‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 251 sur 457 · MORT DU STRATÈGE PTOLÉMÉIC [III · texte numérisé non relu

MORT DU STRATÈGE PTOLÉMÉIC [III

généraux réunirent leurs années ; Polysperchon recouvra ses possessions en Macédoine, et, conformément au traité, reçut 4,000 hommes d'infanterie macédonienne et 500 cavaliers Ihessaliens ; il enrôla de plus tous ceux qui voulurent le suivre : c'est avec ces forces qu'il leva son camp pour se rendre par la Béotie dans le Péloponnèse. Les Béotiens lui refusèrent le passage, et il se vit forcé de gagner le territoire des Locriens pour y passer le reste de Thiver.

Nous n'avons aucun renseignement sur la conduite que tint, après ce traité entre Polysperchon et Gassandre, le stratège Ptolémée, qui avait trahi la cause de son oncle et s'était attaché à Gassandre ; en tout cas, c'en était fait de ses espérances de principauté hellénique. Nous pouvons bien conjectui^er que ce fut avec son appui que les Péloponnésiens et les Béotiens refusèrent le passage à l'armée de Polysperchon, mais nous n'avons aucun moyen de savoir s'il quitta la Grèce sur Tiuvitation de Gassandre ou de sa propre initiative, pour chercher fortune ailleurs. Il s'embarqua avec ses troupes à Ghalcis et se rendit auprès du Lagide à Gos ; celui-ci le reçut avec des honneurs tout particuliers. Mais bientôt il vit avec déplaisir la grande aiïabilité du stratège envers ses troupes, ses présents aux capitaines, ses efforts visibles pour capter la faveur de la multitude, et il crut devoir prévenir des intrigues plus dangereuses : il fit arirêter le stratège et le força à boire la ciguë ; ses troupes furent apaisées par des présents et versées dans l'armée égyptienne. On peut admettre que le Lagide agit à cette occasion d'accord avec Gassandre ; le neveu d'Antigone avait rendu assez de services à tous les deux en trahissant la cause de son onôle; désormais il ne pouvait être qu'un obstacle V

AVec son armée grossie par l'incorporation des troupes du stratège Ptolémée, le satrape d'Egypte se prépara à l'attaque d'Halicarnasse, où se trouvait une garnison d'Antigone : le siège dut commencer vers la fin de Tannée 309. Démétrios

que la mère d'Héraclès, Barsine, fut mise à mort en" même temps que lui. Dion Chrysostome (LXIV, p. 599) s'exprime d'une façon fort embrouillée : « Héraclès, fils d'Alexandre, ne fut pas roi, mais on l'apporta sans Fensevelir à Olympias, et, après qu'elle l'eut pleuré, elle mourut elle-même ». S DioDOH., XX, 27.

309/8 : OL. cxvu, 4] fondation de lysimachia 383

accourut pour dégager la ville, et Ptolémée se vit forcé bientôt de battre en retraite sur Myndos *.

Si Ântigone avait subi les pertes les plus graves en Europe par la trahison de Ptolémée et de Polysperchon, du moins ses fils, Démétrioset Philippe, avaient remporté de grands succès en Asie; Tun avait réprimé les tentatives faites par le satrape d'Egypte pour s'affranchir, Tautre avait reconquis les pays sur THellespont, où Phœnix s'était révolté. La paix subsistait toujours nominalement, mais à chaque instant Torage pouvait éclater. On devait s'attendre à ce qu'Antigone réalisât son ancien plan de passer en Europe. Le' danger le plus pressant et le plus grave était alors pour Lysimaque ; THellespont serait franchi facilement, et de la Chersonnëse le chemin delà Thrace était ouvert, puisque les fortifications de Cardia n'étaient construites que pour protéger la riche presqu'île contre les Thraces; de ce côté on n'avait plus rien à craindre, attendu que les tribus thraces étaient soumises. Lysimaque résolut de fonder une ville sur l'isthme qui relie la presqu'île uu continent ; il l'établit à moitié chemin entre Cardia et Pactye, de sorte qu'elle barrait également la route allant de THellespont à Tintérieur du pays; la plus grande partie des habitants de Cardia fut transportée dans la nouvelle ville de Lysimachia*.

