‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 236 sur 457 · OL. ex VII, i] MOTIFS DE LA PAIX · texte numérisé non relu

OL. ex VII, i] MOTIFS DE LA PAIX

OÙ Aotigone eût été alors attaqué à la fois du côté de TÉgypte et de TEuphrate, ou que ces mouvements eussent été le moins du monde appuyés par la flotte égyptienne, par Cassandre en Grèce et par Lysimaque sur THellespont, selon toute vraisemblance, le succès se serait décidé enfin pour les coalisés, et ils auraient au moins obtenu une paix leur apportant plus de gain que de perte. Si maintenant nous voyons un résultat tout opposé, si les potentats d'Occident se hâtent de conclure une paix qui les force à renoncer à de grands avantages et k des prétentions encore plus grandes, s'ils abandonnent par-dessus le marché Séleuco'^, leur audacieux allié, quand on songe à Tobstination de Cassandre, à Tesprit de calcul et à Tintelligence de Ptolémée, il est impossible qu'il ne faillç pas chercher la clef de l'énigme dans quelque circonstance impérieuse, dans quelque événement inattendu.

Pourtant, il n'est pas fait mention d'un événement de ce genre, et l'on n'ose hasarder des conjectures qui n'ont d'autre garantie que la vraisemblance. Il y a dans nos sources une indication qui donne peut-être plus qu'elle ne promet au premier abord : Démétrios, partant pour Babylone, avait reçu l'ordre de se hâter de soumettre cette ville et de revenir aussitôt sur la côte*; et, en effet, il revint dans le délai fixé avec la plus grande partie de son armée. Pourquoi Antigone ne laissat-il pas son fils avec une armée aussi forte que possible à Babylone, d'où pourtant on pouvait le plus facilement briser d'abord le pouvoir renaissant de Séleucos, et reconquérir ensuite tout l'Orient? S'il fit revenir son armée, ce n'était ni pour épuiser les troupes par des marches inutiles, ni pour abandonner Babylone. Antigone ne peut pas avoir eu d'autre dessein que d'obtenir, par une puissante démonstration contre l'Egypte, une paix séparée qui lui permettrait de reprendre avec une nouvelle vigueur sa guerre contre l'Orient. Nos sources ne nous disent pas de quelle nature fut celte démonstration, si Antigone menaça de se jeter sur l'Egypte avec toute son armée, ni s'il s'approcha des frontières ennemies et à quelle dis-

*) xa\ Trjv varpàiteiov àvaxTTjTajuvoç xarxoaîvsiv (tjvtojjl'o; Ik\ OxXarrxv (DiO- DOR., XIX, 100). Cf. Plut., Demetr. 7.

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lance. Un renseignement, donné il est vrai en passant, nous apprend que, cette année, le gouverneur Ophélas de Cyrène, poussé peut-être par Antigone, se détacha de la domination égyptienne ; les années qui suivent montreront qu'avec la Cyrénaïque il possédait assez de forces pour faire des entreprises considérables \ Si Ptolémée continuait la guerre, il allait être en même temps menacé du côté de Cyrène ; d'après les derniers renseignements reçus de Babylone, il devait croire que Séleucos était complètement anéanti et que Babylone avec tout FOrient était rentrée au pouvoir d'Antigone ; la Syrie semblait irrévocablement perdue : on devait donc s'attendre à voir Antigone attaquer l'Egypte avec des forces supérieures ; une attaque simultanée du côté de Cyrène était à peu près certaine ; ses deux alliés en Europe lui ayant été jusqu'ici de peu d'utilité, il pouvait croire à l'impossibilité de continuer à supporter seul tout le fardeau de la guerre. C'est pour cela qu'il conclut cette paix par laquelle il sacrifiait la Syrie ^, si importante pour lui , abandonnait son allié, qu'il croyait anéanti, et reconnaissait le jeune roi au nom duquel Antigone avait prétendu agir dès le début; quanta lui, il ne gagnait rien, sinon de maintenir sa situation à côté do la puissance supérieure et redoutée d'Antigone et de frustrer son adversaire des résultats qui avaient été le véritable but de cette guerre, commencée par lui avec des espérances si ambitieuses. Il est douteux au plus haut point qu'Ophélas de Cyrène ait été reconnu ; il est vraisemblable que la Pentapolc fut appelée à la liberté avec tous les États helléniques et abandonnée à elle-

