aussitôt puni de mort ; mais Ptolémée eut assez de grandeur d'âme ou d'esprit politique pour ne pas faire la moindre allusion à ce qui s'était passé : il lui dit qu'il se réjouissait de ce que sa bonne fortune lui avait amené un général si renommé, et qu'il s'efforcerait de lui faire oublier, par des honneurs et des distinctions, le malheur qui l'avait arraché à des intérêts défendus par lui avec tant de fidélité et d'intelligence Ml sut avec une douceur égale gagner la population du pays syrien ; les enfants d'Israël notamment s'attachèrent à lui, et beaucoup d'entre eux émigrèrent en Egypte ; il se fit un partisan fidèle du grand prêtre Hézékias, personnage d'une grande expérience et vénéré de tous*.
avec raison par Wesseling en vo|Aapxiaç. On a dû faire de ces prisonniers des xaroixoi Çévot.
«) DiODOR., XIX, 86.
*) Hecat. Abder., /r. 14.