‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 257 sur 457 · OL. cxvin, 1] situation de ptolémée · texte numérisé non relu

OL. cxvin, 1] situation de ptolémée

Avec le rétablissomeftt de Tordre, une nouvelle ère de prospérité s'ouvrit en peu de temps pour ce riche pays.

C'était incontestablement pour Ptolémée un gain décisif. Mais son expédition maritime de deux années lui en avait valu un second non moins important. Il est vrai que ses projets de délivrance, si fièrement proclamés et qui avaient rempli le monde grec de si grandes espérances, avaient été stériles pour la liberté, mais le traité conclu avec Cassandre, en garantissant leurs possessions respectives en Grèce, permettait à la Macédoine et à TÉgypte de se donner la main dans ce pays; ces deux États, avec Lysimaque, qui n'avait certainement pas hésité à se joindre à cette alliance, avec la position formidable de ce dernier sur THellespont, avec la flotte égyptienne qui pouvait s'appuyer sur Andros et sur Cos, formaient une ligue défensive qui semblait assurer pour toujours les affaires de l'Europe contre toute velléité dangereuse de la part d'Antigone.

Il était visible que la direction des grandes affaires passait de plus en plus dans les mains du Lagide. Un fait de cette année (308) nous montre que les derniers débris de la maison royale étaient disposés à se confier à lui. Outre Thessalonice, l'épouse de Cassandre, il ne restait, en fait de descendants du roi Philippe, que sa fille Cléopâtre, la veuve du roi Alexandre d'Épire ; elle résidait à Sardes depuis près de quinze ans. Autrefois elle avait cherché à prendre de l'influence sur les affaires de l'empire par un mariage avec Léonnatos et avec Perdiccas, mais tous deux étaient morts avant l'accomplissement de leur union; Cassandre avait ensuite demandé sa main, mais elle le détestait comme l'ennemi de sa maison ; Lysimaque avait aussi été refusé par elle ; Antigone lui-même et Ptolémée avaient sollicité sa main ; après l'extinction de la descendance mâle de la maison royale, une union avec elle pouvait, à ce qu'il semblait, donner des droits au diadème. Le vieil Antigone lui était antipathique, et pourtant, à Sardes, elle était en son pouvoir. C'est au Lagide, au fidèle compagnon d'armes de son frère, qu'elle accorda sa main : elle devait s'évader de Sardes, venir auprès de lui et l'épouser. Mais déjà Antigone avait donné les instructions nécessaires au gouver-

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neur de Sardes ; elle fut arrêtée dans sa fuite et ramenée : peu de temps après, on la trouva morte, assassinée par quelquesunes de ses esclaves. Antigonefit arrêter ces dernières ; elles furent convaincues de meurtre et exécutées : le cadavre de la reine fut inhumé, par son ordre, avec tous les honneurs dus à son rang. Personne néanmoins ne douta qu'il ne fût Tauteur de l'attentat '.

Sa situation était mauvaise ; pendant ces années de paix, rhabile politique de ses adversaires Favait fait reculer de plus en plus, et chaque année augmentait Tinsubordination, la fermeté et les prétentions de ceux qu'il avait voulu, en sa qualité d'administrateur de l'empire^ obliger à la soumission ; encore un pas deplusen arrière, et la partie était perdue pour lui.

C'est justement ce principe sur lequel il s'était appuyé que ses adversaires avai^ent toujours contesté : ils en avaient maintenant doublement le droit, puisqu'il n'y avait plus de légitime héritier de la couronne dont il pût représenter le droit et la majesté, au nom duquel il eût pu administrer l'empire. L'unité de l'empire, qu'il avait pu faire reconnaître encore en principe dans la paix de 311, n'existait plus pour ses adversaires depuis que le sang authentique de la famille royale était tari : qu'est-ce qui pouvait subsister encore, si ce n'est le système territorial ?

C'est ainsi que les tendances s'afBrmaient l'une en face de l'autre dans toute leur incompatibilité. Il ne s'agissait pas d'une simple question de titre; de la solution du problème posé dépendaient les plus grands intérêts pratiques, la situation légale de l'immense empire d'Alexandre, l'avenir des pays et des peuples qu'il avait réunis en un tout grandiose : des deuxcfttés on devait sentir qu'il s'agissait de l'existence même; et, pour trancher la question, il n'y avait ni tribunal, ni procédure, ni loi reconnue de tous.

^) DiODOR., XX, 37. Maïs comment Ptolémée, qui avait déjà épousé Bérénice et qui tenait à elle, pouvait-il avoir envie d'épouser Cléopfttre? Depuis Philippe et Alexandre, ce n'était pas chose rare d'avoir plusieurs femmes, et une union avec Cléop&tre pouvait d'autant mieux être considérée comme une formalité, comme un mariage politique, qu'elle approchait de la cinquantaine.

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