<) Maya;... ïxti icljiircto iietà xTiv àititrcaaiv ef>.£ Kvp-i^vYjv (Pausan., I, 6, 8). Le fait eut lieu en 308, C'est à ces conjonctures que doit se rapporter lé décret hiéroglyphique des prêtres de Pe et de Tep, sur lequel on aura tout à l'heure occasion de revenir. Il est daté de la « septième année, au mois de Thoth », c'est-à-dire de novembre 311. On y félicite le « satrape Ptolémée » de la victoire de Gaza et de ce qu'il a fait « ensuite, lorsqu'il était parti pour le pays des Mer-mer-ti (Marmarique) » ; on raconte qu'il battit également ces ennemis à plate couture. Il est probable que les peuplades entre l'Egypte et la Cyrénaïque* firent aussi défection et que ces dernières tout au moins furent soumises .

2) IXToXepiaTov fia Tyj; Aiyvirrou xa\ twv wvopi2^ou47fi>v TauTtj tc^Xecov xaxà te ttjV Ai6vYiv xa\ TÎiv Apa6tav (DiODOR., XIX, 105, 1). Il résulte de ce texte, pris ù la lettre, que Ptolémée a reculé la frontière d^ l'est jusqu'à Ostracine.

3il : OL. cxvii. Il SITUATION d'antigonk 36S

même. Lysimaque et Cassandro adhérèrent nalurfiilemenl sans plus de difficulté à la paix, attendu qu'ils ne pouvaient se promettre à l'avenir aucun avantage d'une guerre qui leur avait déjà coulé des pertes si considérables.

C'est ainsi que fut conclue une paix qui ne fit qu'augmenter l'antagonisme des intérêts en présence, et qui ne rendit que plus sensible à tous les yeux ce qu'il y avait de fictif dans l'état légal restauré au sein d'un empire profondément ébranlé.

Anlîgone avait gagné sa puissante situation au nom de la coalition qui s'était formée contre le gouverneur général Perdiccas et au prix des luttes les plus pénibles contre Eumènc, qui, au nom et par l'ordre même de la maison royale, représentait l'unité de l'empire et le souvenir du glorieux fondateur. Avant que la dernière guerre n'eût éclaté, il était maître de l'Orient; la stratégie était dans sa main une véritable souveraineté sur les satrapies, qu'il distribuait à ses partisans partout où s'étendait sa puissance immédiate ; c'est avec le poids d'une si grande puissance qu'il entreprend de courber sous son autorité le petit nombre de chefs qui avaient conservé à côté de lui leur indépendance, et de reconstituer effectivement la monarchie d'Alexandre, qui n'existait que de nom. Le nom de l'enfant royal lui donna le prétexta, la cession de Polysperchon établi comme administrateur de l'empire lui donna le droit légal d'agir, au nom de l'empire unifié, contre ceux qui songeaient à fonder leur puissance personnelle sur son démembrement. En inaugurant sa lutte contre eux par le jugement de Cassandrc, en faisant prononcer parles Macédoniens de son armée la condamnation du bourreau de la maison royale, il fit comprendre au monde entier qu'il voulait être reconnu comme le représentant de l'empire. Mais cette guerre ne le conduisit pas à son but: dans la paix qu'il conclut avec eux, il reconnaissait l'indépendance territoriale des chefs de l'Egypte, de laThrace, delà Macédoine, qu'il avait voulu réduire il l'obéissance, et il abandonnait la stratégie de l'Europe à celui qu'un jugement solennel de l'armée impériale avait mis hors la loi : le fait d'avoir laissé l'enfant royal entre ses mains ensanglantées disait le reste. On pourra discuter les motifs qui semblent l'avoir décidé et forcé à la conclusion de la paix,

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