OL. cxviii, 3] rupture avec rhodes
leurs navires à destination d'Alexandrie et s'emparer de leur chargement. Les Rhodiens opposèrent la force à la force, et se plaignirent énergiquement qu'on les eût traités en ennemis sans aucun motif. Il leur fut répondu que, s'ils ne se soumettaient aussitôt, on procéderait contre eux par des moyens de rigueur. Ils ne furent pas peu effrayés et cherchèrent à apaisor la colère des rois; ils leur décrétèrent des statues et des honneurs, et prièrent qu'on voulût bien ne pas les forcer, malgré les traités, à se comporter en ennemis vis-à-vis de l'Egypte, ajoutant que cela ne profiterait à personne si leur commerce et leur prospérité étaient anéantis. Cette ambassade fut repoussée, avec menace d'un traitement encore plus dur ; en même temps Démétrios, avec toute sa flotte, les machines les plus puissantes et des troupes nombreuses, se mit en mer pour exécuter l'attaque dont il les avait menacés : bientôt furent rassemblés, dans le détroit qui sépare Rhodes du continent, 200 vaisseaux de guerre de toute grandeur, plus de 170 bâliments de transport, près de 1,000 corsaires, navires marchands et autres embarcations légères; la mer était couverte de navires qui se dirigeaient vers le port de Loryma, sur le continent en face de Tlle. Le courage des Rhodiens faiblit; ils se déclarèrent prêts à se soumettre à la volonté de Démétrios, et même à l'assister avec toutes leurs forces dans sa guerre contre Ptolémée. Mais lorsque Démétrios exigea qu'en témoignage de leur bonne volonté cent des principaux citoyens lui fussent livrés comme otages et que les ports de la ville s'ouvrissent à sa flotte, ils pensèrent qu'on avait le dessein de les réduire complètement en servitude, et que dès lors il valait mieux résister à outrance et défendre leur liberté jusqu'à la mort| plutôt que de se soumettre à des conditions aussi humiliantes. Ils se décidèrent donc à résister, et c'est avec la plus grande abnégation et une virile résolution qu'ils se préparèrent à lutter contre les forces supérieures de Démétrios *. La ville de Rhodes était située à l'angle nord-est de l'île de
*) Polyœnos rapporte (IV, 6, 16) qu'Antigone avait promis aux marchanda et marins rhodiens qui se trouvaient en Syrie, Phénicie, Pamphylie et autres lieux, de leur laisser la mer libre, pourvu qu'ils n'allassent pas à Rhodes.
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ce nom ; elle était bâtie en forme d'une demi-ellipse, dont le sommet était formé par les rochers de Tacropole qui dominait la ville : sur le flanc de cette montagne s'élevait le théâtre, d'où la vue s'étendait sur la ville entière avec ses ports et sur la mer. La ville elle-même, construite au temps de la guerre du Péloponnèse, était plus belle et plus régulière que la plupart des vieilles villes grecques*. Le port principal de la ville, notamment, était admirablement aménagé ; dans le golfe, autour duquel rayonnait la ville, s'avançaient deux môles, qui embrassaient un bassin de près de 600 pas de diamètre ; derrière ce grand havre se trouvait un port plus petit, avec une entrée plus étroite, destiné exclusivement à la flotte de guerre de l'État. Le long des quais du port s'étendait, faisant tout le tour de la ville, une muraille très solide et flanquée de tours nombreuses, en dehors de laquelle se trouvaient, au nord et au sud, d'importants faubourgs. Ces derniers durent être abandonnés, car, rien que pour défendre le port et la ville, toutes les ressources de l'Etat étaient nécessaires. Afin d'augmenter le nombre des défenseurs, on somma tous les citoyens domiciliés ou simplement présents de prendre les armes pour contribuer à la défense ; on expulsa toute la populace inutile et oisive, qui devait être très nombreuse dtms une ville maritime aussi active, de façon à ce qu'elle ne tombât pas à la charge des approvisionnements publics et à ce qu'elle ne profitât pas, pour le désordre ou latrahison, des conjonctures difficiles auxquelles on devait s'attendre. Après cela, on fit un recensement ; on trouva 6,000 citoyens et 1,000 étrangers apte^au service militaire : tout ce monde fut armé. On décida encore que les esclaves qui montreraient de la bravoure seraient rachetés aux frais de l'État et élevés à la dignité de citoyens de Rhodes ; que ceux qui tomberaient pour la défense seraient enterrés honorablement ; que leurs parents cl leurs enfants seraient entretenus, les filles dotées, et que les fils devenus adultes recevraient une armure complète au théâtre, le jour de la fête de
*) On trouve maintenant dans le Neuer Atlas von Hellas de H. Kiepert 1872 (pi. VIII) un plan de Rhodes meilleur que je ne pouvais le donner ici dans l édition précédente.