PROSPÉRITÉ d'athénes
affluence des étrangers attirés par la civilisation, les hétaïres, la science, les arts et le commerce. Les commandes affluaient dans les ateliers des artistes : en trente jours, dit-on, 360 statues furent élevées par décret du peuple au seul Démétrios*, et les artistes athéniens travaillaient pour les cours des potentats et pour les nouvelles villes qu'ils fondaient. Le commerce dut être, vers ce temps, plus animé que jamais et rivaliser avec celui de Rhodes, de Byzance et d'Alexandrie. La population de TAttique, d'après un recensement qui eut lieu probablement sous Tarchontat de Démétrios (309), montait à 24,000 citoyens, 10,000 étrangers, 400,000 esclaves' : c'était un chifl're considérable pour un territoire d'un peu plus de 40 milles carrés.
Si l'on estime la valeur d'un gouvernement d'après le bienêtre matériel du peuple, l'éloge que se décernait Démétrios à lui-même dans ses Mémoires^ et que plusieurs historiens anciens confirment % ne paraîtra pas immérité. Mais c'en
*) DiOG. Laert., V, 75. CF. Wachsmuth (Die Stadt Athen, I, p. 711), qui cite aussi les inscriptions trouvées à Eleusis et à i£xone et provenant de ces statues élevées à Démétrios.
^) Sur ce recensement de la population, voy. Bockh, StaatshauskaHung, I*, p. 52. On a trouvé exagérés les chiffres que donne Athénée (V(,p. 272) d*après Ctésiclès. En effet, des 12,000 citoyens qui, après la guerre Lamiaque, furent privés du droit de cité par Ântipater et transportés en Thrace, une grande partie avaient été plus tard employés à peupler Antigonia en Asie ; d'où venait donc ce grand nombre d'habitants? On dut à coup sûr accorder la naturalisation à bien des gens et ménager bien des intrus ; être citoyen d*Athènes, de la ville civilisée par excellence, était encore un privilège fort apprécié. On a prétendu aussi que l'estimation des revenus de la ville à 1,200 talents (estimation empruntée à Douris) n'était pas moins exagérée que le chiffre de la population. Il est de fait que Ton ne comprendrait pas des recettes aussi élevées, en un temps où il n'y avait plus un seul État fédéral qui pay&t tribut, si Ton ne supposait des sommes allouées à titre de Subsides.
8) Strabon (IX, p. 398) a puisé dans les 'Ticoixviqiia'ra de Démétrios (& awéypoi4^ vk\ t^c noXiTciocç) sa conviction que &c ov |i,6vov oO xaréXuas t^v «tjifoxpaTÎofv, «Uûf xai êiwjvcop^qe. Élien (Faf. HUi, }U, 17) djt : •A^v^jj-rtv êmçavl<rcaTa êicoXtTevcrev (cf. DiODOR., XVIII, 74. Cic, Legg, 11,25, 111,6 etc. Dioo. Laert., V, 75 : noXXàSàxa\ xâXXiffraT^ icoiTpîdt licoXiTc^iaaTo etc., etc.). Cependant, lé témoignage du comique Timôclès (ap. Athbn., VI, p. 245) vaut la peine d'être relevé et opposé à ces éloges : il ait que l'on (|evait tenir les portes ouvertes, afin que lés convives fussent en pleme lanière au cas où, conformément à la nouvelle loi, le gynaeconome viendrait les compter.
408 GOUVERNEMENT d' ATHÈNES [III, 3
était fait de rimportanco politique de TÉtat athénien ; Démétrios gouvernait d'après les instructions de Cassandre, avec les formes administratives, intactes en apparence, delà démocratie, eu s'efforçant de faire croire qu'il avait été porté à la haute position qu'il occupait et qu'il y était maintenu par la confiance de ses concitoyens. Son gouvernement, absolument anti-démocratique, s'immisçait jusque dans les affaires les plus privées : il fonda l'institut des gynœconomes ou gardiens des femmes, qui surveillaient, d'accord avec les Aréopagiles, les réunions tenues dans les maisons à propos de mariages et d'autres fêtes ; il fixa le nombre des convives qui pouvaient se trouver réunis, fit des cuisiniers des espions veillant sur l'application de ses lois somptuaires ; il créa sous le nom de nomophy laques des fonctionnaires spéciaux, qui devaient veiller à ce que les lois fussent appliquées par les magistrats^ alors que, dans des temps meilleurs, la participation du peuple à la vie publique avait été pour cela une garantie suffisante *. Il est possible que ces mesures et d'autres semblables fussent conformes aux théories politiques qu'il doit avoir exposées dans ses écrits : elles étaient du reste justifiées, du moment que les Athéniens en étaient satisfaits.
Mais, dès Tannée 312, lorsque Ptolémée, le neveu d'Antigone, eut abordé en Béotie et se fut approché des frontières de TAttique, un parti anti-macédonien avait commencé à s'agiter ; Démétrios avait été forcé d'envoyer en Asie des ambassadeurs, avec mission de traiter officiellement de la paix avec Antigone. Là-dessus survint la paix de 3H, qui proclamait la liberté des États helléniques, mais Cassandre ne s'en soucia guère, et sa garnison resta à Munychie; les promesses de Ptolémée n'eurent pas plus d'effet, et, après la convention conclue entre les deux potentats, l'ordre de choses existant à Athènes fut confirmé à nouveau et sembla assuré pour l'avenir.
On ne s'est pas douté probablement à Athènes qu'Antî-
et il ajoute que ce fonctionnaire ferait mieux de visiter les maisons de ceux qui n'ont rien à manger.
') Voy. BocKH, Veher dm Plan der Atthis des Phitochoros (Abhandl. der Berl. Akad. 1832) p. 27.