‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 398 sur 457 · LYSIMAQUE CONTRE PYRRHOS [IV · texte numérisé non relu

LYSIMAQUE CONTRE PYRRHOS [IV

C'était pour Séleucos un avantage inappréciable que d'avoir Démétrios en sa puissance ; non seulement il avait réduit à rinaction Tennemi que seul peut-être il avait encore à craindre, mais, ce qui devait lui paraître infiniment plus important, il avait à sa disposition le plus violent adversaire de Lysimaque. Il y avait déjà, en effet, entre les cours de Lysimachia et d'Antioche une tension qui tenait à bien des causes : depuis le départ de Démétrios, les affaires en Europe avaient pris un cours qui, en élevant extraordinairement la puissance de Lysimaque, pouvait exciter de graves appréhensions.

En dépit de la paix jurée avec Démétrios, Pyrrhos, poussé par Lysimaque et voulant gagner par des conquêtes rattachement dés Macédoniens, avait excité la Thessalie à la défection et attaqué plusieurs villes dans lesquelles se trouvaient encore des gai'nisons de Démétrios et d'Antigone*, de sorte qu'il ny restait guère plus à Antigone que la ville forte de Démétriade. La convention que le Molosse violait ainsi sans scrupule avait amèrement trompé les espérances des Athéniens, qui comptaient rentrer en possession de Munychic et du Pirée ainsi que du Musée ; ils ne s'attachèrent qu'avec plus de force à Lysimaque, qui leur faisait les plus belles promesses*. Lysimaque ne travaillait pas avec moins d'ardeur à aliéner à Pyrrhos le cœur des Macédoniens; le roi Audoléon de Péonie tenait pour lui ; les luttes de son fils Agathoclès accroissaient sa puissance en Asie-Mineure, et il avait fait poursuivre Démétrios

et, à la (Ittte tle 284 i^a. Al>r. 1733;, S. Jérôme met en note; bemelrius As/a? semel ipsiim Seleuco traiiidit. Pour lui, cette année correspond à 01. CXXIV, 1; pour Eusèbe, à 01. CXXIV, 2: par conséquent, ce n'est pas Tannée olympique qu'ils ont trouvée dans leurs sources. Il parait impossible de s'arrêter à une solution définitive. Clinton (Fiist, UelL II, 242) et C. Miller (Fr. Hist. Gi'œCy III, p. 706) placent la capture de Démétrios en janvier 286; elle doit à tout le moins avoir eu lieu quelques mois plus tard, attendu que les deux mois d'hivernage offerts par Séleucos mènent déjà les choses, à eux seuls, jusqu'en mars 286.

*) Piutarque (Pyrrh, 12) emploie, en parlant de ces villes, une expression invariable : iwiffOei; dno Avaiitâ^oy BerraXtav oL^ivxt^ xai xal; *EXXrjvix«î; çpoupai; icpoaeicoXl(iei .

') C'est la conclusion à tirer de ce fait, que, comme l'atteste le décret en l'honneur d'Audoléon (C. I. Attic, II, n" 312), ce personnage promet aux Athéniens toute l'assistance nécessaire pour leur faire reconquérir le Pirée, aussi bien que Lysimaque (C. I. Attic, II, n<» 314).

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fugitif jusqu'aii-dolà dès limites de son royaume. Lorsque Démétrios eut été enfermé dans la Gilicie et rendu à peu près inofFensif*, Lysimaque se retourna vers la Macédoine; son dessein n'était rien moins que d*enlever à Pyrrhos la couronne de Macédoine. Pyrrhos était campé dans la région montagneuse d'Édesse ; Lysimaque Tenferma, coupa ses communications, et le réduisit à une détresse croissante. En même temps, Lysimaque s'efforçait de gagner les principaux de la noblesse macédonienne ; il négociait avec eux tantôt verbalement, tantôt par écrit : C'est une indignité, leur disait-il, qu'un étranger, un prince Molosse, dont les ancêtres n'avaient pas ceçsé d'être soumis aux Macédoniens, puisse régner aujourd'hui sur l'empire de Philippe et d'Alexandre ; c'est une indignité plus grande encore que les Macédoniens l'aient éhi eux-mêmes, et soient devenus infidèles à Tami et au compagnon d*armes do leur grand roi ; il est grand temps que les Macédoniens se souviennent de leur antique gloire et reviennent à ceux qui l'ont conquise avec Oux. La voix de Lysimaque, et plus encore son or, trouva accès partout; partout, dans la noblesse et dans le peuple, se montrèrent des dispositions favorables au roi do Thrace. Pyrrhos renonça à se maintenir plus longtemps dans sa position d'Édesse et marcha vers les frontières de l'Épire ; il se mit en rapports avec Antigène, qui, profitant des circonstances, s'était sans doute avancé de nouveau en Thessalie. Lysimaque marcha contre les armées réunies des deux princes et gagna une bataille à la suite de laquelle Pyrrhos renonça complètement au trône de Macédoine, et la Thessalie, sauf Démétriade, tomba avec le royaume de Macédoine au pouvoir de Lysimaque*.

