S92 DERNIÈRES LUTTES DE DÉMÉTRIOS [FV
qu'il lui permette au moins de passer l'hiver dans ces régions avec ses troupes ; il n'avait sans doute pas l'intention de le chasser de la sorte, en cette misère extrême, nu et dépouillé de tout, et de le livrer à ses ennemis. Séleucos poussa la condescendance jusqu'à lui faire offrir d'aller prendre pour deux mois ses quartiers d'hiver en Cataonie, à condition qu'il enverrait comme otages les principaux de ses amis ; en même temps, il fit occuper fortement les passages qui conduisent en Syrie : quant à Agathoclès, qui, dans sa poursuite, avait franchi les frontières du royaume, il l'invita, maintenant que Démétrios était en son pouvoir, à s'en retourner, promettant de s'appliquer à écarter tout danger ultérieur. De son côté, Démétrios se sentait encore trop fort pour consentir à toutes les conditions de Séleucos ; il ne pouvait pas supporter la pensée de se soumettre formellement. La nécessité le força à des déprédations ; il fit des courses d'une folle témérité ; son courage, l'excitation sauvage de cette lutte dernière et désespérée, le rendaient redoutable, lui et ses bandes; partout où il rencontrait de petits coi'ps de troupes ennemies, ces derniers étaient vaincus et massacrés ; bientôt il osa s'en prendre à des corps plus nombreux. Séleucos envoya ses chars à faux : ils furent repoussés et mis en déroute. Démétrios pénétra jusqu'aux passages qui conduisent en Syrie, battit les postes qui les gardaient et se rendit maître de la route stratégique qui mène en Orient. Alors ses espérances grandirent : il occupait les environs d'Issos; ses troupes étaient pleines de courage et prêtes à toutes les audaces ; il espéra pouvoir gagner une bataille ; son étoile semblait l'avoir sauvé encore une fois. Séleucos voyait avec inquiétude la tournure que prenait cette lutte étrange : il regretta d'avoir renvoyé Agathoclès; seul, il n'osait combattre Démétrios, dont il craignait avec raison le bonheur, le courage et le talent militaire*
Encore une fois, la fortune avait souri au royal aventurier pour le perdre d'autant plus sûrement. Épuisé par les efforts inouïs des derniers mois, Démétrios tomba très dangereusement malade; en ce moment même où chaque jour avait son importance, où chaque heure pouvait devenir décisive, il resta quarante jours dans son lit. Tout fut paralysé; le dé-