OL. (jcix, 2] sandracottos
La situation de llnde, telle qu'elle avait été réglée par Alexandre, ne se maintint que pendant les premières années qui suivirent sa mort : dès 318, le roi Porus dans le Pandjab était assassiné par Eudémos, et celui-ci était venu en Perso pour combattre en faveur de la maison royale ; après la victoire d'Antigoneen316, il tomba dans les mains du vainqueur et fut mis à mort, sans qu'un satrape fût envoyé dans llnde à sa place. C'est sans doute dans ce temps et en l'absence des forces macédonniennes que s'opérèrent les divers changements par lesquels llnde fut séparée pour toujours de l'empire.
Alexandre avait déjà entendu parler d'un grand royaume aux bords du Gange ; là régnait sur le pays des Prasiens, dans sa capitale Pàlibothra, le puissant roi Nanda, qui descendait par son père de la race divine de Kiûschna, mais qui était né d'une mère de la caste inférieure*. Lorsqu'il fut informé de l'approche d'Alexandre, il envoya au camp macédonien sur l'Hyphase, avec une ambassade, Tschandragypta, qui était son fils, d'après une de nos sources, un de ses capitaines, d'après l'autre : là le jeune homme vit le héros de l'Occident et sa puissante armée ; il comprit parfaitement que la volte-face d'Alexandre était le salut du pays des Prasiens : il eût été facile, disait-il plus tard, aux armées de l'Occident de faire la conquête de la région du Gange, grâce à la haine qu'excitait le roi par son incapacité et sa naissance impure ^ Après la mort de Nanda, il y eut entre compétiteurs au pouvoir une série de luttes au cours desquelles ce Tschandragypta ou Sandracottos, comme il est appelé par les Grecs, conquit enfin le royaume paternel avec des secours indiens et javaniques^ c'està-dire macédoniens'. La m/rt de Porus dans le Pandjab et l'absence d'Eudémos lui donnèrent sans doute l'occasion d'étendre sa domination au-delà de l'Hésudros et jusqu'à l'Indus ;
^) Fuit hic hwnili génère natus^ sed ad regni potestatem majestate numi" nis impiUsm ; quippe cum procacitate sua Nandrum [excellente correction de GuTSCHMiDT {Rhein, Mus. XII, p. 261) pour Alexandrum] regem o/fendisset^ interfici a rege jussus salutem pedum celeritate quaBsierat (Justin., XV, 4, 15.)
-) 3tQi |jioxOiQptav xai ôufjysveiav (Plut., Alex, 62).
^) On trouve maintenant dans Lasskn (Ind. AUerth, IP, p, 208 sqq.) l'exposé détaillé des diverses traditions.
492 SÉLEUCOS ET SANDRACOTTOS [III, O
dans le temps oii Séleucos fondait sa souveraineté à Babylone, il avait déjà eu raison des Macédoniens laissés dans les régions de rindus *. De nouvelles guerres de princes indiens contre Sandracotlos semblent avoir déterminé Séleucos à faire une expédition dans llnde, avec espérance de regagner les pays conquis par Alexandre : d'après quelques indications, il se serait avancé jusqu'à Palibothra ; en tous cas, des relations hindoues parlent de Javaniens qui auraient combattu sous les murs de cette ville*. Néanmoins les détails de cette expédition restent complètement obscurs. Elle aboutit à une paix entre Séleucos et Sandracottos, dans laquelle le premier non seulement confirmait au roi indien la possession du Pandjab, mais lui cédait encore les provinces orientales de la Gédrosie et de TArachosie, ainsi que le pays des Paropamisades, qu'Oxyartès possédait encore en Tannée 316^ : il reçut de lui, en retour, §00 éléphants de guerre et conclut avec lui un pacte d'amitié cimenté par un mariage*. Aussi, dans la suite, les deux rois restèrent-ils en bonne intelligence : Sandracottos envoya souvent des présents à Babylone*^, et Mégasthène, qui vivait dans l'entourage du satrape Sibyrtios d'Arachosie, alla«ouvent à la cour du roi hindou, en qualité d'ambassadeur de Séleucos®.
Quand Séleucos entreprit-il cette expédition ? Est-ce parce que les complications de l'Occident l'y forcèrent, qu'il conclut
*) Adguisito regno ex tempestate, qua Seleucus futurœ ' magnUudinis fondamenta jaciehatf Indiam possidebat; et quelques lignes plus haut : qtœ (India) post mortem Alexandn veluli ca^icibus jugo sei^vitutis excusso praefectos ejus occiderat; auctor libertatis Sandracottus fuerat, sed titulum libertatis post victoriam in servitutem verlerat (Justin., ibid,).
*) Lassen, De pentap.f p. 61. C*estlà, il est vrai, un renseignement tiré du drame de Moudra Bakschasa (ap. Maurice, p. 22), qui, suivant Lassen (Ind. Alterth.f II, *, p. 211), n'a été composé que vers Tan 1000 après J.-C. On verra dans le troisième volume de cet ouvrage (p, 76) pourquoi, en dépit des objections de Benfey, approuvées par Lassen (ibid., p. 217), je persiste à croire que Séleucos a pénétré jusqu'au bassin du Gange. Cf. Plin. ^ Hist. Nat., VI, 17.
«) Strab., XV, p. 724.
*) çtXtavaOx^ xa\ x^ôoç ouvéOeto (AppiAN., Syr. 55). — <Jvv6é{«voç tniYafitav (Strab., loc. cU.),
*) Arrian., Ind. 4. Plin., loc. cit,
*) Athen., I, 18. Arrian., V, 6, 2.