') L'expression de Plutarque (Pyii'h, 12): AyjiAYjTptov xataiioXejAYjOlvTo; ev Svptot, n'est pas parfaîtemeni exacte.

*) Plut., Pyrrh, 12. Pausan., I, 10,2. D'après Dexippos (ap. Syncell., p. 506 éd. Bonn.), Pyrrhos fut sept mois roi de Macédoine, et TEusèbe arménien (I, p. 233, éd. Schœne et App, 13) dit: mensibus autem septem 01. CXXIUf 2 Macedoniis imperat, octavo autem successit Lysimachus. Dans le Canon, Eusèbe place ces sept mois en l'an d'Abrabam 1728; S. Jérôme en 1729; Tan et l'autre en 01. CXXIII4. Par conséquent, cette année olympique, qui correspond effectivement à 288/7, doit être celle qu'ils ont trouvée dans leurs sources. On arrive à de tout autres conclusions en suivant Pausa-

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Séleucos ne pouvait voir sans inquiétude les progrès de la puissance de Lysimaque ; Pyrrhos, même allié à Anligone, s'était montré trop faible pour faire contre-poids au puissant souverain de la Thrace, de la Macédoine et deTAsie-Mineure, De là sans doute les hésitations de Séleucos, lorsqu'il s'était agi de procéder énergiquement contre Démétrios en Cîlicie ; de là sa magnanimité surprenante, lorsque ce dernier avait été obligé de se rendre à lui : il dut songer en cas de besoin à ramener en scène Démétrios, à l'envoyer avec une armée en Europe, et, par son rétablissement sur le trône de Macédoine, à reconstituer l'équilibre qui seul 'pouvait assurer la stabilité de ce monde naissant composé d'États hellénistiques. Il vint de plusieurs côtés des sollicitations implorant la mise en liberté de Démétrios, et il n'en vint pas seulement de quelques villes et de quelques dynastes * : Ptolémée et Pyrrhos, eux aussi» semblent avoû* négocié dans ce sens. Antigone faisait les efforts les plus ardents : il offrait de renoncer à toutes les possessions qui lui restaient, de se constituer lui-même comme otage, si Séleucos voulait rendre la liberté à son père; il envoya prier les rois de vouloir bien appuyer sa proposition. De tous les côtés, on assiégeait Séleucos. Lysimaque seul faisait des objections sérieuses : si Démétrios était rendu à la liberté, disait-il, le monde serait de nouveau livré à la guerre et au désordre ; aucun des rois n'aurait la sécurité dans ses possessions. Il offrait 2,000 talents si Séleucos voulait débarrasser le monde du prisonnier. C'est avec des paroles sévères que Séleucos renvoya les ambassadeurs qui le croyaient capable non seulement de manquer à sa parole, mais de commettre un pareil crime sur un prince qui lui était doublement appa-

nias (I, 10, 2), Cet auteur prétend que Lysimaque et Pyrrhos restèrent amis tant que Démétrios lutta contre Séleucos ; yevopilvov iï iià ScXs^xm Ar,iiLrjTpîov Au<TtjjLàx«î> ««^ Ilypfti» iuXvOt) t| çiXta. II ne faut pas attacher trop d'importance à ce fait que TEusèbe arménien donne 4 ans et autant de mois à Pyrrhos dans les Thetnliorum Reges, et 3 ans 4 mois dans le tableau afférent au chapitre.

