ATHÈNES
réaliser son désir : sa force sur le continent avait été brisée en Egypte ; Rhodes lui coûtait Tespoir de la domination des mers, et déjà il courait le danger de se voir arracher aussi la Grèce. Cassandre assiégeait Athènes.
Il faut ici revenir de quelques années en arrière afin de rapporter ce qui s'était passé en Europe pendant les guerres de Cvpre, d'Egypte et de Rhodes.
Lorsque Démétrios quitta Athènes, au commencement de 306, pour faire voile sur Cyprc, non seulement la démocratie athénienne était rétablie et la restauration de la puissance maritime de TAttique inaugurée, mais encore les adversaires de Cassandre se remuaient partout; les Épirotes rétablissaient leur indépendance en rappelant de Texil le jeune Pyrrhos pour en faire leur roi, ce qui donnait un'bentre au mouvement anti-macédonien depuis Leucade et TÉtôlie jusqu'à ApoUonie au delà des monts Acrocérauniens, et, dans la direction du continent, jusqu'aux Illyriens de Glaudas. Cassandre 'aurait été en grand danger si, comme il devait s'y attendre, Démétrios l'avait assailli au printemps de 306. Mais, au lieu de cela, ce dernier se dirigea vers l'Orient avec sa flotte, et le mouvement en Grèce fut livré à lui-même.
La démocratie restaurée d'Athènes, délivrée désormais de son trop puissant protecteur, commença à laisser agir ses ferments propres. Il y avait là des hommes qui croyaient qu'il était possible de relever encore une fois un peuple tombé si bas, de rappeler à la vie la politique et la puissance des temps meilleurs, et de procurer à la république, quelque petite qu'elle fût, une certaine importance, un certain prestige à côté des royaumes du Nord et de l'Orient. A la tète de ce parti était Démocharès, le fils de la sœur de Démosthène, un homme d'un caractère élevé, doué de talent oratoire et animé d'un zèle ardent pour la liberté * ; du temps du Phalérien, il avait
') Ce qui est particulièrement intéressant, c'est le décret rendu en son honneur sur la proposition de son fils Lâchés (Plut., VU, X OratL), document qui ofTre, il est vrai, une singulière analogie de style avec celui de Démocliarès en Thonneur de Démosthène (Plut., iôtd.). Il faut lire aussi le chapitre où Polybe (XII, 13) prend contre Timée la défense de Démocharès. Ce que l'on dit de son non tara histonco quam oratorio génère confirme Topi-
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dédaigné toute situation officielle ; quelque décidée qu'eût été alors son opposition contre Toligarchie, il désapprouvait maintenant avec autant d'énergie et sans plus de ménagements les rapports de la nouvelle démocratie avec le roi Démétrios ; il s'agissait, d'après lui, de garder son indépendance à l'égard de toute puissance extérieure, et l'ambitieux libéralisme du jeune roi n'était pas moins dangereux à ses yeux que les tendances oligarchiques de l'influence macédonienne. En face de lui, nous voyons non pas tant un parti obéissant à des principes opposés que des individualités de plus ou moins de talent, pour lesquelles la politique d'Athènes n'était qu'une occasion de se montrer serviables aux royaux protecteurs d'Athènes afin d'obtenir de leur faveur des récompenses, des dons, un accroissement d'influence*; ce sont, si l'on veut, les serviles. Le plus important d'entre eux était Stratoclès, fils d»'£uthydémos, qui s'agitait depuis plus de quarante ans déjà dans la vie publique' sans avoir réussi à gagner une grande influence ; il n'avait paru au premier plan qu'un instant, lors des procès suscités par l'affaire d'Harpale ; ses inventions exubérantes, quand il s'était agi des honneurs à rendre au roi Démétrios, avaient fait de lui l'organe du peuple pendant la présence du roi. Certes ce n'était ni un caractère bien honnête, ni un homme de talent comme autrefois Eschine ou Démade ; et, si ce que nous savons de ses mœurs répondait à sa politique, c'était un Athénien de l'espèce ordinaire d'alors, cupide, tirant vanité de son influence, frivole, un hâbleur'.
nion émise ci-dessus à l'égard de sa politique. Une ou deux anecdoles, que Ton raconte à propos de lui, montrent tout au moins quelle idée on se faisait à Athènes de son caractère.
') C'est à bon droit que le chef de ce parti appelait son métier la c moisson d'or » (xb xpw<»o^v Olpo;. Plut., Reip. ger, prœc.2).
*) Déjà Démosthène, dans son discours contre Pantœnetos (§ 48), le caractérise en ces terme^ : tû iciOavcoTccTu) icavrcov âvOpcoiccDv xa\ icovy)poTaT<i>. Polysnos (IV, 2, 2) raconte qu*il se comporta vaillamment comme stratège, mais avec une certaine forfanterie, à la bataille de Chéronée.
') Grauert, Anal. p. 331. Il vivait dans la débauche, et entretenait cher' lui Thétaïre Phylacion. Comme, un jour, celle-ci rapportait du marché « des cervelles et des collets » de mouton, il lui dit : k Eh I tu as acheté là des choses avec lesquelles, nous autres politiques, nous jouons comme à la balle » (Plut., Demetr. 12).