OL. CXIX, 1] PYRRHOS OTAGE EN EGYPTE
avait déi^Iaré à TÉgyptien qu'il réservait à un autre moment la solution de la question de Cœlé-Syrie. Séleucos aura été enchanté de voir Démétrios la reprendre et la trancher ; de cette manière, le Lagide avait dans son voisinage un adversaire qui le forçait à renoncer h demander satisfaction pour les traités conclus après Ipsos, et, d'un autre côté, les forces du Lagide étaient suffisantes pour tenir Démélrios en haleine et fidèle à Talliance de son voisin de Syrie. La situation de Séleucos gagnait en force et en influence prépondérante à mesure que les deux adversaires se contre-balançaient et se paralysaient réciproquement par une rivalité croissante. Mais le Lagide devait être doublement affligé en constatant combien sa situation était mauvaise s'il ne possédait ni Cypre ni les villes phéniciennes; même le florissant commerce d'Alexandrie, duquel dépendait la prospérité du pays du Nil, devait souffrir beaucoup si l'audacieux Démétrios, le tyran des mers, lui était hostile.
On nous apprend que, par l'entremise de Séleucos, les deux rois conclurent un traité de paix et d'amitié, et que, pour le sceller, Ptolémaïs, fille de Ptolémée, fut fiancée à Démétrios*. On nous dit encore que Pyrrhos, qui tenait les places fortes de THellade à lui confiées par Démélrios, « s'embarqua comme otage pour l'Egypte ' ». Il faut donc que, dans le traité, il y ait eu des conditions pour lesquelles Démétrios donna des otages à l'Égyptien ; si c'est lui et non Ptolémée qui. les fournit, nous pouvons en conclure, semble-t-il, que Démétrios avait en main quelque gage qu'il s'obligeait à abandonner dans certaines conjonctures ou dans un certain délai. On pourrait penser à la Cœlé-Syrie, à la Phénicie, à Cypre ; en tout cas, pour le moment, Démétrios était et restait en possession de ces importants territoires.
') Plut., Demetr. 22. La mère de cette Ptolémaïs est Eurydice, fille d'Antipater, qui avait été fiancée à Ptolémée en 321 ; Ptolémaïs est, par conséquent, la nièce de Cassandre. Use peut, comme le mariage n'a eu lieu, à ce qu'il semble, que quelques années plus tard, qu'elle ait été encore trop jeune à l'époque.
«) irpbç nto).c{tatov îficXevxjev et; AiVuircov ôtt/jp£v<ja>v (Plut., Pyrrh, i). On
verra plus lard que ceci eut lieu quelques années avant 295.
S34 SÉLEUCOS ET DÉMÉTBTOS [IV, \
La situation de Démétrios ne pouvait pas être devenue précisément plus forte à la suite de cette paix qui ouvrait la possibilité d'un changement dans ses possessions territoriales sur ces rivages. Nos renseignements nous permettent seulement de constater que Séleucos sut aussitôt peser sur ce point faible, et qu'il commença à relâcher ses rapports avec Démétrios. U lui demanda de lui céder la Cilicie contre une somme d'argent proportionnée ; Démétrios s'y refusa, et on le comprend : en effet, la possession des côtes depuis les promontoires ciliciens jusqu'à Gaza, et celle de Cypre, cette sorte d*acropole maritime derrière elles, était aussi favorable que possible à sa domination sur mer. Séleucos lui fit une seconde proposition , celle de lui vendre au moins Tyr et Sidon : il lui avait rendu de si grands services qu'il pouvait bien attendre de lui ce témoignage d'amitié; sans lui et l'alliance de famille procurée par lui, il aurait été perdu après la défaite d'Ipsos ; s'il n'y consentait pas, il retirerait de lui sa main protectrice. Démétrios était encore moins disposé à céder sur ce point : dût-il perdre mille batailles comme celle d'Ipsos, il ne voulait pas payer du moindre sacrifice son alliance avec Séleucos; ce qu'il possédait, il le garderait ; céder une possession lui paraissait plus humiliant que de la perdre. Il renforça les garnisons des villes. Si nous pouvons admettre]comme probante l'affirmation de Plutarque, on regardait généralement les exigences de Séleucos comme extrêmement injustes et violentes : Séleucos possédait déjà assez de territoires, et voilà qu'il s'apprêtait, lui qui régnait de la mer de Syrie jusqu'à l'Indus, à persécuter pour la possession de deux villes ce Démétrios, son parent par alliance, déjà si cruellement frappé par le destin '. Démétrios s'était-il obligé peut-être, dans sa paix avec le Lagide, par des articles tenus secrets pour Séleucos, à ne se démettre de ses possessions sur ces rivages, dans le cas où il y renoncerait, qu'en faveur de l'Egypte ? Sa pensée était-elle peut-être de ne rien céder sur ce point, bien plus, de profiter de la possession de ces territoires, les mieux pourvus qu'il y eût en forces maritimes, pour conquérir par mer les autres côtes de l'Asie-
*) itpb; ÔpyV soixei pîaio; £Îv«t xai ostvi Tioteîv (Plut., Dcmclr, 33).