*) xa\ oyveôéovTo xaOTa iciXctç xt icoAXa\ xai\ 3vva<rrai tcXtjv Avvtptaxou (Plut, Demeir, 51). Parmi ces villes figurent probablement en première ligne les villes grecques d'Asie-Mineure. Cf. Diodor., XXI, 18, 3. (Exe» de virt, et vit. p. 561).

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rente par des alliances de famille. Il correspondit par écrit avec son fils Anliochos en Médie sur la conduite à tenfr à r-égard de Démétrios ; il avait Tinlention de le rendre à la liberté, de le ramener d'une manière éclatante dans son royaume. Il eut soin que, dès maintenant, dans tout ce qu'on faisait pour Démétrios, le nom d'Anliochos et de son épouse, la fille de Démétrios, fussent prononcés.

Cependant Lysimaque semblait perdre complètement de vue les affaires helléniques et éviter avec soin toute occasion de dissentiment avec Séleucos ; la mise en liberté de Démétrios se faisait attendre jusqu'à devenir incertaine. Ce dernier écrivit lui-même à son fils Antigone, à ses amis et stratèges de la Grèce *, de ne pas espérer son retour et de se méfier s'il arrivait des lettres avec son sceau, de se conduire comme s'il était mort, ajoutant qu'il transmettait à son fils Antigone toutes les villes et contrées qu'il possédait, tous ses droits et la couronne elle-même. Quant à lui, il abandonnait les espérances qu'il avait nourries dans les premiers temps de sa captivité : il passait son temps à chasser, à lutter, à monter à cheval ; mais bientôt il se fatigua de ces exercices et occupa ses loisirs et sa paresse à des banquets, au jeu de dés, à la débauche, autant peut-être pour étourdir le chagrin qui le rongeait que par goût naturel; peut-être voulait-il hâter la fin d'une vie sans espérances. Dans la troisième année de sa captivité*, il devint malade et mourut dans la cinquante-quatrième année de son existence agitée. Séleucos regretta amèrement de ne l'avoir pas sauvé ; de tous les côtés on l'accusa d'être la cause de la mort prématurée du roi.

n n'aura pas manqué de rendre à sa dépouille les honneurs les plus éclatants. Les cendres de Démétrios furent envoyées en Grèce dans une urne d'or, et Antigone vint avec toute sa

*) Plutarque (Demeir, 51) dit : «pbç tou; mç\ 'AeVjvac xa\ KôptvOov Ti^Eii^va; xot\ çtXou;. Cependant, Athènes était déjà délivrée à ce moment-là.

«) il oivou xa\ iaIOyjc aTiVco; àitéOavev (Dio Chrys., XLIV, p. 59^). D'autres disent à peu près la même chose. Plutarque (Dejnetr. 52) assure qu'il est mort à 54 ans : ïxoq Tpirov. .. xatOeipyt^'évoc. . aTcéOotvev ^ttq Téaaapa xa\ tcevtt^xovxa pE6tb>x(tfC. Il Fa dit plus haut (c. 3) âgé de 22 ans, 8vo xat eîxoai iftyj ^eyov6Ta, lors de la bataille de ^aza (312). Si ce chiffre est exact, Démétrios serait né en 334 ou 335, et la date de sa mort tomberait en 282 ou 281.

(100 rrM>iiAirxi:s uv: n.ÉMÉTnios jIV, 2

floUc jiisqu aux îles, afin do los escorter jusqu'à Corinlhe ; toutes les villes auprès desquelles il aborda déposèrent des couronnes sur l'urne et envoyèrent des députations funèbres pour accompagner les restes du héros. Lorsque la flotte, selon le récit de Plutarque, fut arrivée devant Corinthe, Turne funéraire fut placée sur le pont du navire, parée de la pourpre et du diadème, exposée h la vue de tous, sous la garde d'honneur déjeunes hommes; le célèbre joueur de flûte, Xénophantos, était assis près de Turne et exécutait une mélodie funèbre du caractère le plus religieux; les rameurs, frappant la mer en cadence, firent approcher le vaisseau du rivage ; des milliers d'hommes l'attendaient et suivirent l'urne qu'Antigone portait en pleurant. Après la cérémonie funèbre à Corinthe, les cendres furent portées, pour être ensevelies, en Thessalie, dans la ville de Démétriade, que le roi avait fondée ^

