‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 303 sur 457 · OL. cxyin, 4] siège de rhodes · texte numérisé non relu

OL. cxyin, 4] siège de rhodes

qu'il exécuta alors ; il avait réuni près de 30,000 ouvriers et surveillants : « Démétrios devint extrêmement redoutable aux Rhodiens, parce que, de cette façon, tout ce qu'il entreprenait s*exécutait avec une rapidité qui dépassait toute idée ; ce qui les effrayait, ce n'était pas seulement la grandeur des machines et le nombre des ouvriers réunis, mais encore et tout particulièrement l'esprit entreprenant du jeune roi et son habileté dans l'art des sièges; car lui-même il se distinguait par l'invention d'ouvrages nouveaux, et apportait toutes sortes de perfectionnements et d'innovations aux idées de ses ingénieurs^ ». Pour continuer le siège de la ville, il construisit surtout une nouvelle « hélépole », semblable à celle qui avait été employée devant Salamine, mais dans de plus grandes proportions. Sur une base carrée, de 50 coudées de côté, s'élevait un édifice en forme de tour d'une hauteur de près de 100 coudées ; sur trois faces, un revêtement de forte tôle de fer le protégeait contre le feu ; le front était percé d'ouvertures pour diverses espèces d'engins, protégées par des rideaux matelassés de laine pour arrêter les projectiles ; les neuf étages de la tour étaient reliés par deux larges escaliers dont l'un servait à monter, l'autre à descendre ; toute la construction reposait sur huit roues, dont les rais avaient deux coudées d'épaisseur et étaient recouverts d'une forte armure de fer ; elle était faite de façon qu'on pouvait la mouvoir dans toutes les directions : on choisit 3,400 hommes robustes, qui, placés les uns dans la machine même, les autres derrière elle, la mettaient en mouvement. Outre l'hélépole, on établit des tranchées couvertes, des tortues, les premières pour installer les béliers, les autres pour protéger les travaux de terrassement; les marins nivelèrent le terrain pour ces machines sur une largeur de 1,200 pas, de sorte que l'attaque proprement dite menaçait sept tours du mur et les courtines intermédiaires '.

*) DiODOR., XX, 92.

') Diodore (XX, 91) décrit avec une extrême précision ces machines, construites par Épimachos: Wesselino pense qu*il a puisé ses renseignements dans récrit de FAbdéritain Diociide (Athen., V, p. 206), mais j'en doute. On trouve des indications superficielles dans Plut., Demctr. 21. Athen., De machin, p. 7. Vitruv., X, 22, Amm. Marc, XXIII, 5 : ces aut'^urs sVcartent plus ou moins de Diodore sur la question des chilTres.

C'est avec épouvante que les Rhodiens voyaient s'élever ces gigantesques constructions. En qasque leur muraille succombât par Teffet de ces énormes ouvrages, ils commencèrent à en élever une seconde derrière la première ; h théâtre, les maisons voisines, quelques temples même furent démolis pour fournir les matériaux nécessaires. Ils armèrent en course neuf vaisseaux, pour enlever les navires qui amenaient à l'ennemi les matériaux, les munitions et les ouvriers. Parmi ces vaisseaux, les trois qui portaient le nom de « vaisseaux de garde » partirent sous Démophilos dans la direction du sud, vers Ttle de Carpathos, capturèrent plusieurs vaisseaux ennemis, les coulèrent à fond ou les incendièrent, et ramenèrent avec eux beaucoup de prisonniers et de vivres destinés à Démétrios. Trois autres vaisseaux, commandés par Ménédémos, se rendirent à Palara en Lycie, surprirent un vaisseau ennemi qui y était à l'ancre et le livrèrent aux flammes ; ils capturèrent d autres navires chargés de provisions pour le camp de Démétrios, de même qu'une quinquérème de Cilicie qui devait apporter à Démétrios, de la part de son épouse Phila, de la pourpre royale, des meubles précieux et des lettres : elle fut envoyée en don a Ptolémée* ; l'équipage et celui des autres vaisseaux fut rendu. Les autres trois vaisseaux rhodiens sous Amyntas croisèrent dans les eaux des îles, et capturèrent plusieurs navires qui devaient apporter dans le camp ennemi des matériaux de construction, des munitions de guerre et des hommes spéciaux pour la construction des machines. Les Rhodiens faisaient honneur de nouveau à leur vieille réputation de marins audacieux et habiles. Ils n'en étaient pas nioins des politiques réfléchis et modérés: lorsqu'on proposa dans l'assemblée du peuple de renverser les statues d'Antigone et de Démétrios, ils repoussèrent la proposition ; ils savaient bien que, mémo après avoir soutenu victorieusement le siège, ils auraient à vivre en rapports avec l'ennemi, et, si l'issue devait être malheureuse, il importait doublement de ne pas ofi'enser inutilement les rois ^.

*) DiODOR., ibid.f Plut., Demetr. 22.

') Comme pendant à cette histoire, on peut citer la façon dont Démétrios Iraila le peintre Protogène, Voici ce que racontent Pline (XXXV, 10, § 104),

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