OL. cxvii, 4] agathocle
côté d'Alhèncs, oii il aurait trouvé plus de sympathies que dans le Péloponnèse. Quoi qu'il en soit, ce ne fut pas son mécontentement à propos de rindifférence des Pélopqnnésicns qui fut cause qu'il ne fit pas d'autre tentative pour s'approprier la péninsule. S'il conclut un traité avec Cassandre et retourna en toute hâte en Egypte, c'est qu'il y fut décidé par un événement survenu en Afrique, et qui était réellement pour lui de la plus haute importance. C'est la première fois que les successeurs d'Alexandre entrent en rapport avec l'extrême Occident.
Il s'était constitué en Sicile une puissance hellénique d'un caractère tout particulier. Depuis près de cent ans, cette île et la Grande-Grèce avaient vu sévir, avec plus de fureur que dans n'importe quel pays de population hellénique, la lutte entre la tyrannie, l'oUgarchie et Tochlocratie ; chacun de ces partis employait des bandes de mercenaires qui, sans patrie et sans attache aucune, sans autre mobile que l'appât du butin et du lucre, faisaient la guerre par métier et fournissaient à tous les aventuriers l'occasion d'essayer leurs talents et de tenter la fortune. Tel était Agathocle, fils de Carcinos, potier de profession , capable par son intelligence des actions les plus hardies et les plus étonnantes, d'un brillant talent militaire, doué de cette force de volonté, de cette dureté et de cette ténacité dans Taction qui atteint sûrement au but. Dans cette époque si riche en caractères énergiques et rudes, en événements bizarres et pour ainsi dire excentriques, on trouverait difficilement un caractère de plus grande valeur, un usurpateur plus audacieux, un conquérant plus téméraire que cet Agathocle. La faveur d'un Syracusain, qui avait été élu stratège pour la guerre contre Agrigente, le fit avancer au grade de capitaine : la mort du stratège et la main de sa veuve lui donnèrent la richesse et la considération parmi les citoyens de la ville. Syracuse avait conservé le gouvernement démocratique établi par Timoléon, mais dans son sein dominait le parti oligarchique d'iléraclide et de Sostratos; une nouvelle guerre, à laquelle Agathocle prit part comme commandant, lui parut une occasion favorable de tenter quelque chose contre les oligarques; sa cause eut le dessous, il fut exilé. Il erra partout
386 AGATHOCLE MAÎTRE DE SYRACUSE [lU, 2
avec un certain nombre de soldais, cherchant un nouvel emploi quelque part : les Crotoniates et les Tarentins le chassèrent après l'avoir pris à leur service; il voulut alors essayer de faire la guerre pour son propre compte. Sostratos assiégeait Rhégion : Agathocle fit aussitôt un appela tous ceux que les oligarques avaient exilés, pour les inviter àdéfendre avec lui la causo de la liberté ; il débloqua Rhégion et marcha sur Syracuse. Il y régnait une confusion extrême; les partis y luttaient avec le dernier acharnement : enfin le peuple exigea qu'Agathoclc fût rappelé, nommé stratège et gardien de la liberté. Il établit son pouvoir par les moyens les plus cruels : tous les partisans du gouvernement précédent, les citoyens les plus distingués et les plus riches, furent exécutés ou proscrits par centaines ; il régna absolument par la terreur. Les niercenaires, la populace, pillaient et dissipaient les biens des riches ; ils nommèrent Agathocle, qu^ils admiraient, général avec des pouvoirs absolus ; c'est sur eux et sur le peuple des petites villes rurales qu'il s'appuya : à partir de ce moment, il travailla avec une activité infatigable et une intelligence hors lignç à satisfaire ses sujets et à consolider sa puissance.
Mais elle devait bientôt subir une épreuve plus difficile. Les oligarques chassés de Syracuse avaient été accueillis à Agrigente> et avaient su entraîner le peuple à la guerre contre Agathocle ; on fit de grands préparatifs, on chercha des alliés et on décida un prince sparliate à accepter le commandement: les Tarentins le soutinrent avec 20 navires, soi-disant pour délivrer la Sicile. Mais la violence du Spartiate et les dissensions des alliés paralysèrent Tentreprise, et le Carthaginois Hamilcar amena par son intervention, entre Agrigente et Agathocle, une paix d'après laquelle Carthage gagnait Himère, Sélinonle, Hér^clée, et Syracuse se réservait l'hégémonie sur Iqs autres villes de Tîle. Cela se passait en 313. L'oligarchie dominante de Carthage repoussa cette paix signée par son général, parce qu'elle donnait une puissance dangereuse à leur rival en Sicile, à un despote audacieux et déjà si fort; elle fit des préparatifs de guerre. Agathocle, de son côté, ne resta pas en arrière ; une attaque de ce dernier contre Mossana fut le signal de Fexplosiou en 312. L année suivante, les Carthaginois envoyèrent