HHODES APRÈS LA PAIX [III
C'est avec un légitime orgueil que les Rhodiens pouvaient se rappeler celte lutte heureuse contre la plus grande puissance, le plus grand héros de ce temps ; ils avaient fait preuve, pendant cette lutte, d'une constance et d'une plénitude d'énergie morale qui faisaient d'eux Tobjet de Tadmiration universelle. Non-seulement ils se relevèrent vite et bien au-delà de leur prospérité précédente ; non-seulement ils rétablirent leur ville, leur théâtre, leurs murs, dans une situation plus belle qu'auparavant, mais encore, à partir de ce moment, ils se placèrent au rang des grands États, rang qu^ils surent conserver par une politique sage et réservée. Tout à la joie de la paix qu'ils venaient de conquérir, ils témoignèrent leur reconnaissance et rendirent honneur à ceux qui les avaient servis: aux esclaves, qui avaient pris les armes pour la défense de la ville, ils accordèrent la liberté promise ; les citoyens qui s'étaient distingués au service de la patrie, ils les comblèrent de dons et de privilèges honorifiques ; ils érigèrent des statues AUX rois Cassandre et Lysimaque, ainsi qu'à d'autres qui avaient rendu des services à la ville. Pour le roi d'Egypte, le bienfaiteur de la ville, on chercha à lui donner des marques de la plus profonde gratitude; on envoya des théores à l'oracle d'Ammon pour demander s'il était permis de vénérer Ptolémée comme un dieu: la réponse fut favorable, et les Rhodiens lui donnèrent l'un des surnoms de Zcus, celui de Sauveur (2(â)Ti^p)*; ils chantèrent des péans en son honneur* et lui vouèrent un bois sacré, dont les quatre côtés étaient enfermés par des portiques de 300 pas de longueur*.
Pour la cause d'Antigone, cette issue de l'expédition do Rhodes ne fut pas une défaite moindre que ne l'avait été, deux années auparavant, la retraite' d'Egypte ; on avait pour la seconde fois la preuve que le vieux roi, qui visait à être seul maître de tout l'empire d'Alexandre, n'était pas en état de
>) Pausan., I, 8. Plusieurs auteurs (ap. Arrian., VI, 11, 15) dérivaient ce surnom d'une autre origine. Ils prétendaient que Ptolémée avait protégé Alexandre lors de Tassaut donné à la ville des Malliens ; mais Ptolémée n'assistait même pas à cet assaut (Cf. Hist, d'Alexandre, p. 582, 1).
«) Athen., XV, p. 696 sqq.
') DiODOR., XX, 100. Meursius, Rhodus, I, 12.