PITHON CONTRE LES RÉVOLTÉS [I
butin à ses troupes. Cet ordre terrible était une mesure de prudence prise contre le général, dont l'ambition était d'autant plus à craindre qu'elle était servie par de grands talents militaires*. Assurément, Pithon, qui avait accepté très volontiers cette mission, ne songeait guère à exécuter Tordre du viceroi. Il espérait réunir à ses troupes ces bandes grecques, et, à leur tête, s'emparer des provinces supérieures, où, désormais de taille à lutter contre Perdiccas, il se créerait un empire oriental indépendant. C'est dans cet espoir qu'il marcha avec ses Macédoniens et les troupes des satrapes à la rencontre des révoltés. Il réussit facilement à nouer des intelligences dans le camp ennemi et à acheter la trahison d'un des commandants en second, nommé Lipodoros. Lors donc que les deux armées marchant l'une sur l'autre eurent engagé le combat, au moment où la mêlée meurtrière oscillait indécise, Lipodoros se retira avec ses 3,000 hommes sur une colline vers laquelle les autres, croyant que tout était perdu, se précipitèrent dans une débandade complète. Maître du champ de bataille, Pithon fit sommer les fuyards par les hérauts d'avoir à déposer les armes, leur offrant une capitulation honorable qui permettrait à tous de regagner en paix leurs colonies. On conclut solennellement une convention. Les Grecs se rallièrent et campèrent à côté des Macédoniens. Pithon était au comble de la joie, d'avoir si bien réussi dans l'exécution de la partie la plus difficile de son plan. Mais les Macédoniens étaient au courant des instructions du lieutenant-général; ils n'entendaient pas être frustrés du riche butin des révoltés. Au mépris du traité juré, ils tombèrent sur les Grecs sans gardes et sans armes, les égorgèrent tous, et s'emparèrent de leur camp qu'ils mirent au pillage*.
Nous ne savons pas exactement ce qui est advenu, après cet épisode, des provinces supérieures, qui avaient perdu ainsi une grande partie de leurs garnisons défensives. En tout cas, l'ordre ne fut pas troublé davantage; les satrapes gardèrent
*) ^vTOç ToO IIuOcovoc x(viQTtxoO xoii (JLeyaXai; êi«6oXatç TctptCaXXo pilvou (DiODOR., XIX, 14).
*) Dtodor., XVIII, 7. Diodore est seul à raconter ces faits.