‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 24 sur 457 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Les Asiatiques à la mort d'Alexandre . — Soulèvement des Grecs dans l'Asie supérieure. — Athènes à la mort d'Alexandre. — Préparatifs de guerre des Athéniens. — Les Grecs entrent dans leur alliance. — Préparatifs de guerre en Macédoine. — Combat à Héraclée. — Antipater assiégé à I^amia. — Mort de Léosthène. — Antiphilos nommé général. — Retour de Démoslhène. — Marche de Léonnatos. — Mort de Léonnatos. — Guerre sur mer. — Bataille de Crannon. — Négociations.— Capitulation des Athéniens. — Mort de Démosthène. — Situation d'Antipater. — Guerre avec les Étoliens.

Pendant que tout cela se passait à Babylone, la nouvelle de la mort du roi s'était déjà répandue dans les contrées les plus éloignées, et elle y avait produit des impressions très diverses. Maintenant que le bras qui avait groupé en un faisceau des peuples séparés par les distances les plus extrêmes avait disparu, tout devait changer, et les nations se prenaient à craindre ou à espérer pour leur avenir.

Les Asiatiques, jadis les sujets des Perses, portaient ajuste litre le deuil du roi. Pendant des siècles, ils avaient langui sous le joug du despotisme et de Tarbitraire ; traités en esclaves, ils n'avaient même pas joui de la paix de l'esclavage. Alexandre était pour eux sinon un libérateur, du moins un maître clément et paternel. Il les avait protégés contre l'arbitraire des fonctionnaires et la rapacité des hordes de pillards ; il avait respecté leurs coutumes et leur religion nationale; il avait commencé même à relever leur prospérité matérielle par des mesures rapides et efficaces. Sa mort les laissait sans prolecteur et sans maître à eux; ils voyaient revenir le régime des satrapes d'autrefois, à cette différence près qu'il leur fau-

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drait obéir désormais à des maîtres macédoniens, ce qui aug-mentait encore leurs préoccupations pour l'avenir. On eût dit que la renaissance provoquée par Alexandre en Asie allait être étouffée dans son printemps, et le résultat définitif de toutes ces victoires, c'était qu'une servitude plus dure remplacerait le joug des maîtres asiatiques auquel on était accoutumé. Voilà les préoccupations et les tristes pensées qui s'emparaient des peuples. L'avenir devait paraître plus sombre encore aux grands d'Asie, qui avaient déjà commencé à s'accoutumer à la nouvelle situation qu'Alexandre leur avait faite dans l'empire, et qui se réconciliaient peu à peu à son service avec l'esprit de l'Occident. Les Macédoniens, ils le savaient trop bien, ne s'étaient pas corrigés de leur orgueil, ni les Grecs de leur vanité, parce que le roi leur avait imposé silence; les événements qui suivirent de près la mort d'Alexandre suffisaient à leur prouver que pour eux, les vaincus, il n'y avait plus déplace à côté des vainqueurs. Le sort de leurs filles, qu'ils avaient données aux grands seigneurs de l'Occident, devait bientôt leur révéler ce brusque et amer changement survenu dans leur condition. On dit que Sisygambis, la vieille mère de Darius, se donna la mort en apprenant la mort d'Alexandre; au moins ne vit-elle pas à quelque temps de là assassiner ses petites-filles*.

Il est à remarquer que, parmi tous les peuples de l'Asie, aucun ne profita de la mort du roi pour essayer de se soustraire à la domination étrangère. C'est là une preuve non pas seulement peut-être de leur indolence, mais de la ferme direction qu'Alexandre avait su imprimer au gouvernement de son empire. A quelques exceptions près, il y avait partout des Macédoniens comme satrapes, disposant de troupes et de colonies militaires européennes; et cette force armée, la discipline macédonienne , l'intérêt même des populations prévinrent toute révolte. Il éclata cependant un mouvement qui faillit enlever à l'empire au moins l'extrême Orient.

Déjà en 325, lorsqu'on désespérait de voir Alexandre revenir de l'Inde, une partie des Grecs établis dans la Marche

M JrsTiN'., Xni. i. CrRT., X, 5, 18.

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