‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 294 sur 457 · OL. cxvin, 3] débiétrios a antigonia · texte numérisé non relu

OL. cxvin, 3] débiétrios a antigonia

vieux roi que Démétrios, ce prince si richement doué et qui avait donné tant de preuves de sa valeur ; c'est sur lui et sur son fils âgé de treize ans* qu'il reporta tout l'amour dont Philippe avait eu une si large part : il fit ensevelir le cadavre de son fils avec une pompe royale. Il rappela Démétrios de Cypre, pour délibérer avec lui sur la prochaine campagne ; il commençait, lui écrivait-il, à sentir ses quatre-vingts ans; il n'avait plus la môme vigueur, ni de corps ni d'esprit; le fils avait remporté de grands succès, qu'il vienne l'assister de son conseil et de sa force. Dans les bras de la belle Lamia*, plongé dans les délices des fêtes qui saluaient le diadème attaché à son front, Démétrios avait presque oublié, sur le sol de cette ile fortunée, le monde du dehors et les dangers imminents. La lettre de son père le tira tout à coup de l'ivresse de cette vie vertigineuse ; il courut à Antigonia, auprès de ce père qu'il n'avait pas vu depuis si longtemps. Comme, à son arrivée, il l'embrassait tendrement : « Tu ne te figures pourtant pas, lui dit son père, que tu embrasses Lamia ! » Des troupes nombreuses campaient déjà sur les bords de l'Oronte; tous les Jours il en arrivait de nouvelles ; les journées se passaient en armements et en exercices ; la nuit, Démétrios menait joyeuse vie, la coupe à la main ou occupé de rendez-vous discrets. Souvent, fatigué le matin, il manquait de se rendre près de son père ou se faisait excuser pour cause d'indisposition. Un jour que le père vint lui rendre visite, il vit une jolie fille s'esquiver en passant près de lui ; il entra et tàta le pouls de son fils. « La fièvre vient de me quitter », dit Démétrios. « Oui, répondit son père, je l'ai vue se sauvera l'instant '^ ».

Les armements étaient terminés : vers la fin de l'été, l'armée et la flotte, à laquelle Démétrios était retourné, se mirent en mouvement. C'était un déploiement énorme de forces : plus de 80,000 hommes d'infanterie, 8,000 cavaliers, 83 éléphants

quelle façon il devait se comporter vis-à-vis des soldats pour gagner leurs bonnes grâces.

^) C*est TAntigone qui porte dans Thistoire le surnom de Go'natas : il était fils de Texcellen te Phila et né en 318; Stratonice aussi était déjà au monde depuis plusieurs années, peut-être depuis 315.

«) Plut., Demetr., 19. Athbn., XIII, p. 577. III, p. 101, etc.

^) Cette anecdote et autres semblables se trouvent dans Plutarque.

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de guerre, iSO vaisseaux de combat, 100 bâtiments de transport, une artillerie considérable et des projectiles en grande quantité. Pendant que l'armée de terre descendait par là Cœlé-Syrie, la flotte devait longer les côtes sous les ordres de Démétrios et retrouver la première à Gaza : de là, TÉgypte devait être attaquée simultanément par terre et par mer. Dans les premiers jours de novembre, on avait atteint Gaza. Pour faire son apparition en Egypte d'une manière plus rapide et plus inattendue, Antigone, qui marchait le long de la mer à travers le désert, fit pourvoir ses troupes de vivres pour dix jours et rassembler dans les tribus arabes le plus grand nombre possible de chameaux, qui furent chargés de blé, 130,000 médimnes ; le reste des bêtes de trait fut employé au transport des fourrages, des engins, des projectiles, et de quantité de machines, qui furent chargées sur des voitures. C'est dans ces conditions que Tarmée de terre commença sa marche pénible et dangereuse à travers le désert. La flotte 'se mit aussi en mouvement ; c'est en vain que les pilotes firent remarquer que dans huit jours aurait lieu le coucher des Pléiades * et qu'alors la mer deviendrait tempétueuse et la navigation impossible; d'après eux, il fallait rester encore huit jours à L'abri du port. Démétrios leur reprocha de craindre la mer et l'air ; un vrai marin, dit-il, ne craint ni le vent ni les flots. Il ne pouvait pas s'attarder, puisque les opérations de l'armée étaient calculées sur sa coopération par mer ;* vers minuit, ses escadres quittèrent le port de Gaza. Elles eurent une bonne mer dans les premiers jours ; les lourds bâtiments de transport étant traînés à la remorque ; on s'avança avec un vent favorable dans la direction de l'ouest; on était déjà arrivé à la hauteur du lac Sirbonide lorsqu'arriva le jour des Pléiades. Une tempête violente s'éleva du côté du nord. Elle fut terrible; en peu de temps, les escadres furent dispersées ; beaucoup des bâtiments de transport, lourdement chargés, [coulèrent bas;

*) Cette indication, précieuse pour la détermination des dates, se trouve dans Diodore (XX, 73, 3) : tôv ôè xu6epvy)tûv olo{j.lvii>v istv âicifiEtv tyiv ttj; nXctdtdeov 8u<nv SoxoOaav Sfctaèai |uÔ' Yiiiépaç oxTà x. t. X. C*est le coucher matinal des Pléiades, qaod tempus in midus Nov. incidere consuevU (Plin., 11,47, § 125).

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