OL. cxvui, 3] expédition d'êgtpte
pierres, de flèches lancées par les engins et les défenseurs, qu^elles se retirèrent à la faveur de la nuit. Démétrios ordonna alors aux vaisseaux de suivre le vaisseau amiral et le fanal qui y était placé ; il se dirigea vers le nord-ouest et se trouva, au point du jour, devant l'embouchure Phagnélique*, mais les autres vaisseaux n'avaient pas pu le suivre assez vite ; il fallut d'abord les attendre et envoyer des navires rapides pour les chercher : on perdit ainsi un temps précieux. Le mouvement de là flotte n'avait pas échappé aux ennemis ; à la hâte, les postes de l'embouchure Phagnétique furent renforcés et une ligne de troupes fut disposée le long de la côte, aux endroits où il était possible de tenter le débarquement. Lorsque Démétrios eut rassemblé son escadre, il était trop tai'd ; le rivage était gardé par de trop nombreux défenseurs pour que le débarquement pût être tenté ; plus loin, à ce qu'il apprit, la côte était tellement protégée par des bas-fonds, des marais et des lagunes, que la flotte ne pouvait aborder. Aussi Démétrios revint-il sur ses pas pour regagner le camp de son père, mais il s'éleva un violent vent du nord ;le flot devint énorme, les vaisseaux luttaient avec une peine indicible ; trois vaisseaux de guerre et plusieurs transports furent lancés sur la plage et tombèrent au pouvoir de l'ennemi ; les autres furent sauvés par le travail acharné des équipages et atteignirent heureusement leur station primitive.
C'est ainsi qu'échouèrent les tentatives de débarquement faites par Démétrios; il était absolument impossible de pénétrer dans l'embouchure de Péluse, qui était occupée par Ptolémée et défendue par de nombreuses barques montées de beaucoup de soldats et armés d'artillerie ; en amont, non seulement les rives, du côté de l'intérieur, étaient couvertes de retranchements défendus par des postes nombreux, mais d'innombrables barques*, remplies en partie de soldats, en partie d'engins de toute sorte, croisaient sur le fleuve et empêchaient
*) C'est la bouche actuelle de Damiette.
•) Diodore (XX, 76) dit: cma^ûv iroTa|x{(i>v : ce n'étaient pas des trirèmes, comme le prétend Fausanias (I, 6, 6) ; du reste, les vaisseaux de' guerre étaient généralement, à Tépoque présente, des bâtiments à quatre rangs de rames ou davantage encore.
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toute tentative de le franchir. La flotte et Tarmée d'Antigone étaient donc condamnées à l'inaction ; les jours se passaient sans incidents, et déjà les provisions commençaient à manquer aux hommes et aux animaux ; les troupes devinrent mécontentes ; les plus braves eux-mêmes ne voyaient aucune issue. Antigone ne pouvait se dissimuler que le sort de la campagne était décidé ; impossible d'imaginer aucune opération qui put amener un résultat favorable; lors même qu'il eût réussi à franchir le premier bras du Nil, rien n'eût été fait encore, puisqu'à chacun des nombreux bras du fleuve les mêmes difficultés se seraient présentées,, plus dangereuses encore; il ne pouvait rien tant que Ptolémée persisterait opiniâtrement dans la défensive ; à supposer même qu'il pût l'amener à en sortir pour livrer bataille, son armée afl'aiblie et découragée n'eût plus été de force à vaincre. Les dispositions de ses troupes, le manque de vivres et la saison qui s'avançait, le forcèrent à penser à une retraite accélérée. Il convoqua l'armée et les officiers à une grande assemblée et ouvrit la délibéralion sur la question suivante: fallait-il, dans les conjonctures actuelles, continuer la guerre, ou rentrer en Syrie, afin de reprendre la lutte plus tard, avec une armée mieux outillée pour les exigences particulières de la guerre en ces pays, et dans une saison où l'eau du Nil serait au plus bas? L'assemblée, à haute voix et àTunanimité, se décida pour le retour; Tordre de départ fut donné aussitôt, et l'armée et la flotte se hâtèrent de rentrer * .
Plus les préparatifs avaient été grandioses et superbes lés espérances avec lesquelles Antigone avait commencé la guerre, plus aussi cette issue était humiliante; lui qui avait annoncé qu'il allait reconstituer l'empire d'Alexandre dans son unité et sa splendeur, il lui fallait se retirer vaincu sans s'être battu, devant un ennemi qu'il avait cru perdu. C'est avec raison que Ptolémée célébra des sacrifices d'actions de grâces et des réjouissances, comme s'il avait remporté une victoire; il envoya des messagers à Cassandre, à Lysimaque et àSéleucos, pour leur annoncer l'humiliation d' Antigone. Une
«) DiODOH., XX, 75-76. Pausan., I, 6. Plut., hetnelr., 19.