‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 310 sur 457 · LA LOI DE SOPHOCLE · texte numérisé non relu

LA LOI DE SOPHOCLE

Un fait qui caractérise la situation d'Ântigone et de Démé-

Irios à regard de la mémoire d'Aleicandre, c'est que» tout de suite après la restauration de la liberté» S tratoclës proposa en Thonneur de Torateur Lycurgue un décret dans lequel il louait expressément sa résistance contre Alexandre ^ ; c'était une manière de voir à laquelle le parti patriotique de Démocharès ne refusa certainement pas son assentiment. Il y a un deuxième décret, d*une plus haute importance, qui fut proposé vers la même époque V par Sophocle, fils d'AnticIide. Ce décret disait que personne ne pourrait ouvrir une école philosophique sans l'autorisation du Conseil et du peuple, et que la transgression de cet ordre serait punie de mort ^ Quelque étrange que paraisse cette loi à première vue, elle avait sa raison d'être. Presque aucun de ces philosophes enseignants n'était Athénien de naissance; les plus considérables d'entre eux ne se montraient pas seulement, dans leur doctrine et dans leurs allures, ennemis de la démocratie, mais encore ils avaient des rapports étroits avec Démétrios de Phalèrc exilé et avec Cassandre. Théophraste, le partisan le plus décidé de Cassandre, avait près da2, 000 disciples, qui conformaient sans doute leurs opinions politiques à celles du maître ; de l'école platonicienne étaient sortis beaucoup d'hommes qui arrivèrent, ou aspirèrent pour le moins, à la tyrannie * ; c'était une idée courante que, pour être philosophe, il fallait voir dans la démocratie une idée surannée et dans la royauté le véritable principe du temps. Il était donc de l'intérêt de la démocratie actuelle

») Plut., Vit.X Oralt.^, 852.

*) KbOger (ad Clinton, Fast. AH, p. 181) met cette loi en 316: Grauert {Anal, p. 335) fait obser\'er qu'elle tomberait alors sous le gouvernement de Démétrios de Phalène, et que a Tami de Théophraste et de tous les philosophes n'aurait certainement pas consenti à leur expulsion. Démocharès s'est aussi, durant le régime oligarchique, tenu complètement en dehors des affaires publiques. Donc, comme la loi date du temps d'un Démétrios, c'est qu'il s'agit du fils d'Antigone, et si Démocharès a été banni en 302, c'est que la loi a été portée entre 307 et 302, peu de temps après la délivrance d'Athènes ».

') DiOG. Laert., V, 38. Athen., XIII, p. 610. Pollux, IX, 42.

*) Démocharès (ap. Athen., XI, p. 509) en cite quelques-uns, entre autres, Timée de Cyzique, qui, après une tentative inutile faite contre la ville par le satrape Arrhidîeos et avec l'aide de ce dernier, essaya de s'emparer de la tyrannie, mais fut mis ensuite en jugement et condamné.

472 l-A LOI DE SOPHOCLE [IH, 4

d'empêcher le libre enseignement et la propagation d'idées en face desquelles le droit formel de la « majorité » ne se sentait pas précisément en sûreté. On fit valoir probablement que cette restriction de la liberté d'enseignement était dans les idées du roi Démétrios*. Ce décret, appuyé certainement par Démocharès, vraisemblablement aussi par Stratoclès et son parti, fut accepté par le peuple ; Théophrasle dut quitter Athènes, et sans doute d'autres philosophes encore. Cependant cette loi ne dura pas plus d'une année ; Philon *, un péripatéticien, accusa Sophocle « de proposition de loi illégale ». Qu'il parlât dans l'intérêt de l'école à laquelle il appartenait et dans celui de soji maître exilé, que d'autres aient eu la conviction que Démétrios et Antigone se souciaient peu des doctrines enseignées dans les gymnases ou sous les portiques d'Athènes, toujours est-il que Démocharès ne triompha pas dans sa défense de la loi' ; Sophocle fut condamné à une amende de cinq talents et la loi abrogée.

La loi de Sophocle et son défenseur Démocharès se trouvent encore mieux justifiés si l'on songe que, lorsqu'elle fut rendue, Athènes était en guerre ouverte avec Cassandre. Nos renseignements sur cette guerre présentent |de grandes^ lacunes^: un décret rendu par le peuple athénien en l'honneur de

>) Alexis (ap. Athen., XIII, p. 610) disait:

Que les dieux comblent de biens Démétrios

Et les nomothètes, parce que, ces gens qui donnent à U Jeunesse

La puissance de la parole, comme ils disent.

Ils les ont eniroyés paître hors de l'Attiquc.

En général, les comiques du temps ont pris une part plus active qu'on ne croit d'ordinaire aux événements du jour et aux querelles des partis, d'une façon tout autre, il est vrai, que la comédie d'Aristophane. Ainsi, Philippide était du parti de Démocharès ; Archédicos était des amis de Stratoclès.

*) Athbn., ibid. D'autre l'appellent Philion ou Phillion.

5) Athen., V, p. 187. 215. XI, p. 508. XIII, p. 610. Euseb., Praep. evang. XV, 2. Dioo. Laert. V, 38.

*) Dans le décret en l'honneur de Démocharès (ap. Plut., Vit, X Oratt,), il est question d'une guerre de quatre années. Tout récemment encore, Schubert (Hermès, X, p. 110 sqq.), comme d'autres critiques avant lui, l'a crue identique avec celle-ci, qui va de 307 à 303. Après avoir examiné à nouveau la question je persiste à trouver plus vraisemblable la date plus récente que j'ai essayé d'établir autrefois (Zei^icAr. fur Alterlh. 1836, n* 20), surtout pour cette raison que la présente guerre n'a été ni pour Athènes, ni pour Démétrios et Antigone, une guerre de quatre ans. Avec les matériaux actueU

Page 1