‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 304 sur 457 · OL. cxviii, 4] siège de rhodes · texte numérisé non relu

OL. cxviii, 4] siège de rhodes

Au commencement du printemps, les travaux de siège de Démétrios étaient presque achevés ; pendant que les Rhodiens le croyaient occupé des travaux qu'ils voyaient de leurs yeux, il avait fait creuser une galerie de mine, qui s'était avancée déjà jusque sous la muraille : un déserteur trahit le secret aux Rhodiens. Ils creusèrent à côté de la partie de la muraille que la mine ennemie devait renverser un fossé profond, et de là ils ouvrirent une galerie de mine qui allait à la rencontre de celle des assiégeants : les mines se rencontrèrent ; on s'arrêta et on établit des deux côtés de forts postes d'observation. Les assiégeants essayèrent d'acheter par des sommes considérables le commandant du poste ennemi, Athénagoras de Milet (c'est sous ses ordres qu'étaient venus les auxiliaires égyptiens) : il se déclara prêt à la trahison; on convint du jour et de l'heure où Démétrios enverrait un de ses généraux dans la galerie et où Athénagoras l'introduirait de nuit dans la ville, en lui indiquant la place où il pourrait cacher une troupe de soldats. Enchanté de pouvoir. pénétrer si facilement dans la ville, Démétrios envoya à l'heure convenue le Macédonien Alexandre, un des amis, dans la mine : au moment où il sortait, les Rhodiens, qu' Athénagoras avait informé de ses conventions, s'emparèrent de lui et l'emmenèrent en prison: Athénagoras reçut une couronne et cinq talents de gratification. Après cette ruse déjouée de l'ennemi, les Rhodiens se sentirent animés d'un nouveau courage pour faire face aux dangers qui les menaçaient, et qui devaient être plus terribles qu'ils ne s'y attendaient.

Platarque (Demelv, 22. Apophth, [Denielr.]) et autres. Dans un faubourg de la ville sô trouvait le magniÛque tableau de Protogène, représentant lalysos avec son chien. Les Rhodiens firent prier Démétrios d'épargner celte peinture, et celui-ci répondit qu'il aimerait mieux détruire les statues de son père que ce tableau. En effet, pour épargner l'œuvre d'art, Démétrios s'abstint d'incendier le faubourg, bien que ce fût de ce côté que devait être donné l'assaut et que l'incendie lui eût été d'un grand secours. Protogène vivait alors dans son petit jardin du faubourg, au milieu du camp ennemi. Démétrios le fit venir devant lui, et lui demanda comment il se risquait à rester hors de la ville. « Je savais, dit le peintre, que Démétrios fait la guerre à la ville, et non pas à l'art » . A partir de ce moment, Démétrios l'alla voir souvent dans son atelier, où il peignait justement alors, au milieu du bruit des armes, son fameux Satyre au repos (Cf. Cic,, Verr. II, 4, 60. Gell., XV, 37, 3).

La construction des grandes machines et le nivellement du terrain étaient terminés : au milieu de la campagne nivelée s'élevait la tour de Thélépole ; sur chacun de ses deux côtés, quatre tortues i, auxquelles se rattachaient autant de galeries couvertes, qui assuraient les communications entre les machines et le camp ; plus loin étaient dressés deux énormes béliers, longs de 125 coudées, garnis de fer, en forme d'éperons de navires ; mille hommes devaient mettre en branle chacun d'eux ; Taffût, reposant sur des roues, était relativement facile à manier. Les machines étaient prêtes, Thélépole garnie à tous ses étages de catapultes et de balistes, des milliers d'hommes aux cordages pour mettre en mouvement le gigantesque édifice ; en même temps, les vaisseaux prenaient la mer pour attaquer le port, des troupes nombreuses entouraient la ville pour donner l'assaut partout où le terrain s'y prêterait. A un signal donné, les trompettes sonnèrent de la mer, des machines, de l'autre côté de la ville, et les troupes poussèrent le cri de guerre. Les machines s'avancèrent sans osciller vers les murailles et commencèrent leur redoutable besogne ; l'assaut fut donné par tous les côtés à la fois ; déjà des fragments de la muraille tombaient sous les coups de béliers. A ce moment parurent devant Démétrios des ambassadeurs des Gnidiens, le conjurant d'arrêter l'attaque et se chargeant de décider Içs Rhodiens à se soumettre dans la mesure du possible aux ordres du roi. Démétrios donna l'ordre d'arrêter l'attaque sur tous les points ; les ambassadeurs multiplièrent les allées et venues pour aboutir à une entente : ils ne réussirent pas. Aussitô,t recommença l'assaut et le travail des catapultes et des béliers; enfin la plus forte des tours, bâtie en énormes pierres de taille , s'écroula ainsi que le mur adjacent : une large brèche était ouverte, mais derrière elle se dressait déjà la nouvelle muraille, que les décombres de la brèche rendaient inattaquable. Démétrios fut obligé d'arrêter l'assaut.

Sur ces entrefaites, on aperçut une flotte égyptienne, compo-

*) Diodore (XX, 95, 1) les appelle xtùo^piBaz x^<^^>( '* ces abris étaient surtout destinés, par conséquent, à couvrir les travaux de retranchement et autres ouvrages.

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