OL. cxxiy 2] démétrios roi de MACÉDOiriE ÙS
certainement, le roi Alexandre avait été tué par ses ordres, mais le soin de sa propre sécurité Tavait obligé à cet acte; s'il était venu, c'est qu'il avait été appelé par lo jeune roi à son secours; au lieu de reconnaissance, c'est la mort qu'on -lui destinait; à Dion déjà, Alexandre avait conspiré contre sa vie; à Larissa, s'il avait hésité un jour déplus, sa mort devenait inévitable ; le meurtre et la trahison sont choses familières dans la maison de Cassandre. Fallait-il des preuves ? Antipater n'avait-il pas déjà persécuté et outragé la race chérie de Philippe et d'Alexandre? N'était-ce pas lui qui, par son fils lollàs, avait fait présenter la coupe empoisonnée au grand roi? Cassandre n'est-il pas l'assassin d'Olympias, de Roxane, de l'enfant royal qu'elle avait mis au monde? De son mariage odieux avec la dernière héritière de la maison royale était né Antipater, le meurtrier de sa mère : est-ce donc cet homme-là qu'ils voulaient avoir pour roi ? C'est dans son père Antigone et en lui-même que la famille d'Alexandre avait toujours trouvé les défenseurs l(?s plus fidèles; lui, Démétrios, avait à punir les crimes d' Antipater et de Cassandre sur ses fils, afin que la Macédoine ne gémit pas plus longtemps sous le joug d'une famille qui lui avait enlevé son honneur, sa gloire, son grand roi ; les mânes d'Alexandre et de Philippe ne trouveront de repos que quand ils verront la maison des assassins exterminée et leur royaume passer aux mains de leur vengeur*. Telles sont les paroles et autres semblables que le roi dut adresser aux Macédoniens : le fait de les avoir épargnés après de tels événements et de proclamer maintenant une amnistie générale décida de leurs voix : ils proclamèrent Démétrios roi de Macédoine, et l'accompagnèrent en cette qualité dans son nouveau royaume. Si Antipaler était déjà rentré dans sa part du royaume, il dut certainement s'enfuir de nouveau chez Lysimaque pour lui demander du secours*. Tout le pays se prononce pour le roi Démétrios. 11 est reçu partout avec sympathie; personne ne veut prendre le parti du
*) Justin., XVI, I. Plularque a un mot étranfre: ou îi«x?î)v î^!r;T£v tjxw 2) Justin., XVI, 2, 4.
o;)6 DÉMÉTRIOS ROT DE MACÉDOINE [IV, 1
parricide : avec le roi Démétrios et son jeune fils Anligone, Tenfant de la renommée princesse Phila qui déjà se distingue dans l'armée de son père *, on espère enfin des jours plus heureu-x pour la Macédoine.
C'est ainsi que Démétrios était devenu roi de Macédoine': sans doute il avait perdu toutes les possessions asiatiques qu'il avait sauvées après la chute du grand empire de son père ; Salamine de Cypre avait fini elle-même par succomber ; son épouse et ses enfants étaient prisonniers de Ptolémée ; mais il était le maître de la Macédoine et de la Grèce, et il possédait une puissance plus considérable que celle qui avait permis jadis à Alexandre de tenter la conquête du monde. Déjà, par une amnistie plénière en faveur des partisans de Cassandre et de ses fiis, il avait commencé à acquérir une popularité que son amabilité personnelle, la gloire qu'il avait acquise, l'orgueil militaire des Macédoniens Uatté par la grandeur de ses plans, arriveront facilement à agrandir et à consolider ; plus la Macédoine avait dû se trouver abaissée parla domination de trois enfants, plus elle était fière maintenant de pouvoir se relever sous le sceptre du héros de Cypre et de Rhodes, du roi auquel son père avait transmis des droits glorieux à l'empire unifié d'Alexandre. Car ce n'est rien moins que ce but que désormais Démétrios va poursuivre de toutes ses forces ; déjà son esprit aventureux s'abandonne aux plus audacieuses espérances.
Mais, pour le moment, il faut convenir qu'il avait encore en Europe assez d'afi'aires pressantes. Pyrrhos avait en sa possession une bonne partie de TOccident macédonien. Antipater s'était réfugié auprès de Lysimaque, qu'il ne cessait de solliciter de lui rendre son héritage paternel, et Démétrios avait des motifs d'être soucieux en songeant à ce roi de la Thrace
^) Plut., Demelr.y 37.
*) Porphyre (ap. Euseb. I, p. 232 éd Schœne) donne aux trois fils de Cassandre 'éxt^ xploL xa\ iiîjvx; ç' : la liste des Thetaliorum Reges, au contraire, attribue à Philippe 4 mois, à Antipater et à Alexandre 2 ans et 6 mois de règne. Le travail de ces chronographes n'a pas assez de précision pour qu'on puisse fonder là-dessus des distinctions entre les destinées de laThessalie et celles de la Macédoine. Pour plus amples détails, voy. Tarticle sur les Chronographes dans VAppendir^p du tome HT,