Telle fut la fin du roi Démétrios : sa vie agitée et aventureuse, telle que l'histoire n'en otfre guère de semblable, est, comme l'époque des Diadoques elle-même, une tempête incessante qui finit par s'épuiser elle-même; elle commence splendide et éblouissante, pour s'éteindre d'une façon répugnante^ dans la décomposition et la pourriture. Démétrios personnifie d'une manière frappante la fermentation de cette époque étrange : plus elle tend au repos et à une solution définitive, plus son activité à lui devient incohérente et dépourvue de plan ; son temps est passé dès que l'immense agitation de Fépoque des Diadoques commence à s'éclaircir et à se calmer. L'astre le plus éclatant dans cette nuit orageuse qui suivit la mort d'Alexandre perd ses rayons aussitôt que commence à poindre un jour plus paisible ; on peut regarder avec élonncment sa grandeur excentrique, mais sa chute elle-même ne peut éveiller en nous de sympathie plus intime. Ce qui lui donne une physionomie originale dans l'histoire, c'est qu'il s'attache à l'idée, au fantôme de l'unité du grand empire d'Alexandre, aloi's que les éléments qu'il contient travaillent à le décomposer complètement ; c'est qu'il prend constam-

*) Plut., /)cw/>fr. 52.53.Strabon (IX, p. 436) appelle Démétriade paiOnov

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ment coHe'idée pour le prétexte dVntreprisos toujours nouvelles, plus fantastiques les unes quo les autres ; c est que lui, élevé dans l'Orient, devenu lui-même un despote oriental, il cliercho à la réaliser à la tête des Hellènes et des Macédoniens. Il a méconnu Télément positif de cette époque, la semence jetée par Alexandre, semence qui a levé durant une lutte de cinquante ans et qui déjà était en pleine croissance. C'est le caractère des évolutions historiques, que, pendant qu'on bataille pour une foule d'autres questions, elles suivent tranquillement et sûrement leur cours ; celui-là seul qui les comprend et les aide de son concours fonde quelque chose de durable. Ainsi, après la mort d'Alexandre, la lutte pour l'unité de l'empire semble absorber toutes les forces et dicter la conduite dos partis ; mais, ce qui est durable, c'est le principe de l'hellénisme, qui, lorsque la fureur des combattants s'est apaisée, se montre réalisé et assuré pour des siècles. C'est dans l'intérêt de ce principe que la reconstitution de Tunité du grand empire occidento-oriental devait se montrer impossible, afin que la fusion de l'élément occidental avec les différents éléments des races orientales pût se réaliser sous la forme d'autant d'organismes hellénistiques : c'est ce principe qui rend la domination du Lagide si inébranlable et si grandiose; c'est lui qui fait la puissance de Séleucos.

Nous approchons de la conclusion de cette époque. Les trois rois Lysimaque, Séleucos et Ptolémée, les derniers compagnons des luttes d'Alexandre, sont des vieillards : à côté d'eux, le fils de l'Épigone Démétrios, Antigone, est réduit à la possession derHelladc, etPyrrhos d'Épire, que les forcesde Lysimaque tiennent éloigné des frontières macédoniennes, commence à tourner ses velléités guerrières du côté de la péninsule des Apennins. Les trois vieillards ont à leurs côtés des fils dans loute la force de l'âge, auxquels ils songent à laisser leur couronne si péniblement conquise et affermie sur leur tête par des luîtes infinies. Déjà Séleucos a cédé à son fils Antiochos, âgé de quarante ans, la royauté de la Haute -Asie. Ptolémée, lui aussi, se hâte de mettre avant sa mort le royaume entre les mains d'un successeur : l'aîné de ses fils, Ptolémée, que Ton surnommait Céraunos, «l'éclair», à cause de la violence de

