‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 358 sur 457 · LACHARÈS TYRAN D* ATHÈNES [IV · texte numérisé non relu

LACHARÈS TYRAN D* ATHÈNES [IV

faire la paix ou un compromis avec Démétrîos*. Pouvait-on par hasard s'attendre à pareille chose de la part de Démocharës et de son parti? En tout cas, Lacharès avait do son côté la masse de la population, qui devait depuis longtemps trouver les fatigues de la lutte trop pénibles et désirer être sauvée atout prix par la Macédoine ; le temps du « tyran » DémétriQs de Phalëre était resté dans la mémoire de la populace comme un bon souvenir. Lacharès mit fin à la démocratie existante, avant que le roi Démétrios ne vînt la restaurer à sa façon ; il agissait dans rintérèt des puissances qui avaient à craindre les progrès de Démétrios ; il était à la solde de la Macédoine et de la Thrace, dont les intérêts communs n'avaient fait que s^unir d'une manière plus étroite par le mariage du jeune roi Antipater avec Eurydice, la fille de Lysimaque*.

Lacharès est rangé par les écrivains de Tantiquité parmi les plus odieux tyrans : ils Taccusent d'avoir été, plus que tous les autres, cruel envers les hommes, impie envers les dieux ' ; ils le comparent à Denys de Syracuse et le montrent, comme celui-ci, exerçant le pouvoir en forcené, appréhendant constamment la trahison et l'assassinat ^ Son régime augmenta les souffrances de la ville pressée par Tennemi, au point qu'il y eut contre lui des conspirations et des émeutes, qui, du reste, n'eurent pas de succès. Cependant Démétrios avait pris pied solidement sur le territoire de l'Attique; il s'était emparé d'Eleusis au sud et de Rhamnonte sur la côte orientale ; de là il dévastait le territoire de la ville '. Comptant sur l'opinion hostile au tyran, il envoya de Salamine au Piréo des hommes de confiance, pour inviter les habitants à tenir prêtes des armes

*) Plut., Demetr. 34.

») EusEB. Armen., I, 38, p. 171. Justin., XVI, 2.

') Pausan., I, 25. On verra plus loin que Tarchonte Nicias, inscrit dans le catalogue de Denys à 01, CXXI, 1, n'est entré en fonctions qu'au printemps de 295, et que Denys cite Antiphate comme archonte de Tannée précédente : par conséquent, la tyrannie de Lacharès ne peut s'être établie qu'après l'entrée en charge d'Antiphate (01. CXX, 4), c'est-à-dire après juillet 297. On ne saurait préciser davantage et dire si ce fut plusieurs mois après, ou seulement au printemps de 296.

*) Plut., non posse suaviter, 6.

^) Pausan., 1,25,7.

296/3: ôL. cxxi, l] démétrios assiège athènes 541

pour mille hommes, et leur dire qu'il allait venir afin de combattre pour eux; telle était la haine qu'inspirait Lacharès, que ceux du Pirée acceptèrent cette proposition et que Démétrios devint maître du port*. Il commença alors le blocus effectif de la ville ; un navire qui apportait du blé à Athènes fut saisi, et Ton pendit le propriétaire et le pilote. Cette sévérité détourna tous les capitaines de navires de tenter d'aborder à Athènes, aussi les provisions commençaient-elles à s'épuiser; une mesure de sel coûtait 40 drachmes; pour un talent, on avait à peine vingt boisseaux de blé ; la détresse était à son comble ; on mangeait de Therbe, des racines, des insectes ; on raconte qu'un père fut presque assommé par son fils pour la possession d'un rat mort». Lacharès lui-même enleva dans ce temps la parure d'or de la Pallas de Phidias et les boucliers d'or de l'architrave du Parthénon ', et néanmoins il était forcé de se contenter pour sa propre table de misérables baies sauvages*. Enfin les Athéniens virent de l'Acropole apparaître près d'Égine une flotte de ISO voiles que Ptolémée envoyait à leur secours. Mais déjà Démétrios avait reçu des renforts de Cypre et de Péloponnèse ; aussitôt que ses 300 vaisseaux se montrèrent sur la mer, la flotte égyptienne, le dernier espoir des Athéniens, s'éloigna ^

*) PoLY^N., ly, 7, 5, Il n'est guère possible d'interpréter autrement ce passage. L'auteur insinue que Démétrios trompa les gens du Pirée; mais c'est là, ce semble, une finesse inventée après coup: ol jilv iti<rc6^<javTf;

*) Plut., Demelr. 34,

«) Pausan., I, 25, 7 : 29, 16. Plut., De Isid. et Osir. p. 379.

*) Ce détail est fourni par le comique Démétrios (ap. Athen., IX, p. 405).

