IMPOPULARITÉ DE DÉMÉTRIOS [IV
tous ceux qui n'appartenaient pas à sa cour, et même les personnes de sa cour ne s'approchaient qu'avec les formes du plus strict cérémonial ; les suppliants éleûent rarement admis, et, s'il se décidait enfin à les recevoir, il se montrait dur, orgueilleux et despotique; une ambassade athénienne attendit à sa cour pendant deux ans avant d'être admise, et, de tous les Hellènes, c'étaient encore les Athéniens qui étaient les plus privilégiés*. Autrefois les Macédoniens, le peuple' comme la noblesse, étaient habitués à vivre en rapports familiers avec leurs rois, à leur parler et à discuter librement avec eift ; maintenant il leur fallait s'habituer à voir Démélrios entouré d'un essaim servile de courtisans, se livrant à la débauche et fantasque comme un Sardanapale; ils le voyaient mépriser, blesser, rejeter leurs traditions, leurs droits, tout ce qui leur était cher. Un jour qu'il sortait à cheval, avec un air plus affable que de coutume, et que beaucoup de gens s'empressaient autour de lui, pour lui présenter des requêtes, il prit les suppliques et ordonna aux solliciteurs de le suivre ; puis, arrivant au pont de TAxios, il jeta toutes les pétitions dans le fleuve*. II semblait braver k dessein les mauvais sentiments qui avaient déjà pénétré bien avant dans le cœur de son peuple : on se rappelait le roi Philippe, qui prêtait amicalement l'oreille à toutes les prières ; on vantait le bonheur des Épirotes, qui avaient pour roi un véritable héros ; même le temps de Cassandre passait pour un temps heureux auprès de l'insolent gouvernement de Démélrios. Le sentiment devint de plus enplusgénéral que cela ne pouvait pas durer longtemps ainsi, que le trône national n'était pas fait pour un despote asiatique, et qu'il ne fallait qu'une occasion pour que la domination de Démélrios fût brisée.
C'est alors qu'il tomba malade : il était à Pella cloué sur son lit de souffrances. Cette nouvelle décida Pyrrhos à envahir la Macédoine*, ne fût-ce que pour la mettre au pillage; mais,
*) ScHORN {Geschichte Ginechenlands, p. 20) a raison de conjecturer que, si Démélrios tenait ainsi l'ambassade à distance, c'est qu'il ne voulait ni renier ni tenir une promesse importante faite par lui, la promesse de délivrer Athènes de sa garnison.
*) Plut., Demetr. 42.
2) Plutarque (Pyrrh. 10), faisant allusion à la victoire remportée sur Pantauchos, dit : ollyta ôè ûfftepov... êvéSaXc.