LE ROYAUME DE LYSIMAQUE [IV
était, par son alliance avec les Gètes, les Scythes, les villes grecques de la côte scythique, assez puissante pour conserver son autonomie ; la guerre entreprise contre les Gëtes en 291 avait même pu mettre pour un instant en question l'existence du royaume, et, à Tissue de cette guerre, la puissance de Lysimaque était considérablement affaiblie. Des conditions semblables ne pouvaient pas contribuer à la consolidation des nouvelles conquêtes en Asie, d'autant moins que celles-ci, remplies de nombreuses et antiques cités helléniques et liées à la Grèce par des rapports étroits, devaient opposer au nouveau régime monarchique des difficultés infiniment plus grandes que la Syrie ou TÉgypte. Lysimaque, lui aussi, fondait des villes, ou, pour parler plus exactement, dépouillait d'antiques cités de leurs noms et de leur constitution, pour s'assurer leur possession par une nouvelle organisation municipale ; ainsi, Éphèsc particulièrement, qui avait conservé le plus longtemps ses relations avec Démétrios, fut réunie aux cités de Colophon et de Lébédos, rapprochée de la mer et nommée du nom de la reine Arsinoé ; un conseil non élu, et avec lui des magistrats appelés épiclètes^ prirent la place de l'ancienne démocratie. Il est très vraisemblable qu'on établit des constitutions municipales de ce genre dans les cités helléniques et les nouvelles villes de l'Asic-Mineure, partout où ce fut possible. Nous avons mentionné plus haut que les dynastes de Bithynie inaugurèrent en 298/7 une ère particulière *, sans doute en prenant le titre de rois, ce qui permet de croire qu'ils avaient agrandi leur territoire ; le royaume du Pont, qui inaugure également cette même année une ère particulière, ne profita sans doute pas moins de la faiblesse du royaume de Thrace. Quant à Héraclée sur le Pont, on raconte que la reine Amastris, qui avait gardé des relations étroites avec Lysimaque, fut assassinée par ses deux fils Cléarchos et Oxathrès ; c'était une sorte de rupture avec Lysimaque.
Telle était à peu près la situation vers l'année 288, dans le temps où se répandit la nouvelle des immenses préparatifs de Démétrios de Macédoine. Ces armements menaçaient
*) Voy. ci-desBus, p. 561.