*) Plut., Demetr, 34. Dans la liste d'archontes dressée par Denys (De Dinarch. 9), les noms énumérés après Euctèmon — que nous pouvons placer en 299/8 (01. CXX, 2) — sont : Mnésidémos, Antiphate, Nicias, Nicostratos, Olympiodoros, Philippos, ce dernier en 01. CXXII, 1. On trouve dans les inscriptions un archonte Nicias (C. I. Attic, II, n*» 299) désigné par la formule l'Ki Nix{ou apxovToc yarepov, tandis qu'un autre Nicias (C. I. Attic, II, n* 316), à une date postérieure (probablement 01. CXXIV, 4), est nommé avec la mention ItCi Nixîou àpxovTo; *OTpuvé<oç. On voit par Plutarque (ihid,) — et l'inscription citée plus loin (p. 542, 2) confirme son dire, — que Lacharès, une fois tyran, n'avait pas fait comme jadis les Pisistratides; au lieu de conserver la constitution démocratique, il avait supprimé formellement la démocratie. Comme l'inscription n" 299 est datée du 16 Munychion, du septième

342 FIITE DE LACHARÈS [IV, 1

Lacharès désespéra de pouvoir tenir plus longtemps et résolut de chercher son salut dans la fuite: habillé en paysan, le visage couvert de suie et portant sur le dos une charge de fumier, il se glissa par une des portes de Tenceinte de la ville, se jeta ensuite sur un cheval et partit au galop, les poches pleines de dariques. Des cavaliers de la cavalerie légère de Démétrios furent bientôt à ses trousses : le fugitif jeta quelques pièces d'or, et les cavaliers descendirent de cheval pour les ramasser; grâce à ce jeu, qu'il renouvela plusieurs fois, Lacharès réussit à passer la frontière de Béotie*.

Aussitôt que le tyran fut parti, les Athéniens, en proie à une misère indescriptible, se hâtèrent d'envoyer à Démétrios des ambassadeurs pour se rendre à discrétion, bien qu'ils n'eussent sans doute que peu à espérer de lui*. Démétrios fit son entrée dans la ville, et ordonna au peuple de se rassembler au théâtre ; il fit entourer la scène de ses troupes, puis il monta lui-même

jour de la quatrième prytanie, nous sommes forcés d'en conclure que, durant la majeure partie de cette année 296/5 (01. CXXI, 4), il n*y a pas eu de prytanie, par conséquent, pas de séance du Conseil des Six- Cents. Que Lacharès ait établi un régime oligarchique ou qu'il ait été un despote militaire, toujours est-il qu'à la fin, sous la double pression du siège fait par Démétrios et de la disette dans la ville, il a dû se produire contre lui un mouvement devant lequel il a pris la fuite, peut-être un mouvement dirigé par le stratège Phœdros, car il est dit de ce personnage, dans un décret honorifique (C. 1. Attic, II, n*331): xai gn\ Nixfov» ^pxovto; orpaTYiYo; ^f^o ToO 67i(JLOu ^eipoTOVYiOei; liti xt,v icapaoxcurjv ôi; Ttavrwv wv 7cpoaî;x£v eirejieXi^Ot) xaXfi>c xai çiXoTiitwç. Si ces conjectures sont exactes, la chute de Lacharès a eu lieu au printemps de 295. Pour plus amples détails, voy. l'Appendice.

») PoLYiEN., III, 7, i. Polyœnos emploie ici l'expression étrange de Aapeixoù; xP^^^^z» Pausanias (I, 26, 5) assure que Lacharès emporta jusqu'au manteau d or de la Vierge. Cf. Ad. Michaelis, Parthenon, p. 44.

^} Le décret honorifique inséré au C. I. Attic, II, n« 300 montre que *Hp6Sa>poç 4»[...] xY]voc a rendu de grands services, dans l'entourage de Démétrios, en poussant à la conclusion de la paix : àitojçai'vouffi Ôe aytbv xa^ [ol TcpedCeîç o\] i:£|iç6évTe; vnàp xyj; e[ipTQVYj; npo; xo]y poLuCkia Atijiiinfpiov <j[uva- YU)vî<jea]t Tû Si^jjifa) eî; to <rvvTÎeX£«T6Tjvat Tf,v] xe çtXt'av ttjv 7rp6c fbv [pa(n)£a Atj- {AT^tpiov] xa\ oicu); à; 6 ôi^|Aof; àiraXXayeirj to]0 icoXIpiou ty;/ xotxi^f^lv* *«^ xo|Aiaotjiéjvoc To à<rru ÔYjiioxparjîav ^•/oi àTcoXaSJdiv. Ce décret est daté del'archontat de Nicostratos, 5 Élaphébolion, vers la fin de mars 294 : par conséquent, il est certain que Nicostratos a été archonte immédiatement après Nicias.

') Plutarque {Demelr, 34) dit: ôiaisep q\ Tpayw5o\ Sià twv àvw i:api6wv. 11 rapporte le fait immédiatement après la fuite de Lacharès. Pausanias, au contraire, (I, 25, 7) : t6t6 irapauTixa [kixk ttiv Aa/âpouc çvyriv oux anUtaxi «çioi tbv Iletpaiôt, xat vorepov icoXé|io) xpatr,9a; i^yayty* U aùtb çpoupàv to aorv

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