Nous arrivons à Tannée 308. Aussitôt que la saison le permit, Ptolémée quitta avec sa flotte la station de Myndos, traversa les Cyclades % débarrassa Andros de la garnison enne-

*) Diodore ne fait pas mention de ce siège d'Halicarnasse ; Plutarque {Demetr. 7) le place immédiatement après le retour de Démétrios, qui revint de Babylone en 312. Comme, Tannée suivante, Ptolémée fait voile de Myndos, l'affaire d'Halicarnasse doit avoir eu lieu à la fin de Tannée.

*) DioDOH., XX, 29. Pausan., I, 9, 10. Les édits d'Antiochos III (dans Appian., Syr. 2 et Diodor., XXIX, 5 éd. Dindorf) nous renseignent sur l'importance de la ville.

3) Il est possible que ce soit à cette époque qu'a été fondé lexoivbvTwv vY)(ri{i>xb>v dont on a eu connaissance tout récemment, grâce aux recherches heureuses de savants français. Du moins, la dédicace d'un vase d'or du poids de 433 li2drachmes, de UxoXejxaîoc Aàyou MaxeScov, nous reporte au temps où Ptolémée n'avait pas encore pris le titre de roi. Cette indication se trouve dans Tinventaire du trésor du temple de Délos, document des plus intéressants que Homolle a publié et commenté d'une façon magistrale dans le Bullclin de correspondance hellcniquc (VI, [1882J p. 1 sqq.).

384 IKAlTt; 1ŒLA11F A LA GRÈCE [III, 2

niic qui y leiiail encore, el aborda à Tisthino de Corinthe. ( iOriiilhc cl Sicvone élaienl encore entre les mains de Cralésipolis, la veuve d'Alexandre ; Plolémée la fil sommer de se rendre, mais ses mercenaires déclarèrent qu'il fallait défendre les deux villes. Elle était à Corinthe : elle loua les excellents sentiments de ses soldats, qu'elle avait souvent éprouvés, et déclara qu'elle ne céderait à aucun prix; que, pour plus de sécurité, elle allait faire venir des renforts de Sicyone. Elle envoya eii secret des émissaires à Ptolémée ; pendant la nuit, des hommes armés parurent devant les portes de rAcrocorinlhe on crut que c'étaient ceux de Sicyone et on les introduisit: c'était des troupes égyptiennes que Cratésipolis avait appelées. C'est ainsi que Corinthe et Sicyone tombèrent au pouvoir de Ptolémée. Ptolémée envoya de là une proclamation affirmant qu'il était venu pour délivrer les villes helléniques, et invitant ces dernières à l'appuyer; il réclama aux Péloponnésiens des vivres et de l'ai^gent; il espérait que le mot magique de liberté enthousiasmerait aussitôt les Grecs en sa faveur. Mais ils avaient été trop souvent leurrés de cette façon, et ils n'envoyèrent ni vivres, ni subsides. Irrité, dit-on, de leur conduite, Ptolémée abandonna l'œuvre de délivrance et conclut avec Cassandre un traité de paix, d'après lequel chacun garderait ce qu'il possédait ; puis il laissa une forte garnison à Sicyone et Corinthe sous les ordres de Cléonidas, et retourna en Egypte*. Onne peut admettre l'exactitudedesmotifsavancés, alors même que Ptolémée se serait exprimé de cette façon dans une proclamation aux Grecs; dans tous les cas, s'il avait cru possible d'étendre sa puissance sur la Grèce, Ptolémée n'aurait pas considéré l'intérêt de son allié. Mais, comme Cassandre venait justement de céder, pour la forme, le Péloponnèse à Polysperchon, Ptolémée agissait peut-être d'accord avec Cassandre, afin de frustrer le vieux Polysperchon d'une possession qui aurait pu lui rendre quelque influence ; s'il en avait voulu aux possessions immédiates de Cassandre, il se serait tourné du

*) DioDUH., XX, 37. PoLY.tN., Vllï, 58. Il prit aussi Mégare, et c'est là qu'il invita Je philosophe Stilf>on à le suivre en Egypte (Diog. Laert., Il, 1 15) : cependant, la ville retomba au pouvoir de Cassandre. (Voy. ci-dessous, p. 401).

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