‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 353 sur 457 · OL. cxix, 4] agathocle a corcyrë · texte numérisé non relu

OL. cxix, 4] agathocle a corcyrë

rieure nous montre le roi Cassandre occupé à des entreprises dans une tout autre direction. Depuis que Pyrrhos avait été chassé par les Molosses et que Néoptolémos était devenu leur roi (304), il avait en Épire une influence prépondérante * ; il se jeta sur Tile voisine, Corcyre, que Démétrios avait arrachée en 303 à l'aventurier Spartiate Cléonymos et qu'il avait, selon toute apparence, proclamée libre. Comme Démétrios était trop loin et l'avait peut-être abandonnée, elle aura demandé des secours en Sicile au puissant roi Agathocle*; hardi et ambitieux comme il Tétait, celui-ci saisit sans doute avec empressement l'occasion de se mêler des affaires grecques. Déjà Cassandre avait passé son infanterie sur de nombreux navires et tenait la ville si étroitement fnvestie par terre et par mer, qu'elle semblait devoir se rendre à bref délai. Alors arriva Agathocle, qui se jeta aussitôt avec son escadre sur la flotte macédonienne : un combat extrêmement vif s'engagea ; il s'agissait pour les Macédoniens de sauver leurs navires, sans lesquels Cassandre aurait été perdu avec son armée ; les Syracusains combattaient pour la gloire de vaincre, sous les yeux de l'Hellade, les Macédoniens vainqueurs de l'univers. Enfin les Syracusains reijiportèrent la victoire, et tous les vaisseaux macédoniens furent livrés aux flammes. Si, à ce moment, Agathocle avait fait débarquer ses troupes et les avait fait marcher tout de suite contre les Macédoniens, il les aurait trouvés dans le plus grand désordre et les aurait vaincus au premier choc ; il se contenta de faire descendre ses troupes sur le rivage et d'élever des trophées de victoire'. Il est probable qu'il y eut des négociations et que Ton accorda la retraite libre aux Macédoniens, à condition que Corcyre res-

«) Dans TEusèbe arménien (I, p. 242 éd. Schœne), il est dit au «îhapilre des Thetaliorum reges : qucm Kasandrus excipit imperalque Epiro et Thêtaliis annis XIX.

2) Si l'on pouvait attribuer aux digressions historiques que Ton rencontre dans les Moralîa de Plutarque ia valeur de témoignages sûrs, on croirait plutôt (d'après un passage du De sera niiminis vindicta, 12) qu Agathocle est venu en ennemi. Plutarque rapporte, en eflet, une réponse insolente du Sicéliote aux Corcyréens, qui se plaignaient des dévastations commises par lui dans leur île, et une réponse non moins dégagée aux gens d'Ithaque, qui réclamaient leurs moutons volés.

3) Djodor., XXI (Ecl, II, p. 489 et Eœc. Vatic. p. 43).

532 DÉMÉÏRIOS EN PHÉNICIK [IV, 1

terait désormais sous la domination d'Agalhocle \ Ce dernier fut rappelé lui-même par les affaires de son pays.

Noire récit doit sauter d'un point à un autre pour trouver peut-être encore quelques traces d'une histoire suivie. Nous établissons en note la possibilité d'un rapport entre le Lagide et l'expédition d'Agathocle à Corcyrc, car nous n'avons làdessus aucun renseignement certain '. Une autre notice, qui se rapporte à quelques années après, dit que Démétrios détruisit la ville de Samàrie ^. Ptolémée avait certainement gardé aussi longtemps que possible Samarie, dont 'Alexandre avait déjà fait un poste militaire important et qui avait été occupée par des vétérans macédoniens ; si Démétrios a conquis cette ville, il est probable qu'il avait pris aussi Gaza, et possédait par conséquent toute la Cœlé-Syrie avec la Phénicie. Il avait enlevé ces territoires à Ptolémée et non à Séleucos, qui

*) Polyacnos (V, 3, 6) raconte qu'Agathocle s'était fait donner parles Syra-

CUSains 2000 hommes, w; ôi(x6/)96(t£voç elc ttiv Ooivixyjv, 9S(<rxb>v tûv ixeX tiv«; irpoôiSovTa; fiexà ffirouÔTi; «ytov xaXetv, mais qu'ensuite il avait abandonné cette expédition et marché sur Tauroménion. Polyaenos a l'air de croire qu'il s'agit de la Phénicie, mais il est clair que ce n'était pas là le but visé; ce n'est pas non plus, semble-t-il, l'île liparienne de Phœnicoussa,'mais la ville épirote de Phœnice, en face de Corcyre.

*) Agathocle était marié avec une princesse égyptienne, Théoxena (Thexena, Theuxena, etc.), qui paraît bien être mie belle-fiile de Ptolémée, c'est-à-dire, une fille de Bérénice. Théoxena ayant duos parvulos vers 288 (Justin., XXIII, 2, 6), le mariage ne peut avoir eu lieu plus tard que l'époque actuelle. Évidemment, l'intérêt du Lagide était de ne pas laisser la Macédoine devenir trop puissante sous Cassandre. Comme le dernier traité ^e paix avait accordé à ce dernier un pouvoir illimité sur l'HelIade, on peut bien supposer que Ptolémée conclut cette alliance avec Agathocle en y stipulant, par clause secrète, que l'Egypte verrait d'un bon œil Agathocle occuper Corcyre. On ne trouve pas d'autre époque acceptable pour le mariage en question: deux ans plus tard, l'intérêt de l'Egypte était déjà représenté par Pyrrhos d'Épire ; si l'on veut remonter plus haut, par exemple, avant la bataille d'Ipsos, on a contre soi non seulement ces parvuli^ mais surtout le fait que l'attaque dirigée centre Corcyre est la première ingérence d'Agathocle dans les affaires de la Grèce.

•'} EisEB. Armen , p. lis éd. Schœne : Demetrius rex Asianorum Polioi*cetes appellalus SamarUanorum urhem a Perdicca constructam (ou incolis frequantatam) totam cepit (Mai traduit : vastat, Syncelle donne iirépOyjfjE). Cette indication se trouve dans l'Eusèbe arménien à l'année d'Abraham 172G; dans S. Jérôme, à l'année 1721, l'une et l'autre correspondant à 01. CXXI, 1, de sorte qu'on ne sait au juste si le fait a eu lieu en l'an 297 ou 296 du calendrier julien.

Page 1