OL. cxvm, 3] siftoE de rhodes
palissade flottante, faîte avec des madriers longs de quatre pieds et poussée en avant des machines, devait protéger contre les ennemis les barques qui remorquaient celles-ci. Lorsque ces ouvrages furent presque terminés, on réunit un grand nombre de chaloupes, que Ton protégea par des ponts, avec dos écoutilles sur les côtés ; on y établit des catapultes légères, qui portaient à mille pas% avec leur personnel servant ot des archers crétois ; puis on les fit avancer contre les môles. Les catapultes commencèrent à opérer avec grand succës contre les Rhodiens occupés à surélever la muraille du port ; le port était en danger de tomber au pouvoir de Démé- Irios : aussitôt les Rhodiens amenèrent deux machines sur la digue du port et en installèrent trois autres sur des bâtiments de transport, avec beaucoup de catapultes et d'autres engins de trait, à Tentrée du petit port, pour rendre impossible toute tentative de débarquer sur les môles ou d'entrer dans le port ; en même temps, on arrangea sur différents navires des plates-formes d'artillerie, d'où Ton pouvait aussi tirer et lancer des projectiles*. C'est ainsi que, des deux côtés, les artilleprs tiraient de loin les uns contre les autres ; l'agitation des vagues empêchait Démé trios de faire partir ses grandes machines ; lorsqu'enfin le calme se rétablit, il aborda la nuit, sans être aperçu, à la pointe de la digue extérieure du port, éleva à la hâte un retranchement qui fut couvert autant que possible avec des fragments de rocher et des abattis de bois, et y plaça une garnison de 400 hommes, avec un grand matériel de projectiles de toute espèce ; il avait gagné de cette façon, k 250 pas du mur, un point solide qui rendait possible on même temps l'entrée dans le port. Le lendemain matin, les grandes machines, entourées de leurs défenses flottantes, pénétrèrent au son des trompettes, sans obstacle, dans le port; les chaloupes qui les précédaient firent, avec leurs petites catapultes, subir do grandes pertes aux travailleurs occupés
*) Ce sont les TpKTm'eajjux oÇuSéXt} dont Athénaeos (De machin, p. 3) dit :
*) Diodore (XX, 85) appelle ces instruments peXoercadci;. Kôchly et RCstow (p. 42i) en donnent, d'après Philon {De telor. conslr, p. 82), une description conforme à l'emploi indiqué ci-dessus.
à la muraillo du port, tandis que les grands engins des tours opéraient avec succès contre les machines ennemies et le mur qui fermait la digue du port, mur assez faible et peu élevé. Les Rhodiens opposèrent à cette attaque les plus grands efforts ; le jour se passa à lancer de part et d'autre une pluie de projectiles : enfin, à l'entrée de la nuit, Démétrios fit ramener ses machines en arrière, hors de la portée des traits. Les Rhodiens les suivirent sur de nombreuses chaloupes, arrangées en brûlots qu'ils allumèrent dès qu'ils crurent être assez près des machineS'; mais la palissade flottante couvrait ces dernières, et une grêle de projectiles força les Rhodiens à reculer : le feu gagnait autour de lui ; la plupart des chaloupes furent consumées ; un petit nombre seulement revinrent indemnes dans le petit port : l'équipage avait eu la plus grande peine à se sauver à la nage.
Démétrios continua ses attaques les jours suivants ; il fit en même temps donner des assauts du côté de la terre, afin de tenir les assiégés d'autant plus en haleine. Enfin, le treizième jour, au moyen de catapultes d'une grande puissance — elles lançaient des pierres d'un demi-quintal * — qui furent dirigées contre le mur dii port, il réussit à enfoncer les tours et le mur qui les séparait ; aussitôt quelques chaloupes débarquèrent des troupes, pour donner l'assaut à la brèche. Il s'engagea là un combat terrible ; de tous les côtés, les Rhodiens accourent pour défendre la brèche : grâce à leur supériorité momentanée, ils réussissent à tuer ou à précipiter en bas les assaillants ; les masses de rochers entassées devant la muraille redoublent la peine et le danger des ennemis^. Aussitôt que les assiégés ont reconquis la brèche, ils poursuivent les assaillants jusqu'à la plage, s'emparent des chaloupes de débarquement, arrachent les ornements et brûlent les coques. Tandis qu'ils
1) Totî TaXavTKx^otç 7C8Tpo66Xot; (DioD., XX, 87); Philon(p. 85) remarque à ce propos : 5; eati exçoSpoTaToc.
*) Athénœos {Demachin, 3) parle des énormes amas de pierres accumulés parles machines d'ApolIonios, qui surchargeaient les inôles; les wpoffgXtjTat xatot To TEîxo; de Philon (p. 99) répondent mieux aux blocs indiqués dans le texte. Du resle, Touvrage de Philon est rempli d'allusions au siège de Rhodes et se fonde en grande partie sur les expériences de ce siège.