‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 297 sur 457 · OL. cxvui, 3J humiliation d'antigone · texte numérisé non relu

OL. cxvui, 3J humiliation d'antigone

victoire en bataille rangée n^aurait pas pu être plus avantageuse pour lui : Ântigone y aurait succombé après avoir opposé la force à la force; aujourd'hui, il était vaincu par lui-même, et Ptolémée gardait sa propre force, pour s'en servir s'il était besoin de porter un dernier coup.

Il est étrange que Tenlreprise d'Antigone ait eu une semblable issue : ni les tempêtes qui dispersèrent sa flotte, ni Timpossibilité de pénétrer au delà du fleuve ne furent la cause de son insuccès ; ce ne furent pas même les désertions de ses mercenaires; mais ce qui apparaît clairement, c'est qu'Antigone n'avait plus son énergie d'autrefois ; il n'était plus l'homme qui avait réduit Eumène et qui enchaînait avec une force irrésistible des milliers d'hommes à sa destinée ; il lui était resté la routine du temps passé, mais non plus cette volonté de fer qui lui permettait de braver tous les dangers et de résister même à la défaite; la routine «était devenue chez lui un tour d'esprit méticuleux^ hésitant^ sa forte volonté, une humeur capricieuse et fantasque. L^audace seule aurait pu faire réussir cette agression aventureuse sur l'Egypte; pourquoi Antigone perdit-il à Péluse des jours précieux à vouloir gagner d'abord la rive opposée avant d'entreprendre autre chose? Pourquoi, avec ses forces supérieures, n'attaqua -t-il pas les deux capitales du pays, Memphis avec un corps détaché, Alexandrie avec sa flotte toujours si puissante, tandis que son armée principale retenait l'ennemi sur le bras de Péluse? Pourquoi, si tout cela lui paraissait trop aventuré, n'opéra-t-il pas sur la rive droite du bras de Péluse ? Il aurait pu rester là aussi opiniâtrement que Ptolémée sur la rive en face, en se retranchant et en forçant l'adversaire, par des courses répétées sur la rive droite du Nil, à faire enfin un mouvement ofi'ensif qui devait lui être fatal ; il aurait pu là, approvisionné par sa flotte qui dominait les mers, attendre le printemps et la baisse du fleuve; il aurait pu de cette façon, des différents points sur lesquels il se serait fortifié et avec les troupes nouvelles qui lui auraient été envoyées, recommencer la guerre avec un meilleur succès. La détermination la plus absurde qu'il pût prendre, ce fut de ne pas même garder la position de Péluse, d'abandonner tout et de revenir en toute

hâte en Syrie, comme un homme complètement battu: il ne perdait pas seulement toutes ses meilleures espérances ; il avait provoqué l'ennemi au combat ; il avait mis du côté de son rival la toute -puissance de Topinion publique ; il avait perdu l'honneur -de son nom et la gloire jusque-là intacte de ses armes.

Le caractère extraordînairement fragmentaire de nos renseignements laisse dans Tobscurité la suite des événements : on pourvoit penser que Ptolémée fit quelque chose après cette retraite d'Antigone; que, profitant de la faveur des circonstances, il a sinon risqué une invasion de la Syrie, du moins cherché par des négociations à obtenir la reconnaissance de sa royauté ; nous ne trouvons pas trace de tout cela dans nos sources ; ce n'est qu'à propos d'une nouvelle expédition de Démétrios coutre Rhodes que nos informations recommencent.

L'État rhodien*, favorisé comme il l'était par une position géographique des plus heureuses, était devenu extrêmement florissant du vivant déjà d'Alexandre et plus encore pendant les luttes des Diadoques. Presque tout le commerce entre l'Europe et l'Asie se concentrait dans cette île ; les Rhodiens étaient des marins distingués, réputés loyaux et habiles; leur caractère ferme, constant, respectueux de la légalité, leur connaissance des affaires, leurs excellentes lois maritimes et commerciales, faisaient de Rhodes la place modèle parmi toutes les villes commerçantes de la Méditerranée ; par ses luttes continues et heureuses contre les pirates, qui troublaient alors souvent et en grandes bandes la sécurité des mers', Rhodes était devenue la protectrice et l'asile de la marine marchande dans les eaux orientales. U semble qu'il y ait eu, au temps

') Il n'est plus possible de décider si Rhodes avait et jusqu'à quel poiat elle avait en sa possession les îles voisines et la Péraea, • la Chersonèse de Gnide et celle de Rhodes ». il est bon de remarquer que, dans le Périple dit de Scylax, rédigé vers 350, Mégisté elle-même, une île voisine de la côte lycienne, est notée comme appartenant aux Rhodiens.

•) A quelque temps de là, Démétrios enrôla des pirates à son service pour faire la guerre aux Rhodiens (Diodor., XX, 83); deux ans plus tard, il en prend 8,000 à sa solde pour faire campagne contre la Macédoine (XX, 110) ; en 287, le chef de pirates Andron collabore à la prise d'Éphèse (Poly^n., V, 19), etc.

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