OL. cxxv, 1] guerre entre antiochos et antigone 62i
lespont. On nous apprend qu'il fit la paix avec Céraunos; s'il la fit effectivement, il dut, reconnaissant la double couronne de ce dernier*, renoncer à ses prétentions sur la Thrace et la Macédoine. Il avait d'autant plus de raisons de le faire qu'Antigone était leur ennemi commun : l'attaque par mer de celui-ci contre la Macédoine avait échoué; il n'avait pas obtenu plus de résultats sur terre, mais sa flotte semble être restée dans le voisinage de l'Hellespont. Nous apprenons de bonne source qu'une guerre avait éclaté cnlre Antiochos et Antigone; que les deux rois avaient fait longtemps des armements, sans en venir aux coups ; que Nicomède avait pris parti pour Antigone, d'autres pour Antiochos. Ces autres étaient à coup sur Zipœtès, peut-être telle ou telle ville grecque, comme, par exemple, Cyzique avec sa nombreuse flotte. Nous apprenons encore que Nicomède avait reçu différents secours, en particulier treize trirèmes d'IIéraclée ; qu'il avait occupé avec ses vaisseaux une position en face de ceux du Séleucide, mais que, des deux côtés, on avait évité de livrer bataille. Peut-être la flotte syrienne tenait-elle riIcUespont et empèchait-elle, en se maintenant là, la réunion de la flotte de la Propontide avec celle d'Anligone, qui pouvait être stationnée à Ténédos.
Ces événements doivent appartenir à l'année 279. La même année fut décisive pour les destinées de la Macédoine.
Par ses succès sur Antigone et la paix avec Antiochos, Plolémée Céraunos avait assez rapidement consolidé sa puissance en Macédoine et en Thrace. Mais il avait encore à compter avec les prétentions des enfants de sa demi-sœur Arsinoé et de Lysimaque. Le plus âgé de ces derniers, Ptolémée, avait fait alliance avec le prince illyrien Monounios et avait envahi la Macédoine'; nous ne connaissons pas l'issue de la lutte.
») Pulso Antigono cum regnum totius Macedonix occupasset, pacem cum Antiocko facit (Justin., XXIV, 1, 8). . . .,
*) Trog., Prol. XXIV. Ce Plolémée doit être né en 298, pour avoir déjà pu faire la guerre en 280. Le prince illyrien est appelé Monius dans ce prologue de Trogue- Pompée, et Mylillus dans celui du livre XXV. C'est le Monounios, prince des Dardaniens, dont j'ai donné le nom véritable (Dos dardanische Fûrslenthum in Zeitsch. fdr Allerlh. n<» 104) d'après l'unique tétradrachme qu'on connaisse jusqu'ici de lui. Cette médaille est au type d'Alexandre, correspondant à celui de la IV" classe dans L. Mlller, et porte la légende MONOTNIOT [BA]SIAEÛS.
622 CÈRAUNOS EX ARSINOÉ [lYj 2
Céraunos choisit une voie plus mystérieuse pour se débarrasser du prétendant et entrer en possession de Cassandria, où résidait Arsinoé. 11 fil proposer à la reine une de ces unions qui, selon les mœurs égyptiennes, n'avaient rien de choquant. Une fenime aussi experte en intrigues ne pouvait manquer de pénétrer les intentions de son frère. Elle avait tout osé pour ses fils , même le forfait le plus épouvantable ; devait-elle maintenant s'engager dans un mariage qui ôterait certainement à ses enfants leur dernier espoir de rentrer en possession du royaume paternel? Ptolémée lui fit dire qu'il voulait gouverner en commun avec ses fils; il n'avait pas combattu contre eux pour leur enlever leur royaume, mais pour le leur rendre; elle n'avait qu'à envoyer un ami fidèle en présence duquel il confirmerait ses paroles par les serments les plus sacrés. La reine hésita longtemps ; pleine d'anxiété en songeant au caractère farouche et vindicatif de son frère, trop faible pour opposer une sérieuse résistance, elle se résolut enfin à accepter la proposition. Le roi, dans un temple, en présence d'un envoyé de sa sœur, jura que la demande qu'il faisait de la main delà reine était sérieuse; qu'elle serait sou épouse et reine; qu'il ne contracterait pas d'autre mariage et n'aurait pas d'autres enfants que les siens. La reine arrive; Ptoléméo la reçoit avec une tendresse affectée; des noces splendides sont célébrées; dans l'assemblée générale, il la pare du diadème et fait proclamer qu'elle est la reine de Macédoine. Elle, à son loiir, l'invite à venir dans sa ville de Cassandria et prend les devants pour tout préparer : les temples et les rues sont ornés de guirlandes; partout près des temples les victimes attendent; ses deux fils, Philippe et Lysimaque, couronnés de fleurs et revêtus d'habits de fête, courent au-devant du roi pour le recevoir. Il embrasse les enfants et les caresse ; aussitôt qu'il est arrivé à la porte du château, il fait occuper par ses satellites la cour, les abords et la muraille, et donne l'ordre de mettre les enfants à morl. Ceux-ci fuient dans Tintérieur du château auprès de leur mère et cherchent un asile sur ses genoux, mais les assassins les ont suivis et les massacrent, au milieu des baisers, des cris de douleur de leur mère, qui se jette en vain au-devant des poignards. Elle s'enfuit avec deux