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Bon caractère*, lui était né d'Eurydice, aujourd*hui répudiée ; il aimait mieux son autre fils Ptolémée, plus doux de caractère (4 né de sa chère Bérénice, celui qui s*appela plus tard Philadelphe*. Le vieux roi doit avoir consulté là-dessus plus d'une fois ses amis; on rapporte que Démélrios de Phalère, qui, occupé désormais de travaux littéraires, vivait à Alexandrie entouré d'une grande considération et au rang des premiers amis du roi, se prononça pour le droit de l'aîné' : le roi se décida néanmoins à donner la couronne à son fils préféré. C'est avec de bruyantes et joyeuses acclamations que les Macédoniens d'Egypte apprirent la résolution du roi\ et Ptolémée Philadelphe commença à régner en 285*. Deux ans après mourut Ptolémée Soter, dans la quatre-vingt-quatrième année de

>) Sifli Tb ayav toXiAYjpov (Pausaî*., T, 19, 4) — Ôià ttjv vxanixr^xoL xai anivoiov (Memnon ap. Phot., p. 225 b. 16) — ToX{iîi<jat 7cp6xctpoc (Pacsan., I, 16, 3), il devait avoir plus de 30 ans à l'époque : je ne connais pas de renseignement plus précis sur ce point.

>) Ptolémée Philadelphe avait alors 24 ans.

') Il était Tôv icpctfTov 9(Xb>v, ou, comme le dit Plutarque [De exsUio^ 7^ p. 602) sans employer d'expression officielle, wpôToc xôv IlToXeiiatou f^Xuv. Élien {Var, Hist. III, 17) dit : voitoOedia; TJpU. Diogène Laërce (V, 78) signale Tintenrention de Démétrios en faveur du fils aine. On a déjà indiqué plus haut que Démétrios quitta la Macédoine à. la mort de Cassandre. Polyœnos (III, 15) dit de lui : « Démétrios de Phalère» sachant que le roi de Thrace voulait sVmparer de sa personne, se cacha dans une voiture à foin et se rendit ainsi dans le pays voisin ». Gomme il n'est fait mention nulle part d*un séjour de Démétrios en Thrace, ceci peut avoir eu lieu lors de l'invasion que fit Lysimaque en Macédoine après la mort de Cassandre, en faveur du jeune Antipater; en ce cas, Démétrios doit s'être réfugié en Épire, pays voisin de la Macédoine, et de là en Egypte. La façon dont le traita Lysimaque a été pour lui une raison de plus de ne pas opiner, dans la question de la succession au trône d'Egypte, pour Philadelphe, le frère d'Arsinoé, celle-ci femme de Lysimaque et exerçant un empire absolu sur son royal époux. A cette époque, les rapports entre les cours, même aussi éloignés et indirects que ceuxci, doivent entrer en ligne de compte.

♦) Justin (XVI, 2) dit: contra jus gentium minimo natu ex filiis anle infirmitalem regnum tradiderat ejusque rei populo (c'est-à-dire, suivant Tusage alexandrin, les Macédoniens) ralionem reddiderat, cujus non minor favor in (iccipiendo quam patris in Iradendo regno fuerat. Inter cœtera patris et fUii muluœ pietatis exempla eliam ea res juveni populi amorem conciliaveraty (juod pater régna et publiée tradito pnvatus offieium régi inter satellites fecerat.

') Dans le canon des Rois, le règne de Ptolémée II date du !•' Thoth de Tan 464 de Nabonassar, c'est-à-dire du 2 novembre 285. Voy. Idkler, Veber die Réduction àgyptischer Daten^ p. 8.

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son âgo : c'était, parmi les successeurs d'Alexandre, sinon le plus grand et le plus noble, du moins certainement celui qui, dès le début, comprît le mieux la tendance de Tépoque et celui des Diadoques qui laissa après lui le royaume le plus consolidé et le mieux ordonné.

Ptolémée Soter ne vit point les tristes résultats que la préférence qu'il accordait à son plus jeune fils devaient avoir pour sa maison ; ce fut pourtant do son vivant, sans doute, que Céraunos, la victime de cette préférence, et ses deux frères quittèrent la cour d'Alexandrie. Ptolémée Céraunos se rendit en Thrace, chez Lysimaque, dont le fils et futur successeur Agathoclès était marié avec Lysandra, la sœur légitime du prince fugitif. La cour d'Alexandrie, de peur que l'influence de Céraunos ne troublât l'entente cordiale avec la Thrace, négocia un mariage entre le jeune roi Ptolémée et Arsinoé, fille du roi Lysimaque et de la princesse macédonienne NicaBa».

