‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 27 sur 457 · OL. cxiv, 2] agitation en grèce · texte numérisé non relu

OL. cxiv, 2] agitation en grèce

leurs postes, et les villes d'Alexandre, abandonnées par les vétérans qu'on y avait installés, conservèrent les habitants de race asiatique associés aux premiers colons.

Dans rintervalle avait éclaté en Occident, dans les régions grecques, une insurrection qui menaçait sérieusement la puissance macédonienne .

Athènes en était le foyer. Là, le parti anti-macédonien avait subi un grave échec à Tissue du procès d'Harpale, et Démosthène était, depuis le printemps de 323, banni d'Athènes. C'est à ce moment qu'Hipparque, fils d'Asclépiade, apporta à Athènes la nouvelle de la mort d'Alexandre. Le peuple entra dans une effervescence extraordinaire. « C'est impossible! » s'écriait Toraleur Démade : « si cela était, le monde serait rempli de l'odeur de son cadavre I » D'autres regardaient la mort du roi conmie certaine, disaient que c'était le moment ou jamais de secouer le joug. En vain Phocion s'efforçait de modérer la surexcitation passionnée de la foule. « S'il est mort aujourd'hui, il le sera encore demain, après-demain, et nous avons le temps de prendre une décision réfléchie en toute tranquillité ». Les riches surtout craignaient une guerre qui ne leur apportait que des dangers et une quantité de prestations publiques. Mais il y avait trop de pauvres, de révolutionnaires et de braillards ; les beaux noms de liberté, d'hégémonie et de gloire du temps passé étaient plus puissants que la voix de la prudence ou le respect des traités jurés. La puissance macédonienne, disait-on, était un cyclope maintenant aveuglé. On acclama ceux qui suggérèrent l'idée de se servir de ces milliers de mercenaires que Léosthène avait amenés d'Asie au Ténare, et qu'il était tout prêt à mettre en campagne au nom d'Athènes*.

La nouvelle de la mort du roi n'était pas encore confirmée. Pour n'engager l'État d'aucune façon et ne rien négliger cependant, pour endormir par une inactivité apparente la vigilance d'Antipater, on résolut d'envoyer à Léosthène pour ses mercenaires cinquante talents prélevés sur le trésor d'Harpale et des armes provenant des arsenaux de l'État: dès que la

«) Plut., Phocion, 22. Diodor., XVIII, 9.

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mort d'Alexandre serait confirmée, la république prendrait parti ouvertement. Léosthène prit donc à la solde d'Athènes ces 8,000 hommes de troupes excellentes et éprouvées et noua des négociations secrètes avec les Étoliens qui, à cause d'Œniada* et de leur refus de recevoir les bannis, devaient souhaiter une rupture entre Athènes et la Macédoine. Il se rendit en personne dans leur pays, et reçut la promesse que 7,000 Ktoliens se joindraient à lui.

En attendant, les messages arrivaient coup sur coup de TAsie, rapportant des détails plus explicites sur les événements de Babylone, parlant de la surexcitation des esprits dans les villes d'Asie-Mineure^ et de Rhodes qui avait expulsé sa garnison macédonienne *.

Léosthène vint lui-même à ce moment à Athènes. Hypéride appuya ses propositions; il s'agissait d'une levée de boucliers immédiate contre la Macédoine'. Des ambassadeurs macédoniens arrivaient en même temps pour recommander le maintien des conventions et rappeler les excellentes qualités d'Anlipater. « Nous savons que c'est un excellent maître, dit Hypéride, mais n'avons pas besoin d'un maître, même excellent». Phocion, qui avait été tant de fois stratège, mettait ses concitoyens en garde contre les résolutions précipitées : il montrait la grandeur du danger et rappelait le malheureux

^) Ce dernier fait est attesté parDiodore (XVÏÏI, 8). Les événements que Polyœnos (VI, 48) signale à Ephèse n*ont pas leur place ici : ils se sont passés avant le départ de Philoxenos pour Babylone (324). Il n'est pas plus certain que Chios soit entrée dès à présent dans le mouvement qui obligea rhistorien Théopompe à s'enfuir « auprès de Ptolémée en Egypte ». Alexandre avait retiré en 331 la garnison macédonienne de Chios, sur les instances des ambassadeurs chiotes qui étaient venus le trouver à Memphis : nous le savons par Q. Curce (IV, 8, i2), dont l'assertion se trouve confirmée par l'expression — générale, il est vrai, — d'Arrien (111,5, 1). Un trait caractéristique, c'est qu'en apprenant la mort d'Alexandre, le tyran d'HéracIée sur le Pont, comme le raconte Memnon (ch. 4 ap. C. Miller, Fr, Hist, GrseCy II, p. 529), faillit mourir de joie et voua une statue à l'E-jôutita : enfin, il pouvait respirer.

*) 11 ne semble pas que la liste des discours d'Hypéride mentionne une harangue de lui à cette occasion. Le fragment de Dexippos {fr, 2. ap. C. MClleb) est une composition de l'historien, aussi bien que le fragment de réplique (par Phocion) qui vient après. Les renseignements utilisés ci-dessus ont été consentes par Plutarque (Phoc. 23. De se ips. 17. Ap9phth, Phoc).

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