OL. cxxiT, 3] projets de démétrïos
bineSf la fille du brigand Bardylis, celle du Péonien Audoléon * ; qu'elle avait quitté la cour de Pyrrhos et se trouvait à Corcyre, rîle qu'elle avait apportée en dot: elle invitait Démélrios, Tami de son père, à y venir pour célébrer son mariage avec elle.
Quelles grandes perspectives lui ouvraient ces relations! Puisqu'il voyait les Grecs de TAsie-Mineure sous la puissance de Lysimaque, ceux de Libye sous le joug de Ptolémée, quoi de plus naturel que de vouloir, à ses possessions, c'est-à-dire à la Macédoine et à la Grèce proprement dite, ajouter celles des Grecs d'Italie et de Sicile, pour exécuter enfin contre les Carthaginois en Occident les projets de guerre auxquels Alexandre avait déjà pensé'? Des conquêtes de ce côté étaient peut-être plus faciles et certainement non moins glorieuses qu'une lutte en Orient, lutte pour laquelle, du reste, elles pouvaient lui donner des ressources plus puissantes. Démé trios avait déjà noué des relations avec le peuple romain, dont la puissance commençait à s'étendre en Italie. Ces relations pouvaient lui être utiles au moment voulu; il avait renvoyé des corsaires romains qu'il avait capturés dans les eaux helléniques, se fondant sur « la parenté des Romains et des Grecs* ». Ses forces militaires lui faisaient de la guerre une nécessité, car son armée permanente était, par son importance, hors de proportion avec l'étendue du territoire qui lui appartenait; il avait besoin d'une guerre pour la nourrir, l'occuper, assurer sa cohésion, pour débarrasser enfin son pays de la soldatesque orgueilleuse et violente qui en était le fléau.
C'est avec ces pensées et ces espérances que Démétrios dut commencer la guerre de l'année 289. Si une expédition en Occident devait être tentée, il fallait avant tout que la Macé.
*) Plutarque (Pyrrh. 10) dit : taî; pap«apoic Yuvailtv, c'est-à-dire les deux déjà nommées. La fille du prince de Pèonie doit être une sœur de TAriston dont il sera question ci-après. Il paraît impossible que le père de Bircenna soit le même Bardylis qui avait déjà 90 ans quand il combattait contre Philippe (Lucian., Macrob. 10). Ne serait-ce pas un petit-fils de Bardylis, fils et successeur du prince Clitos, qui se serait appelé également Bardylis ?
') C'est pour cette expédition en particulier que Démétrios paraît avoir projeté le percement de l'isthme de Corinthe (Strab., I,p.54. Plin., IV, 4 § 10).
') D'après Strabon (V, p. 232), qui associe ensuite d'une façon bizarre à cet incident la mention du temple dédié aux Dioscures sur le Forum.
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doino eût la sécurité de ce côté : Pyrrhos avait encore en sa possession des territoires macédoniens; il était allié aux Étoliens, dont les armes étaient dominantes jusqu'au versant oriental du Parnasse. C'est contre ces deux ennemis que fut dirigée d'abord la guerre, qui eut sans doute pour prétexte le barrage des « Trois- Voies » delphiques de lapartdesÉtoliens, Démétrios envahit leur pays et le dévasta* ; comme autrefois, les Étoliens durent se réfugier avec femmes et enfants dans la montagne. Pour achever leur soumission, une partie do l'armée resta dans le pays sous les ordres de Pantauchos, le stratège éprouvé* qui unissait aune force physique peu commune une grande habileté, la plus brillante bravoure personnelle et la superbe confiance en lui-même d'un vieux soldat. Comme Pyrrhos, ainsi qu'il s'y attendait, accourait au secours de ses alliés, Démélrios marcha au devant de lui avec la plus grande partie de son armée, en dirigeant sa marche de manière à rendre impossible à ses adversaires de se prêter le concours qu'ils attendaient l'un de l'autre. Les deux rois se manquèrent; pendant que Démétrios parcourt TÉpire, en la dévastant et la pillant, puis, sans s'occuper de la direction prise par son adversaire, passe à Corcyre où il célèbre ses noces avec Lanassa, Pyrrhos s'avance en Étolie. Il rencontre les avantpostes de Pantauchos : les deux armées se rangent en bataille et le combat s'engage. Pantauchos cherche le roi; il l'appelle en combat singulier, et Pyrrhos, qui ne le cède à personne en force et en témérité, court à travers la mêlée sanglante au devant du gigantesque Pantauchos. Ils combattent avec leurs lances, qui bientôt volent en éclats, puis ils s'attaquent avec Tépée courte; ils luttent corps à corps avec une adresse qui n'a d'égale que leur acharnement. Pantauchos blesse le roi à la main, Pyrrh,os blesse son ennemi à la hanche; leur fureur ne fait que s'accroître : enfin le général tombe frappé au cou ; les
*) c<rrpaT6u<j£v èit' AItwXouç (Plut., Demetr. 41). C'est en cette circonstance qu'il faudrait placer la dévastation de TÉtolie par Démétrios, dont parle Strabon (X, p. 451) si la leçon du cod, Medk, 2 (IloXiopxYîToO au lieu de AiTbiXixoO) avait sa raison d'être ; mais laVulgate est probablement plusexacte.
*) Arrien {Ind, 18) cite parmi les triérarques de la flotte de Tlndus Pantauchos, fils de Nicolaos d'Aloros; il est possible que ce soit précisément le personnage en question.