LES ÉLÉMENT^ DE LA CRISE [III
tandis que ceux-ci , s'en tenant simplement à la défensive contre lui, pouvaient être prêts à lui reconnaître sur ses territoires le même droit qu'ils s'arrogeaient sur les leurs. S'il est vraisemblable que des ouvertures dans ce sens ont été faites à l'administrateur de l'empire , il est tout aussi certain qu'il les a repoussées.
Quelqu'ardent que fût son désir de ceindre son front du diadème d'Alexandre , il avait assez de prudence et d'empire sur lui-même pour s'abstenir, ou du moins poiu* ajourner une démarche qui aurait servi aussitôt d'occasion et de justification à ses rivaux pour s'élever eux-mêmes de la même façon. Le fait que l'on continua de supputer le temps d'après les années du jeune Alexandre, de celui qui avait été assassiné, et de frapper les monnaies à son effigie, prouve que la fiction légale continuait d'être en vigueur; Antigone n'y gagnait rien, ses rivaux n'y perdaient rien ; la question théorique restait pendante jusqu'à nouvel ordre .
Il n'était déjà plus possible de la résoudre par des arguments de droit, ni par des moyens diplomatiques ; c'était devenu une simple question de puissance, qui devait être tranchée par les ^rmes.
Antigone avait laissé prendre à ses adversaires une avance assez considérable. Séleucos avait toutTOriont, Babylone qui formait un centre assuré, et, à l'ouest, peut-être tout le territoire qui s'étend jusqu'à la ligne de l'Euphrate. Avec la possession de Cypre, de Cyrène, avec ses flottes considérables qui lui assuraient la mer Egée et avaient fait sentir sa puissance à la côte méridionale et occidentale de PAsie-Mineure , le Lagide était un ennemi doublement redoutable depuis qu'il s'était réconcilié avec Cassandre. Celui-ci avait la Macédoine avec la Thessalie; l'Épire, sous le gouvernement d'Alcétas, était à peu près à sa disposition; l'Eubée, Thèbes, Athènes, Mégare, obéissaient à ses phrourarques. Le fait que Ptolémée occupait Andros, l'Acrocorintheet Sicyone, et que Cassandre et lui s'étaient garanti mutuellement la possession de ce qu'ils tenaient en Grèce, formait un trait d'union entre eux, et mettait à leur disposition les ressources et les recrues des États helléniques. Lysimaque, uni avec eux, couvrant l'Hellespont avec Lysi-