De tous les compagnons de guerre d'Alexandre, c'est Lysimaque qui arriva le dernier à se^ faire une grande situation : ce n'est qu'après la bataille d'Ipsos qu'il prit rang parmi les grandes puissances, et même alors il eut à soutenir les luttes les plus pénibles avec ses voisins du nord, les Thraces. Il était généralement connu comme un intrépide et vigoureux homme de guerre •; il ne semble pas avoir été d'une intelligence remarquable , mais il savait guetter le moment favorable et dissimuler ses desseins'. Si Ton peut, d'après les renseignements peu nombreux qui sont arrivés jusqu'à nous, esquisser de lui un portrait d'ensemble, on le placerait volontiers au nombre des caractères ordinaires, qui, loyaux et actifs par habitude, se montrent parfaitement estimables et honnêtes tant qu'ils mènent une existence effacée et sans incidents considérables. Il déteste du fond du cœur le tempérament génial de Démétrios ; c'est de tout cœur aussi qu'il

*) Elle donna à Ptolémée Philadelphe deux fils, Ptolémée (Évergète) et Lysimaque, et une fille, Bérénice (Schol. Theogr. XVII, 128). La sœur de Philadelphe» Arsinoé, pour Tamour de laquelle il répudia sa première épouse Arsinoé, ne vint en Egypte qu'après 279. • «) Justin., XV, 3.

') yiç'^^OLi xh pouX6ixevov 6eiv6TaTOÇ (Memnon, C. 6).

60i LYSIMAOIE IV, 2

ain)e sa femme, la princcsso perse Amâstris, dont la tioblosso (le sénlimenls cl rélévalion de caractère lui imposent; il se sépare d'elle néanmoins aussitôt que les intérêts politiques semblent l'exiger, mais il ne cesse de parler à sa nouvelle épouse Arsinoé d'Egypte des grandes qualités de cette femme; il lui cite sans cesse ce qu'elle a dit soit dans une circonstance, soit dans une autre*. Il sait apprécier la valeur de l'argent : il amasse de grands trésors, sans les dissiper comme Démétrios dans la magnificence et le luxe, sans se plaire comme Ptolémée à protéger les arts et les sciences*. C'est dans sa verte vieillesse qu'il trouve coup sur coup les occasions d'agrandir sa puissance, et il en use chaque fois que la chose est possible. Jamais il ne domine les circonstances, il se laisse guider par elles ; c'est en entrant en scène au moment opportun qu'il gagne TAsie-Mineure, chasse le belliqueux Pyrrhos de la Macédoine, multiplie ses acquisitions. Il manque de cette énergie de caractère au moyen de laquelle Séleucos et Ptolémée ont su constituer le noyau solide de leurs royaumes ; il semble se contenter d'ajouter d'une manière tout extérieure de nouvelles possessions aux anciennes. Il s'entend tout aussi peu à créer dans son entourage un ordre de choses bien réglé ; à sa cour régnent des coteries dont il ne sait pas être le maître, et, pendant qu'il élève jusqu'au ciel la mémoire de la magnanime Amâstris, Arsinoé intrigue contre son futur successeur Agathoclès et son épouse Lysandra. Son amour paternel n'est pas assez vif pour qu'il ne le mette pas de côté pour un caprice, un soupçon, un intérêt considérable ; il a condamné à une prison perpétuelle sa fille Eurydice, parce qu'à plusieurs reprises elle a sollicité avec son époux Antipater de Macédoine la restauration de son trône; il a fait assassiner son gendre, qui était venu en suppliant, afin de s'emparer de son royaume. La suite de notre récit révélera des actes encore plus odieux; elle montrera chez ce vieillard une cupidiléet une faiblesse de caractère qui finiront par le perdre, lui, sa maison ePson royaume.

*) Memnon, c. 7, 1.

') Au témoignage de Carystios de Pergame, il expulsa de ses possessions les philosophes ( Athen., XIII, p. 610). Il avait son Trésor à Pergame et à Tirizis, une forteresse dans les montagnes de Thrace (Strab., XII, p. 319).

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