OL. i.xvii, 1] sÉLËUcos a babylo.ne
comme un libérateur, et il reçut de tous côtés des preuves de rattachement le plus passionné et des secours de toute nature ; parmi les fonctionnaires de la province , Polyarchos passa de son côté avec plus de mille mercenaires. Les partisans qu' Antigène avait dans la ville ne pouvaient déjà glus arrêter le mouvement général; ils se réfugièrent dans la citadelle, où commandait Dipbilos. Séleucos la prit d'assaut, délivra ses amis, ainsi que les enfants des notables qu'Antigone y avait transportés comme des otages devant lui assurer la fidélité du pays ; il les rendit à leurs parents. La prise de la cibadelle était l'anéantissement du parti d'Antigone. Séleucos se hàla de recruter des troupes, d'acbeter des chevaux et de les distribuer dans les différents services : les Babyloniens l'aidèrent avec ardeur ; c'était comme s'il s'agissait de protéger les droits et les prétentions d'un souverain légitime universellement adoré*.
Cependant Nicanor, le stratège des satrapies supérieures*, à
*) L'ère dite des Séleucides commence au !<>' octobre 312 (Ideler, Hnndbuch, i, p. 445 sqq.). On sait — et la chose est démontrée surtout pour rÉgypte (RosELLiNi, Mon. 1. Mon. itor. t. If, p. 293, 510 ; t. IV, p. 259) — qu'à partir de la mort d'Alexandre, on compta dans toute l'étendue de son empire, les villes autonomes exceptées, par les années du roi Philippe, puis par celles d'Alexandre. Comme la guerre qu'on faisait à Antigone visait en lui le remplaçant du roi, il était naturel que Séleucos considérât son retour à Babylone comme marquant la fin de cette royauté, et imposât un nouveau comput des années pour les dates journellement employées. Cette explication paraît plus simple que la « raison chronologique » à laquelle A. MoMMSEN [Erster Beitrag zur Zeitrechnung, p. 16) essaie de ramener l'ère en question. Il est plausible d'admettre que le nouveau style a commencé avec l'année macédonienne dont le premier jour était le plus rapproché, c'est-à-dire, comme VÈre de Philippe en Egypte, avec le premier jour de Tan le plus immédiatement antérieur à l'inauguration du système de Séleucos, de sorte que celui-ci a dû arriver à Babylone après le 1*' octobre. Si Ton trouve plus tard à Babylone une ère des Chaldéens employée concurremment avec celle-ci, ère qui commençait à l'automne de 311 (on ne sait si c'est au 1" Dios ou aul«' Hyperbérétœos : cf. Ideler, Handbuch, I, p. 224), c'est que les Chaldéens, après avoir appliqué leur système jusqu'à novembre 331, l'ont continué, c'est-à-dire qu'ils adjugeaient l'année où un roi mourait au règne de son successeur : or, le petit Alexandre a été mis à mort dans l'automne de 311 (01. CXVII, 2). Naturellement, tout ceci n'a pas la prétention d'être autre chose qu'une conjecture.
*) Nicanor, lancien satrape de Cappadoce, s'appelle dans Diodore(XIX, 92, l)ôiiep\MYjoiav (rcpaTr.yi;, et plus loin (XIX, JUO, 3), xoO drpaxyjYoO ttjç tî
3o2 MCANOR VALNCU PAR SÉLELCOS [III, i
la nouvelle de rinvasion de Séleucos, avait réuni une armée de plus de 10,000 hommes d'infanterie et 7,000 cavaliers de la Médie, de la Perse et des autres pays voisins ; il franchit avec elle les montagnes au plus vite, afin de sauver Babylonê pour le parti d'Antigone. Séleucos n'avait pas plus de 3,000 fantassins et 400 cavaliers ; il n'en marcha pas moins au-devant de Tennemi en franchissant le Tigre : lorsqu'il apprit que Nicanor n'était éloigné que de quelques jours de marche, il cacha ses troupes dans les marais du bord du fleuve, dans l'espoir qu'il pourrait de là surprendre son adversaire à l'improvisle. Nicanor s'approcha du Tigre et campa dans le voisinage d'un château royal, et, comme il ne trouva pas trace d'ennemis, quoiqu'il eût été averti qu'ils avaient passé le fleuve, il fut convaincu que ceux-ci s'étaient retirés devant ses forces supérieures. Dans la nuit, Séleucos sortit tout à coup de son embuscade : il trouva le camp des ennemis mal gardé et le surprit. Les troupes deKicanor combattirent dans la plus grande confusion ; le satrape Evagros de Perse et d'autres chefs tombèrent * ; en peu d'instants, l'armée de Nicanor fut dispersée, et ses soldats passèrent par troupes nombreuses du côté de Séleucos: détesté de tous, craignant toujours d'être livré, Nicanor, accompagné d'un petit nombre de fidèles, chercha son salut dans la fuite. Les provinces supérieures étaient ouvertes au vainqueur : la haine contre l'oppression d'Antigone et de ses partisans, que la M édie, la Perse et la Susiane avaient supportée pendant quatre ans, lui facilita ses succès ultérieurs; ce fut avec joie que les satrapes s'attachèrent à un maître dont la bonté et la justice étaient célébrées au loin^ Us sentaient, et Séleucos avec eux, que, pour être vraiment roi, il ne lui manquait plus que le titre^.
*) Le satrape de Perse, nommé par Antigone en 316, était Asclépiodore ; comment avait-il fini, et depuis quand Evagros était-il à sa place, cVst ce qu'on ne dit pas.
^] çi>.av6pw7to);7ia<Ji7:po<jçEp6{jLSVo;(DlODOR., XIX, 92,5).
') Diodore (lor, cit.) a un mot caractéristique. Il dit que Séleucos avait écrit à Ptolémée et aux autres amis au sujet de ses ordonnances (nep'i Tà>% 6it;>xr,iiévti)v),£-/(ijvy,6rj paot/.ixôv otvâ<XT/^{ia xai ôô^av àÇtav TjygjjLOvta;. Hiéronyme doit avoir vu des documents de cette nature et en avoir tiré son allusion à la royauté : du reste, la fondation d'une ère nouvelle (ci-dessus, p. 346, 351) montre que c'était bien le but poursuivi jiar Séleucos.