‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 357 sur 457 · S38 MORT DE CASSANDRE [IV · texte numérisé non relu

S38 MORT DE CASSANDRE [IV

cerne la mort de Cassandre. Il mourut en 297 d'une maladie de consomption. Il n'avait pas cessé d'êlre hostile à la liberté d'Athènes, et sa liaison avec Lacharës ne devait lui servir qu'à remettre la ville sous le joug de la Macédoine, dans les conditions qu'elle avait déjà suhies. Il eut pour successeur le fils qu'il avait eu de Thessalonice, Philippe, prince maladif, qui pouvait avoir dix-huit ans * . Philippe maintint les relations que son père avait nouées avec Athènes, et, dans les circonstances critiques où Ton était, Démocharès lui-même ne pouvait dédaigner une assistance qui ne venait plus d'un despote redouté ; il faisait partie de l'ambassade que les Athéniens envoyèrent au roi. On raconte que le jeune roi la reçut avec bienveillance et demanda aux députés ce qu'il pouvait faire pour être agréable aux Athéniens, à quoi Démocharès aurait répondu : « qu'il se fît pendre ». Le jeune Philippe aurait alors apaisé les assistants, qui témoignaient hautement leur mécontentement^ en leur disant de laisser aller impuni ce Thersite. Quant aux autres ambassadeurs, il leur aurait recommandé de dire à leur retour aux Athéniens qu'il y avait plus d'orgueil à parler ainsi qu'à écouter une telle injure sans se fâcher *. Philippe paraît néanmoins avoir fait un mouvement en faveur des Athéniens, non pour leur complaire, mais parce que les succès de Démétrios étaient un grand danger pour la Macédoine. Il marcha sur Élatée, où il pouvait espérer trouver, maintenant qu'il apparaissait comme

^} Pausan., IX, 7, 3. Thessalonice, une fille du roi Philippe, avait été mariée à Cassandre en 316. D'après le calcul de C. MOller {Fr. Hist. Grsec, III, p. 705), Cassandre est mort en juillet 297. Pour des raisons que Ton trouvera dans Y Appendice du troisième volume, cet événement me paraît devoir être placé dans les premiers mois de l'année 297. Avec les matériaux que nous avons, il est impossible de préciser davantage.

*) Senec, De irttf III, 23. Sénèque confond ce Philippe avec le père d'Alexandre, qu'il identifie, par une nouvelle méprise, avec le père d'Antigone. Il rapporte qu'on appelait Démocharès le « parrhésiaste », ob nimiam et procacem linguam. Si suspecte que puisse être l'anecdote, on est en droit, d'accepter la situation qu'elle indique, tout aussi bien qu^on le fait avec les centaines d'anecdotes analogues racontées par Plutarque, Diogène, Athénée et autres. Le fait que Démocharès parut ainsi en qualité d'ambassadeur à la cour du jeune roi Philippe, c'est-à-dire, dans la première moitié de l'an 297, justifie ce qui a été dit plus haut (p. 536. 4).

297 r OL. cxx, 3] antipater roi de macédoine 539

le défenseur des Grecs contre Démétrios, un meilleur accueil que son père trois ans auparavant. Mais la phthisie l'emporta après un règne de quatre mois*. La royauté passa à son frère Antipater.

Cependant le roi Démétrios, avec une flotte renforcée, avait paru dans les eaux attiques: il réussit à prendre Égine; Salamine elle-même, qui depuis 318 était séparée d'Athènes, tomba en son pouvoir. Démocharès fut envoyé de nouveau au dehors ; il conclut avec les Béotiens un traité de paix et d'alliance, et les entraîna à la lutte contre Démétrios'. Il se rendit auprès du roi Antipater et reçut de lui 20 talents qu'il apporta au démos à Eleusis ^

C'est peut-être au moment où il était absent et où le peuple d'Athènes, jeunes et vieux, était dans la campagne d'Eleusis, que Lacharès commença à exécuter son plan criminel. Nous sommes à peu près sans renseignements sur les détails ; nous savons seulement qu'il chassa Démocharès de la viHe*, et qu'il fit voter une loi qui punissait de mort quiconque parlerait de

*) Pausan., IX, 7, 3. EusEB. Armen., I, p. 246 éd. Schœne (dans le catalogue des Thetaliorum reges). Sur d'autres données, qui ne s'accordent pas avec la suite de la chronologie, voy. C. MCller (Fr. Hisl, Grœc, III, p. 705).

*) On lit dans le décret en l'honneur de Démocharès, où l'ordre chronologique n'est pas précisément observé : xa\ oxvp(i><Ta{iiva> ttiv niXiv lizi toO TETpalTOu; icoXé(iLOv xa\ eipi^vyjv xa\ àyo^oL^ xa\ av(i(iiax(a(v icotY)9a{iilv(i> iipbç Boko- Toù;, àvô' wv l^imat^ uirb tôv xaiTaXuffâvTwv tôv Ôrijiov. Par conséquent, les

Béotiens devaient, comme les Thébains peu de temps avant la bataille de Chéronée, être en état d'hostilité contre Athènes et du parti de Démétrios, tandis que Thèhes penchait probablement plutôt du côté de la Macédoine.

') Il est dit, dans le décret pour Démocharès : xa\ 'EXevxjivaÔe xo(A«rQt(Aév(i) T<j) ir^\iM xa\ TotOTa iwtffovTi iXMoLi tbv o7){iiov xa\ «pàÇav-n xat çuyivrt. Immédiatement avant, il est question des présents que Démocharès a obtenus pour Athènes de la part de Lysimaque et de Ptolémée, de sorte que le «etaavTt âXIaôai ne se rapporte pas simplement au cadeau d'Antipater.

*) Le décret porte : àvÔ' wv eÛit8«v vwb tôv xaTaXvxjavrwv TOV Ôyjiiov. Le àvO J)v vient immédiatement après le passage où il est dit que Démocharès a conclu la symmachie avec les Béotiens : cette alliance n'a donc pas été le seul motif, mais Toccasion prochaine de l'accusation contre Démocharès. Vu l'insuffisance des renseignements, il est impossible de se faire une idée bien nette de toute la conduite de Démocharès dans cette guerre. Nous devons en croire le témoignage de Polybe, quand il assure que Démocharès a été en tout temps et foncièrement un républicain loyal : ce qu'on peut dire de mieux en sa faveur, c'est qu'il s'est laissé duper par Lacharès.

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