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sort de Thëbcs ; il exhortait ses concitoyens à ne pas se laisser égarer par ces hommes qui rêvaient de commander une armée. Léosthène lui demanda d'un ton narquois quels services il avait rendus à la république pendant ces longues années qu'il avait été stratège. « N'est-ce donc rien, lui répliqua Phocion, que les citoyens trouvent un tombeau dans leur patrie et le repos dans leur tombeau ? » Mais Léosthène vanta comme chose bien plus glorieuse la sépulture au Céramique avec l'oraison funèbre, les deux récompenses accordées aux guerriers morts pour la patrie. Voilà ce qui était digne d'un homme : l'heure de la guerre était venue; l'assistance de tous les Hellènes était sûre et le succès certain. Phocion répondît : « Tes discours, jeune homme, ressemblent au cyprès : il s'élance droit et superbe, mais il ne porte pas de fruit. Mon plus beau titre de gloire, c'est que, tant que j'ai été stratège, on n'a pas eu besoin de faire des oraisons funèbres ». Et comme Hypéride lui demandait quand donc il conseillerait la guerre sinon maintenant : « Quand je verrai les jeunes gens ne plus déserter leur poste, les riches donner leur fortune pour la guerre et les orateurs ne plus voler le Trésor public ». Les efforts de Phocion furent inutiles : la guerre fut résolue et Léosthène rejoignit en toute hâte ses mercenaires.
Les patriotes athéniens eux-mêmes, s'ils avaient calculé k froid, auraient du souhaiter que la politique athénienne prît une autre direction. Athènes était assez puissante pour attendre ce qui sortirait de cette fermentation confuse provoquée par la mort d'Alexandre, et ne se mettre en avant que quand elle pourrait le faire avec pleine chance de succès. Il était évident qu'en signant leur premier accommodement à Babylone, les potentats macédoniens n'avaient pas dit leur dernier mot; que de nouvelles dissensions surgiraient entre le lieutenantg-énéral et les satrapes, entre l'empire et les provinces; que, si la lutte éclatait^ la puissance d'Athènes et son influence sur les États de la Grèce pourraient grandir singulièrement. Peutêtre, dès ce moment même, Antipater aurait-il consenti à faire des concessions importantes, s'il avait pu acheter ainsi la neutralité d'Athènes. Si Athènes avait exigé pour prix de sa complaisance que les autres Etats de l'Hellade fussent autorisés à
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se rallier à la neutralité athénienne; si elle s'était offerte à transformer la ligne de Corinthe en une fédération d'États helléniques sous son hégémonie, Antipater se serait volontiers dispensé d'engager ses forces, dont il prévoyaitqu'il aurait bientôt grand besoin pour résister à la puissance envahissante de Perdiccas, dans une entreprise qui lui présageait des embarras inextricables et, en admettant l'hypothèse la plus favorable, un succès stérile : au contraire, la neutralité d'Athènes, des États de l'Hellade et du Péloponnèse, l'assurait de la tranquillité de la Thessalie et de l'Épire; il pouvait tenir en respect les Barbares au Nord et dans la Thrace, el, en attendant l'arrivée de Lysimaque, satrape désigné de ces contrées, lui rendre des services qui l'attacheraient d'avance à sa personne. Si la situation que Perdiccas avait faite au gouverneur de Macédoine lui imposait des obligations qui lui liaient les mains et le paralysaient, Antipater, en s'entendant avec Athènes et la Ligue corinthienne, se serait tiré d'embarras et aurait pu dès lors prendre position en face de Perdiccas, comme représentant d'une politique qui devenait plus difficile à mesure qu'il tardait à l'inaugurer. Avec les résolutions prises à Athènes, cette possibilité lui échappait. L'effervescence du moment et la violence passionnée des chefs poussa la ville et THellade à des coups de tête qui, même en cas do succès, n'auraient pas amené la moindre rénovation^ n'auraient produit aucune idée nouvelle ni imprimé aucun élan nouveau à la vie hellénique. Ce fut encore une fois la politique de sentiment, celle des dernières impressions et des froissements récents, qui triompha à Athènes.
Tout d'abord, on poursuivit les partisans de la Macédoine, et le démos se mit à condamner avec enthousiasme. On lança contre Démade trois ou même sept accusations d'illégalité (7:apor;o[jL(a) : après trois condamnations, il avait perdu le droit de haranguer le peuple \ Il fut puni d'une amende de cent talents, pour avoir proposé de rendre à Alexandre les honneurs
*) Diodore (XVIII, 18) en compte trois, et Plutarque {Phnc, 26) sept. C'est par ra<«m/e après la troisième condamnation que le comique Antiphano (ap. Athen., XI, p. 451 a) explique son pTJTwp ôtçtDvoc,