‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 268 sur 457 · LA SOCIÉTÉ ATHÉNIENNE · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ ATHÉNIENNE

saient pour s'offrir à sa vue *. Il était très recherché dans sa mise, se teignait les cheveux en blond, se fardait, s'oignait lo corps d'huiles précieuses : il montrait constamment un visag*» aimable et cherchait à plaire à tout le monde.

Ces deux choses, la légèreté la plus coquette et la plus abandonnée, et la culture délicate, aimable et spirituelle, qu'on a désignée depuis du nom d'atticisme, sont les traits caracloristiques de la vie d'Athènes à l'époque. C'est une affaire do bon ton de visiter les écoles des philosophes; l'homme à la mode est Théophrasle, le plus adroit des disciples d'Arislole, sachant rendre populaire la doctrine profonde de son illustre maître, réunissant mille, deux mille élèves autour de lui, plus admiré, plus heureux que ne le fut jamais son maître. Cependant ce Théophraste et quantité d'autres professeurs de philosophie à Athènes étaient éclij)sés par Slilpon de Mégare. Quand Stilpon venait à Athènes, les artisans quittaient leurs ateliers pour le voir; quiconque pouvait accourait pour l'entendre ; les hétaïres affluaient à ses leçons, pour voir et pour être vues chez lui, pour exercer à son école cet esprit piquanl par lequel elles charmaient tout autant que par leurs toilettes séduisantes et l'art de réserver leurs dernières faveurs. Ces courtisanes jouissaient de la société habituelle des artistes de la ville, peintres et sculpteurs, musiciens et poètes ; les deux plus célèbres auteurs comiques du temps, Philémon etMénandre, louaient publiquement dans leurs comédies les charmes de Glycère et se disputaient publiquement ses faveurs, sauf k l'oublier pour d'autres courtisanes le jour où elle trouvait des amis plus riches qu'eux. De la vie do famille^ de la chasteté, de la pudeur, il n'en est plus question à Athènes; c'est tout au plus si on en parle encore ; toute la vie se passe en phrases et

^) Phèdre (VI, 1) décrit ces mœurs on termes élégants :

Demetrius Athenas oeeupavit imperio improbo.

Ut mos est vutgi passhn et eertatim ruunt : féliciter tubelamani. Ipti prineipi»

niam oseulantur, qua ftunt ùppremit manum ; Qtàn eiiam retides et sequentes o/ium, Ne de fuisse noceat, repunt ultimi^ In qvis Menander.., Unguento delibutus^ vestitu adfluens Veniebat gressu languido et delicato etc.

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en traits d'esprit, on ostentation^ on activité affairée ; Athènes met aux pieds des puissants Thommage de ses louanges et de son esprit, et accepte en retour leurs dons et leurs libéralités; plus elle devenait oligarchique, plus elle était servile; rÉtat jouait devant les rois et les puissants le rôle de parasite, de flatteur famélique, et ne rougissait pas d'acheter des éloges et des plaisirs au prix de sa propre honte. On ne craignait que Tennui ou le ridicule, et Ton avait les deux à satiété. La religion avait disparu, et Tindifférentisme de la libre-pensée n'avait fait que développer davantage la superstition, le goût de la magie, des évocations et de l'astrologie; le fond sérieux et moral de la vie, chassé des habitudes, des mœurs et des lois par le raisonnement, était étudié théoriquement dans les écoles des philosophes et devenait l'objet de discussions et de querelles littéraires ; les deux systèmes qui donnèrent le ton dans les siècles suivants, le stoïcisme et Tépicurisme, naquirent en ce temps-là à Athènes '.

Rien n'a été peut-être plus pernicieux pour Athènes que cette paix de dix ans dont elle jouit sous l'autorité de Démétrios ; avec la lutte des partis avait disparu aussi le dernier frottement, la dernière excitation qui pût offrir encore quelque intérêt sérieux aux esprits ; elle avait fait place à un marasme écœurant et immoral ; l'esprit public était perdu sans retour, et la liberté renaissant encore une fois ne devait plus être qu'une caricature chez les descendants des preux de Marathon. Sans doute, dit-on, la domination de Démétrios développa la prospérité matérielle de TÉtat ; son adversaire Démocharès le reconnaissait lui-même': Démétrios, dit-il, était très fier du commerce lucratif que faisait la ville, de l'abondance de toutes les choses nécessaires à la vie ; mais il ne rougissait pas d'avoir dépouillé sa patrie de sa gloire et de n'agir que d'après les ordres de Cassandre. Athènes paratt surtout avoir tiré beaucoup de bénéfices de l'extraordinaire

*) G*est dans les fragments des comiques, de Ménandre particulièrement» que se trouvent les traits caractéristiques de Fétat moral d'Athènes à cette époque.

2) PoLYB., Xlï, 13, 12. Cicéron (Rep, II, 1) dit aussi : postremo exsanquem jom et jncentem rem doclus vir Phalereus suslentasset.

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