OL. cxxT, 1] PAIX entre LYSiMAQirE et les gètes
conduire tes années, en dépit de leur naturel, dans des contrées où ils sont incapables de passer les nuits à la belle étoile et dont ils ne peuvent supporter les frimas et les bourrasques nocturnes? Lysimaque répondit : « Je ne connaissais pas les intempéries de votre pays et le danger d'une telle guerre ; mais maintenant, je te dois une reconnaissance éternelle et jo serai Ion fidèle allié : si tu le veux, emmène chez toi, comme fiancée, la plus belle de mes filles, afin qu'il y ait entre toi et moi un témoignage durable de notre alliance ». C'est ainsi qu'ils firent un pacte de paix et d'amitié. Lysimaque restitua au roi des Gètes les territoires qu'il lui avait enlevés : le Danube devait former la limite de leurs empires. Dromichaetès embrassa le roi, attacha le diadème à son front, et le renvoya dans sa patrie avec tous ses amis comblés de ses dons*.
C'est ainsi que Lysimaque et ce qui le touchait de plus près fut sauvé, mais pour le moment, au point de vue militaire, il ne comptait plus; même s'il lui fut permis de racheter par une rançon ses troupes prisonnières, ce qui n'est guère vraisemblable d'après certaines indications du récit ci-dessus, il fallait néanmoins beaucoup de temps pour qu'une armée aussi éprouvée fût reformée. Lysimaque n'aurait pas pu défendre son royaume contre Tinvasion de Démélrios; il n'aurait pu le repousser, si un mouvement sur l0s derrières de la Macédoine ne fût venu à son secours au moment opportun.
Les Béotiens, qui venaient de se faire pardonner un soulèvement, se révoltèrent de nouveau : les excitations du dehors ne devaient pas être étrangères à ce mouvement, car nous voyons aussitôt après Pyrrhos, le fidèle 'allié du Lagide, se mettre en marche avec une armée; pour le Lagide, en effet, il était du plus haut intérêt de sauver le royaume de Thrace menacé par Démétrios.
A la nouvelle de la défection des Béotiens, Démétrios renonça à son expédition en Thrace, ce qu'il fit d'autant plus volontiers qu'il apprit en ce moment le retour de Lysimaque ;
*) DioDOR., XXI, 12. Strab., VII, p. 302. Memnon op. Phot., V, 1. Pausanias (I, 9, 7) dit que, suivant les uns, Agathoclès seul, suivant les autres, Lysimaque seul avait été fait prisonnier.
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il traversa en toute hâte la Thessalie. Arrivé en Béolie, il trouva les Béotiens déjà mis à la raison par son fils Antigone ; Thèbes seule tenait encore, et Démétrios prit aussitôt ses dispositions pour faire le siège de cette ville forte.
Cependant Pyrrhos avait envahi la Thessalie; il s'était avancé déjà jusqu'aux Thermopyles.Jl fallait à tout prix sauver les Thermopyles. Démétrios laissa son fils devant Thèbes, et se dirigea en toute hâte avec la plus grande partie de son armée vers le défilé; Pyrrhos l'évita et se retira. Laissant alors 10,000 hommes d'infanterie et 1,000 cavaliers pour couvrir la Thessalie, Démétrios retourna en Béolie pour continuer le siège de Thèbes: la ville fut étroitement investie, une hélépole construite; cette machine de siège était si énorme qu'en deux mois on put à peine la faire avancer de 600 pas. Les Béotiens se défendirent avec une bravoure extrême, et les assiégeants subirent d'autant plus de pertes que Démétrios faisait trop souvent engager le combat ou donner un assaut sans aucun motif, par caprice ou par impatience. Un jour que beaucoup de soldats étaient encore tombés dans un combat inutile, Antigone osa faire à son père des représentations sur ce parti pris de sacrifier aussi inutilement de braves troupes. Démétrios, dit-on, lui répondit: « De quoi t'inquiètes-tu? Estu obligé de fournir encore le pain et la solde aux morts ? » 11 s'exposait lui-même au danger avec une folle témérité ; à l'assaut, il était souvent l'un des premiers ; dans une de ces occasions, une flèche lui fit au cou une blessure qui mit sa vie en danger. Le siège semble avoir traîné en longueur; mais enfin la ville fut obligée de se rendre, et les Thébains s'attendaient de la part du vainqueur à une sévérité extrême; ils se souvenaient de ce mot d'un sage : « Cassandre a rebâti Thèbes pour un second Alexandre ». Si Démétrios, contre toute attente, se montra clément, l'honneur en revient à Antigone, qui représentait les sentiments plus doux et plus modérés d*un temps nouveau. Le père se contenta de la condamnation à mort de dix ou treize citoyens, et de l'exil de ceux des autres qui étaient les plus coupables* ; il rendit à la ville sa constitn-
«) Put., Demetr. 39. iO. Diodor., XXf, 14.